‹ Pensees, fragments et lettres de Blaise PascalChapitre 30 sur 134 · XXVIII. * Contre le pyrrhonismc · texte numérisé non relu

XXVIII. * Contre le pyrrhonismc

67 Nous supposons ^ que tous les * conçoivent de méme^^ sorte : mais nous le supposons bien gratuitement; car nous n*en avons aucune preuve. Je vois bien qu'on applique ces mots dans les mêmes occasions, et que toutes les fois que deux hommes voient un corps changer de place, ils expriment tous deux la vue de ce même objet par le même mot, en disant Tun et l'autre qu'il s'est mu; et de cette conformité d'application on tire une puissante conjecture d'une conformité d'idée : mais cela n'est pas absolument convaincant de la dernière conviction, quoiqu'il y ait bien à parier pour l'affirmative, " puisqu'on sait qu'on tire souvent les mêmes conséquences des suppositions différentes.

* Cela suffit pour embrouiller au moins la matière ; non que cela éteigne absolument la clarté naturelle qui nous assure de ces choses, les académiciens auraient gagné*, mais cela la ternit et trouble les dogmatistes à la gloire de la cabale pyrrhonienne qui consiste à^ cette ambiguilé ambiguë et dans une certaine

* Un signe de renvoi, qni est dans le haut de la page du MS., à gauche, et le chifTi^e 2 qui est à droite, indiquent que ce morceau est une suite. Cette conjecture se trouve d'ailleurs confirmée par les lignes suivantes qui commençaient d'abord le même morceau et qui sont harrées : « C'est donc une chose étrange qu'on ne peul|définir ces choses sans les obscurcir. »

^ Les copies mettent... « que tous les hommes conçoivent de même, » ce qui est inexact.

" LeSf c'est-à-dire sans doute les choses dont Pascal parlait dans la première page, aujourd'hui perdue, de ce fragment.

* Les copies jiiettent gagé, ce qui fait un non-sens.

* Arnauld, dans lu copie, a écrit dans au lieu de à.

obscurité douteuse dout nos doutes ne peuvent ôter toute la clarté, ni nos lumières naturelles en chasser toutes les ténèbres ^

444 XXIX. Nous connaissons la vérité, non-seulement i9f par la raison, mais encore par le cœur; c*est de cette dernière sorte que nous connaissons les premiers principes, et c'est en vain que le raisonnement, qui n'y a point de part, essaye de les combattre. Les pyrrhoniens, qui n'ont que cela pour objet, y travaillent inutilement. Nous savons que nous rie rêvons point, quelque impuissance où nous soyons de le prouver par raison; cette impuissance ne conclut autre chose que la Taiblesse de notre raison, mais non pas Tincertilude de toutes nos connaissances, comme ils le

145 prétendent. Car la connaissance des premiers principes, comme qu'il y a espace ^ temps, mouvement^ nombres, est aussi ferme qu'aucune de celles que nos raisonnements nous donnent. E^t c'est sur ces connaissances du cœur et de l'instinct qu'il faut que la raison s'appuie, et qu*elle y fonde tout son discours. Le cœur sent qu'il y a trois dimensions dans l'espace, et que les nombres sont infinis ; et la raison démontre ensuite qu'il n'y a point deux nombres carrés dont l'un soit double de l'autre. Les principes se sentent,, les propositions se concluent; et le tout avec certitude, quoique par différentes voies. Et il est aussi ridicule que la raison demande au cœur des preuves de ses

* Sur le verso de Cette page du MS. on lit : • I. La Raison. » Et la copie ajoute, en marge : « G*est donc une chose étrange qn*i)n ne peut définir les choses sans tes obscurcir. »

DE l'homme. 4^9

premiers principes pour vouloir y consentir, qu'il serait ridicule que le cœur demandât à la raison un sentiment de toutes les propositions qu'elle démontre, pour vouloir les recevoir.

Cette impuissance ne doit donc servir qu'à humilier la raison qui voudrait juger de tout ; mais non pas à combattre notre certitude, comme s'il n'y avait que la raison capable de nous instruire. Plût à Dieu que nous n'en eussions au contraire jamais besoin, et que nous connussions toutes choses par instinct et par sentiment! Mais la nature nous a refusé ce bien, et elle ne nous a au contraire donné que très-peu de connaissances de cette sorte; toutes les autres ne peuvent être acquises que par le Raisonnement.

* Et c'est pourquoi ceux à qui Dieu a donné la religion par sentiment du cœur sont bien heureux et bien légitimement persuadés. Mais ceux qui ne l'ont pas, nous ne pouvons la donner que par raisonnement en attendant que Dieu la leur donne par sentiment de cœur, sans quoi la foi n'est qu'humaine et inutile pour le salut.

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