XIX. * Le Bon Sens
* Ils sont contraints de dire : Vous n'agissez pas de ^ bonne foi ; nous ne devrions pas, etc. Que j'aime à voir cette superbe raison humiliée et suppliante! Car ce n'est pas là le langage d'un homme à qui on dispute son droit et qui le défend les armes et la force à la main. Il ne s'amuse pas à dire qu*on n'agit pas de bonne foi ; mais il punit cette mauvaise foi par la force.
XX. * Comme les duchés et royautés et magistratures ««s sont réels et nécessaires (à cause de ce que la force règle tout), il y en a partout et toujours. Mais parce que ce n*est que fantaisie qui fait qu'un tel ou telle
le soit S cela n'est pas constant; cela est sujet à varier; etc.
XXI. * L'Ecclésiaste montre que l'homme sans Dieu 7s est dans l'ignorance de tout et dans un malheur inévitable. Car c'est être malheureux que de vouloir et ne pouvoir. Or, il veut être heureux et assuré de quelque vérité et cependant il ne peut ni savoir ni ne désirer point de savoir. Il ne peut même douter.
■ Le soitf c'est-à-dire sans doute soit duc ou duchesse, roi ou reine, etc. Du reste, la manière dont cette pensée est tracée dans le MS. indique que ce n'était qu*une note à peine ébauchée.
XXIi. * Nous pouvons marcher sûrement à la clarté ^s
de ces célestes lumières» et après avoir [Barré.)
182 Sans ces divines connaissances, qu'ont pu faire les hommes sinon ou s'élever dans le sentiment intérieur qui leur reste de leur grandeur passée, ou s'ahattre dans la vue de leur faiblesse présente ^ ? Car ne voyant pas la vérité entière, ils n'ont pu arriver à une parfaite vertu. Les uns considérant la nature comme incorrompue, les autres comme irréparable, ils n'ont pu fuir ou Torgueil ou la paresse, qui sont les deux sources de tous les vices; puisqu'ils ne peuvent sinon ou s'y abandonner par lâcheté ou en sortir par l'orgueil. Car s'ils connaissaient l'excellence de l'homme, ils en ignoraient la corruption; de sorte qu'ils évitaient bien la paresse, mais ils se perdaient dans la superbe ^. Et s'ils reconnaissaient l'infirmité de U nature, ils en ignoraient la dignité; de sorte qu'ils pouvaient bien éviter la vanité, mais c'était en se précipitant dans le désespoir.
De là viennent les diverses sectes des stoïques et des épicuriens, des dogmatisles et des académiciens, etc. La seule religion chrétienne a pu guérir ces deux vices, non pas en chassant l'un par l'autre par la sagesse de la terre, mais en chassant l'un et Vautre par
' Ici le passage suivant barré : « Dans cette impuissance de voir la vérité entière, s^ils connaissaient ia dignité de notre condition, ils eu ignoraient la corruption ; ou sMls en connaissaient Tinfirmité, ils en ignoraient Texcellence, et suivant Tune ou Tautre de ces routes, qui leur faisait voir la nature ou comme incorrompue ou comme irréparable, ils se perdaient ou dans le superbe ou dans le désespoir. »
^ Dans la Copie du fonds de Saint-Germain, superbe est remplacé par orgueil, de ta main d'Arnauld.
la simplicité de TEvangile. Car elle apprend aux justes, qu'elle élève jusqu'à la participation de la Divinité même, qu'en ce sublime état ils portent encore la source de toute la corruption, qui les rend durant toute la vie sujets à Terreur, à la misère, à la mort, au péché; et elle crie aux plus impies qu'ils sont capables de la grâce de leur Rédempteur. Ainsi, donnant à trembler (à) ceux qu'elle justifie, et consolant ceux qu'elle condamne, elle tempère avec tant de justesse la crainte avec l'espérance par cette double capacité qui est commune à tous, et de la grâce et du péché, qu'elle abaisse infiniment plus que la seule raison ne peut faire, mais sans désespoir; et qu'elle élève infiniment plus que l'orgueil de la nature, mais sans enfler : faisant bien voir par là qu'étant seule exempte d'erreur et de vice, il n'appartient qu'à elle et d'instruire et de corriger les hommes.
Qui peut donc refuser à ces célestes lumières de les croire et de les adorer? Car n'est-il pas plus clair que le jour que nous sentons en nous-mêmes des caractères ineffaçables d'excellence? Et n'est-il pas aussi véritable que nous éprouvons à toute heure les effets de notre déplorable condition? Que nous crie donc ce chaos et cette confusion monstrueuse, sinon la vérité de ces deux états, avec une voix si puissante qu'il est impossible de résister?