‹ Pensees, fragments et lettres de Blaise PascalChapitre 55 sur 134 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

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Si TAncien Testament a préparé le Nouveau, et si la religion juive est le fondement du christianisme, la connaissance du peuple juif doit précéder Texposilion des preuves et de la doctrine de la religion chrétienne.

C'est pourquoi nous plaçons ce chapitre du Peuple juif avant les Miracles, les Figuratifs, les Frophéties, etc. C'est aussi la place que Pascal lui-même assigna à ce qu'il dit sur le peuple juif, dans la conversation dont Etienne Perier a conservé la relation.

Après avoir fait parcourir à son interlocuteur les systèmes des philosophes, Pascal lui fit examiner les diverses religions qui ont paru dans le monde, et il Tamena ainsi à rencontrer la religion juive. « Enfin, dit E. Perier, il lui fait jeter les yeux sur le peuple juif et il « lui en fait observer des circonstances si extraordinaires qu'il attire « facilement son attention. Après lui avoir représenté tout ce que ce « peuple a de singulier, il s'arrête particulièrement à lui faire re- « marquer un livre unique par lequel il se gouverne et qui comprend « tout ensemble son histoire, sa loi et sa religion. » (Voy. vol !«', pag. 3T4.)

266 I. Je vois la religion chrélienne fondée sur uneass religion précédente, et voici ce que je trouve d'effectif. Je ne parle pas ici des miracles de Moïse, de Jésus- Christ et des Apôtres ; parce qu'ils ne paraissent pas d'abord convaincants, et que je ne veux que mettre ici en évidence tous les fondements de cette religion chrétienne qui sont indubitables , et qui ne peuvent être mis en doute par quelque personne que ce soit.

* Il est certain que nous voyons en plusieurs endroits du monde un peuple particulier séparé de tous les autres peuples du monde, qui s'appelle le peuple juif.

191 — Je vois donc des foisons de religions en plusieurs endroits du monde, et dans tous les temps. Mais elles n'ont ni morale qui peut me plaire, ni les preuves qui peuvent m'arréter ; et ainsi j'aurais refusé également la religion de Mahomet, et celle de la Chine, et celle des anciens Romains, et celle des Egyptiens, par cette seule raison que l'une n'ayant pas plus de marques de vérité que l'autre, ni rien qui déterminât nécessairement, la raison ne peut pencher plulôt vers l'une que vers l'autre.

Mais, en considérant ainsi cette inconstante et bizarre variété de mœurs et de créances dans les divers temps, je trouve en un coin du monde un peuple particulier, séparé de tous les autres peuples de la terre, le plus ancien de tous et dont les histoires précèdent de plusieurs siècles les plus anciennes que nous ayons. Je

486 UU PBUPLB JUIF.

trouve donc ce peuple grand et nombreux, sorti d'un seul homme, qui adore un seul Dieu et qui se conduit par une loi qu'ils disent teuir de sa main. Ils soutiennent qu'ils sont les seuls du monde auquel Dieu a révélé ses mystères ; que tous les hommes sont corrompus et dans la disgrâce de Dieu; qu'ils sont tous abandonnés à leur sens et à leur propre esprit; et que de là viennent les étranges égarements et les changements continuels qui arrivent entre eux, et de religions' et de coutumes; au lieu qu'ils demeurent inébranlables dans leur conduite. Hais que Dieu ne laissera pas éternellement les autres peuples dans ces ténèbres ; qu*il viendra un libérateur pour tous; qu'ils sont au monde pour l'annoncer ; qu'ils sont formés exprès pour être les avant-coureurs et hérauts de ce grand avènement, et pour appeler tous les peuples à s'unir à eux dans l'attente de ce libérateur.

IL * Fausseté des autres religions.

* Ils n'ont point de témoins ; ceux-ci en ont. Dieu *67 délie les autres religions de produire de telles marques. Is. 43. 9. — 44. 8.

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