III. * Avantages du peuple juif
*M Dans celte recherche, le peuple juif attire d'abord mt mon attention par quantité de choses admirables et singulières qui y paraissent.
Je vois d'abord que c'est un peuple tout composé de frères : et, au lieu que tous les autres sont formés de l'assemblage d'une infinité de familles, celui-ci quoique si étrangement abondant est tout sorti d'un seul
homme ; el étant ainsi tous une même chair et membres les uns des autres, (ils) composent un puissant état d'une seule famille. Gela est unique.
Cette famille ou ce peuple est le plus ancien qui soit en la connaissance des hommes; ce qui me sjemble lui attirer une vénération particulière, et principalement dans la recherche que nous faisons , puisque si Dieu s'est de tout temps communiqué aux hommes, c'est à ceux-ci qu'il faut recourir pour en savoir la tradition.
Ge peuple n'est pas^ seulement considérable par son antiquité ; mais il est encore singulier en sa durée, qui a toujours continué depuis son origine jusque maintenant. Car au lieu que les peuples de Grèce et d'Italie, de Lacédémone , d'Athènes, de Rome et les autres qui sont venus si longtemps après, ont fini il y a si longtemps, ceux-ci subsistent toujours; et malgré les entreprises de tant de puissants, rois qui ont cent fois essayé de les faire périr, comme leurs historiens le témoignent et comme il est aisé de le juger par l'ordre naturel des choses, pendant un si long espace d'années, ils ont toujours été conservés néanmoins* ; et , s'étendant depuis les premiers temps jusques aux derniers, leur histoire enferme dans sa durée celle de toutes nos histoires.
La loi par laquelle ce peuple est gouverné est tout ensemble la plus ancienne loi du monde, la plus parfaite et la seule qui ait toujours été gardée sans interruption dans un État. C'est ce que Josèphc mon-^
' tci, en marjçe : « Et celle coiiseivalion a élé prédite. »
Ire adinirablemenl contre Appien. et Philon juif eq divers lieux où ils font voir qu*elle est si ancienne, que le nom même de loi n*a été connu des plus anciens que plus de mille ans après; en sorte qu'Homère qui a traité de l'histoire de tant d'États ne s'en est jamais servi. Et il est aisé de juger de sa perfection par la simple lecture, où Ton voit qu'on a pourvu à toutes choses avec tant de f sagesse, tant d'équité, tant mi t de jugement, que les plus anciens législateurs grecs et romains en ayant eu quelque lumière , en ont em-: prunté leurs principales lois ; ce qui parait par celle qu'ils appellent des Douze Tables^ et par les autres preuves que Josèphe en donne.
Mais cette loi est en même temps la plus sévère et la plus rigoureuse de toutes en ce qui regarde le culte de leur religion ; obligeant ce peuple pour le retenir dans son devoir à mille observations particulières et pénibles, sur peine de la vie. De sorte que c'est une chose bien étonnante qu'elle se soit toujours conservée constamment durant tant de siècles par un peuple rebelle et impatient comme celui-ci; pendant que tous les autres Etats ont changé de temps eu temps leurs lois, quoique tout autrement faciles.
* Le livre qui contient cette loi, la première de toutes, est lui-même le plus ancien livre du monde, ceux d'Homère, d'Hésiode et les autres n'étant que six ou sept cents ans depuis.
IV. * Sincérité des Juifs, 494 Ils portent avec amour et fidélité le livre où Moïsesss
déclare qu'ils ont été ingrats envers Dieu toute leur, vie, et qu'il sait qu'ils le seront encore plus après sa mort ; mais qu'il appelle le ciel et la terre à témoin contre eux, et qu'il leur a enseigné assez '.
Il déclare qu'enfin Diau s'irritant contre eux les dispersera parmi tous les peuples de la terre; que comme ils l'ont irrité en adorant les dieux qui n'étaient point leur dieu, de même il les provoquera en appelant un peuple qui n^est point son peuple ; * et veut que toutes ses paroles soient conservées éternellement et que son livre soit mis dans l'arche de l'alliance pour servir à jamais de témoin contre eux.
* Isaïe dit la même chose. 50. 8.
m V. Cependant ce livre qui les déshonore en tant de façons, ils le conservent aux dépens de leur vie. C'est une sincérité qui n'a point d'exemple dans le monde, ni sa racine dans la nature.
n y a bien de la différence entre un livre que fait un particulier et qu'il jette dans le peuple, et un livre qui fait lui-même un peuple. On ne peut douter que le livre ne soit aussi ancien que le peuple.
Toute histoire qui n'est pas contemporaine est suspecte ; ainsi les livres des Sybilles et de Trismégiste, et tant d'autres qui ont eu crédit au monde sont faux et se trouvent faux ft la suite des temps. Il n'en est pas ainsi des auteurs contemporains ^.
* Le mol enseigné se troufe barré dans le MS. ' Dans la Copie seulement
^190 DU PBCFLB JOIF.