‹ Pensees, fragments et lettres de Blaise PascalChapitre 61 sur 134 · XXI. 'Perpétuité · texte numérisé non relu

XXI. 'Perpétuité

m Le Messie a toujours été cru. La tradition d'Adam 257 était encore nouvelle en Noé et en Moïse. Les pro-

, phètes l'ont prédit depuis, en prédisant toujours d'autres choses dont les événements , qui arrivaient de temps en temps à la vue des hommes, marquaient la vérité de leur mission et par conséquent celle de leurs promesses touchant le Messie. Jésus-Christ a fait des miracles, et les apôtres aussi qui ont converti tous les païens ; et par là toutes les prophéties étant accomplies, le Messie est prouvé pour jamais^.

■ La phrase est demeurée ici interrompue, et nous n'avons pas pu en retrouver la suite dans le MS. — Quant au renvoi que Pascal fait à Montaigne, il s'agit sans doute d'une marque indiquant quelque passage des Estais,

3 Pascal commet ici une erreur de fait : il y a des États qui ont duré plus de 1,000 ans.

* Ce fragment, dans les éditions, se trouve précédé du paragraphe

202 DU raUPLB JUIF.

* Perpétuité.

207 Qu'on considère que depuis le commencement du 77 monde, raitente ou Tadoration du Messie subsiste sans interruption ; qu'il s*est trouvé des hommes qui ont dit que Dieu leur avait révélé qu'il devait naître un Rédempteur qui sauverait son peuple ; qu* Abraham est venu ensuite dire qu'il avait eu révélation qu'il naîtrait de lui par un fils qu'il aurait; que Jacob a déclaré que, de ses douze enfants, il naîtrait de Juda ; que Moïse et les prophètes sont venus ensuite déclarer le temps et la manière de sa venue ; qu'ils ont dit que la loi qu'ils avaient n'était qu'en attendant celle du Messie ; que jusque-là elle serait perpétuelle, mais que l'autre durerait éternellement ; qu'ainsi leur loi où celle du Messie, dont elle était la promesse, seraient toujours sur la terre; qu'en effet elle a toujours duré^ qu'enfin Jésus-Christ est venu dans toutes les circonstances prédites. Gela est admirable.

228 XXIII. Non habemtis regem nisi Cœsarem. Donc Je- 339 sus-Christ était le Messie , puisqu'ils n'avaient plus de roi qu'un étranger, et qu'ils n'en voulaient, point d'autre.

suivant qui est peut-être de Pascal, mais que nous n'avons retrouvé dans aucun MS. :

• Il y aurait trop d*obscurité, si la vérité n*avait pas des marques « visibles. Cen est une admirable, qu'elle se soit toijgours conservée « dans une Église et une assemblée visible. Il y aurait trop de clarté, « s'il n'y avait qu'un sentiment dans cette Église; mais, pour recon- « naître quel est le vrai, il n'y a qu'à voir quel est celui qui a toute jours été, et qu'aucun faux n'y a toujours été. »

* Contrariétés.

— * Le sceptre jusqu'au Messie. Sans roi ni prince. ^® ^- * Loi étemelle, changée.

— * Alliance éternelle, alliance nouvelle.

— ^ Loi bonnet préceptes mauvais. Exe. 20.

327 XXIV. Si cela estsi clairement prédit aux Juifs, com-*^^ ment ne Font-ils point cru? ou comment n'ont-ils point été exterminés * de résister à une chose si claire ?

Je réponds premièrement : cela a été prédit, et qu'ils ne croiraient point une chose si claire, et qu'ils ne seraient point exterminés. Et rien n'est plus glorieux au Messie; car il ne suffisait pas qu'il y eût des prophètes ; il fallait qu'ils fussent conservés sans soupçon. Or, etc.

^^ XXV. Les Juifs étaient accoutumés aux grands et écla- 'o tants miracles; et ainsi ayant eu les grands coups de la mer Rouge et la terre de Ghanaan comme un abrégé des grandes choses de leur Messie, ils en attendaient donc de plus éclatants dont ceux de Moïse n'étaient que les échantillons.

*^ XXVI. Ceux qui ont peine à croire en cherchent un 5« sujet en ce que les Juifs ne croient pas. Si cela était si clair, dit-on, pourquoi ne croyaient-ils pas? Et voudraient quasi qu'ils crussent, afin de n'être pas arrêtés

' D*abord : « ... punit de résister. »

204 DU PEUPLE JUlf.

par Texemple de leur refus. Mais c'est leur refus même qui est le fondement de notre créance. Nous y serions bien moins disposés, s'ils étaient des nôtres. Nous aurions alors un plus ample prétexte. Cela est admirable d'avoir rendu les Juifs grands amateurs des choses prédites et grands ennemis de Taccomptissement !

^ Les impies, qui s'abandonnent aveuglément à leurs passions sans connaître Dieu et sans se mettre en peine de le chercher, vérifient par eux-mêmes ce fondement de la foi qu'ils combattent : qui est que la nature des hommes est dans la corruption. Et les Juifs , qui combattent si opiniâtrement la religion chrétienne, vérifient encore cet autre fondement de cette même foi qu'ils attaquent : qui est que Jésus- Christ est le véritable Messie, et qu'il est venu racheter les hommes, et les retirer de la corruption et de la misère où ils étaient, tant par l'état où on les voit aujourd'hui, et qui se trouve prédit dans les prophéties, que par ces mêmes prophéties qu'ils portent» et qu'ils conservent inviolablement comme les marques auxquelles on doit reconnaître le Messie ^

^ XXVn. Le voile qui est sur ces livres de l'Écriture pour les Juifs y est aussi pour les mauvais chrétiens, et pour tous ceux qui ne se haïssent pas eux-mêmes. Mais qu'on est bien disposé à les entendre et à connaître

' Ce paragraphe ne se trouve ni dans le MS., ni dans la Copie. U a d'ailleurs été publié dans la première édition, litre XXVIII.

Jésus^Ghrist, quand on se hait véritablement soi-même I * Je ne dis pas que le mem ' est mystérieux *.

a» XXVni. Tout tourne en bien pour les élus, jusqu'aux 237 obscurités de TEcriture ; car ils les honorent à cause des clartés divines : et tout tourne en mal pour les autres, jusqu'aux clartés ; car ils les blasphèment à cause des obscurités qu'ils n'entendent pas.

283 XXIX . Un mot de David , ou de Moïse, comme que Dieu 347 circoncira les cœurs^^ fait juger de leur esprit. Que tous les autres discours soient équivoques et douteux d'être philosophes ou chrétiens ; enfln un mot de cette nature détermine tous les autres, comme un mot d'Épictèle détermine tout le reste au contraire. Jusque-là Tambiguïté dure, et non pas après.

XXX. ^Contre ceux qui abusent des passages de TEcriture et qui se prévalent de ce qu'ils en trouvent quelqu'un qui semblent-favoriser leur erreur.

Le chapitre de Vêpres, le dimanche de la Passion, l'oraison pour le roi *.

* Explication de ces paroles : qui n'est pas pour moi est contre moi ; et de ces autres : qui n'est point contre vous est pour vous.

* Le mem est la treizième lettre de l'alphabet hébraïque; il en est encore question au chapitre des Prophéties, n** XXIV.

' Dans la Copie seulement.

* Deut. XXX. 6.

* Dans la Copie.

* Une personne qui dit : Je ne suis ni pour ni conlre, on doit lui répondre *.

* Une des antiennes des Vêpres de Noël : Eœartum est in tenehris lumen redis corde^.

XXXL * Tradition ample du piché originel selon Us^^ Juifs.

* Sur le mot de la Genèse, 8 : la composition du cœur de l'homme est mauvaise dès son enfance ^.

* R. Moïse Haddarschan : ce mauvais levain est mis dans l'homme dès Theure où il est formé.

* Massechet Succa : ce mauvais levain a sept noms dans l'Ecriture. Il est appelé mal, prépuce, immonde, ennemi, scandale, cœur de pierre, aquilon; tout cela signifie la malignité qui est cachée et empreinte dans le cœur de l'homme. Misdrach Tillim dit la même chose et que Dieu délivrera la bonne nature de l'homme de la mauvaise.

* Cette malignité se renouvelle tous les jours conlre l'homme, comme il est écrit JRy. 37 : « L'impie observe le juste et cherche à faire mourir, mais Dieu ne l'abandonnera point. »

* Cette malignité tente le cœur de l'homme en cette vie et l'accusera en l'autre.

* Tout cela se trouve dans le Talmud.

* Misdrasch Tillim sur le Ps. 4 : Frémissez et vous ne pécherez point ; frémissez et épouvantez votre concu-

■ et * Dans la Copie seulement.

' Sensus enim et cogitatio humani cor dit in malum prona tunt ah adoleseentia sua. Geo. YlII. 21.

DU PBUPLB JDIF. 207

piscence, et elle ne vous induira point à pécher ; et sur le Ps, 36 : Timpie a dit en son cœur que la crainte de Dieu ne soit point devant moi; c'est-à-dire que la mali<gnité naturelle à l'homme a dit cela à l'impie.

* Misdrach Kohelet : meilleur est l'enfant pauvre et sage que le roi vieux et fol qui ne sait pas prévoir l'avenir ; l'enfant est la vertu et le roi est la malignité de l'homme : elle est appelée roi parce que tous les membres lui obéissent, et vieux parce qu'il est dans le cœur de l'homme depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse, et fol parce qu'il conduit l'homme dans la voie de perdition * qu'il ne prévoit point.

* La même chose est dans Misdrach Tillim.

* Bereschit Rabba sur le Ps. 35 : « Seigneur, tous mes os te béniront parce que tu délivres le pauvre du tyran, » et y a-t-il un plus grand tyran que le mauvais levain. Et sur les Proverbes^ 25 : « Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger, » c'est-à-dire si le mauvais levain a faim , donne-lui du pain de la sagesse dont il est parlé proverbe 9, et s'il a soif, donne-lui de l'eau dont il est parlé, IscCie^ 55.

* Misdrach Tillim dit la même chose; et que 1 Écriture en cet endroit en parlant de notre ennemi entend le mauvais levain et qu'en lui ( donnant ) ce pain et cette eau on lui assemblera des charbons sur la tète.

* Misdrach Kohelet sur YEcc. 9 : « Un grand roi a assiégé une petite ville, » le grand roi est le mauvais levain ; les grandes machines dont il l'environne sont

Ml y a dans le MS., condition au lieu de perdition, 0a reste, cette f»ge est écrite d'une main étrangère et inexpérimentée; il y a quelues corrections de la main de Pascal.

208 VU PEUPLB JUIF.

les tentations, et il a été trouver un homme sage et pauvre qui l'a délivrée, c'est-à-dire la vertu.

* Et sur le Ps, 41. « Bienheureux quia égard aux pauvres. »

* Et sur le Ps. 78. « L'esprit s'en va et ne revient plus, )) dont quelques-uns ont pris sujet d'errer contre l'immortalité de Tàme, mais le sens est que cet esprit est le mauvais levain qui s'en va avec l'homme Jusqu'à la mort et ne reviendra point en la résurrection.

* Et sur leP*. 105, la même chose.

* Et sur le Ps. 16.

* Principes des Rabbins. Deux Messies ^

an 340.

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