CHAPITRE VII
Dans le discours que Pascal fit à quelques amis pour leur exposer le plan de son Apologie de la religion, après avoir parlé du Peuple juif, de Moïse, des Miracles et des Figures de TAncien Testament : « Il entreprit, dit Etienne Perier, de prouver la vérité de la religion « par les prophéties ; et ce fut sur ce sujet qu'il s'étendit beaucoup « plus que sur les autres. Gomme il avait beaucoup travaillé là-dessus « et qu'il *y avait des vues qui lui étaient toutes particulières, il les « expliqua d'une manière fort intelligible. Il en fit voir le sens et la « suite avec une facilité merveilleuse et il les mit dans tout leur jour « et dans toute leur force. »
Les fragments nombreux, et pour la plus grande partie inédits, que nous publions dans ce chapitre, témoignent en effet du soin avec lequel Pascal avait étudié les Prophètes. Or, Tétude approfondie d'une pareille matière indique dans celui qui s'y livre, une nature d'esprit éminemment mystique- Ces fragments sur les prophéties ne sont, du reste, pas les seuls où se montre le mysticisme de Pascal. Dans d'autres parties de cet ouvrage, et particulièrement au chapitre De JésW'Christ, on trouvera des pages jusqu'à présent inédites qui attestent également que Pascal, s'il fallait lui assigner un rang parmi les philosophes, devrait être rangé dans la série des mystiques.
189 En voyaat raveugleiiiient et la misère de Thoranie, « en regardant tout Tunivers muet, et Thomme sans lumière, abandonné à lui-même, et comme égaré dans ce recoin de Tunivers, sans savoir qui Ty a mis , ce quMl y est venu faire > f>e qu'il deviendra en mourant , inxsapable de toute connaissance , j'entre en eflfroi comme un homme ' qu*on aurait porté endormi dans une île déserte et effroyable , et qui s'éveillerait sans countiibre où il est, et sans moyen d'en sortir. Et sur cela j'admire comment on n'entre point eu désespoir d'un si misérable état. Je vois d'autres personnes auprès de moi, d'une semblable nature : je leur demande s'ils sont mieux instruits que' moi ; ils me disent que non ; et sur cela, ces misérabtçs égarés ayant regardé autour d'eux, et ayant vu quelquesobjet'S plaisants, s'y s'ont donnés et s'y sont attachés. Pour moi, je n'ai pu y prendre d'attache, et considérant combien il y a plus d'apparence qu'il y a autre
» Pascal avait mis d'abord : « comme un enfant, »>
chose que ce que je vois, j'ai recherché si ce Dieu n'aurait point laissé quelques marques en soi. "' Je vois plusieurs religions contraires , et partant toutes fausses, excepté une. Chacune veut être crue par sa propre autorité et menace les incrédules. Je ne les crois donc pas là-dessus ; chacun peut dire cela, chacun peut se dire prophète. Mais je vois la chrétienne où je trouve des prophéties; et c'est ce que chacun ne peut pas faire.
^^ IL La plus grande des preuves de Jésus-Christ sont^*^ les prophéties. C'est aussi à qiioi Dieu a le plus pourvu; car l'événement qui les a remplies est un miracle subsistant depuis la naissance de l'Eglise jusques à la fin. Aussi Dieu a suscité des prophètes durant seize cents ans; et, pendant quatre cents ans après, il a dispersé toutes ces prophéties, avec tous les Juifs qui les portaient, dans tous les lieux du monde. Voilà quelle a été la préparation à la naissance de Jésus-Christ dont TEvangile devant être cru de tout le monde, il a fallu non^seulement qu'il y ait eu des prophéties pour le faire croire, mais que ces prophéties fussent par tout le monde pour le faire embrasser par tout le monde.
* Mais ce n'était pas assez que les prophéties fus-«^ sent ; il fallait qu'elles fussent distribuées par tous les lieux et conservées dans tous les temps. Et afin qu'on ne prît point tout cela pour un effet du hasard, il fallait que cela fût prédit.
— Il est bien plus glorieux au Messie qu'ils soient
les spectateurs et même les instruments de sa gloire, outre que Dieu... *
m Quand un seul homme aurait fait un livre des pré- «67 dictions de Jésus-Christ pour le temps et pour la manière, et que Jésus-Christ serait venu conformément à ces prophéties, ce serait une force infinie.
Mais il y a bien plus ici. C'est une suite d'hommes, durant quatre mille ans, qui constamment et sans variation viennent Tun ensuite de l'autre prédire ce même avènement. C'est un peuple tout entier qui Tannonce, et qui subsiste depuis quatre mille années pour rendre en corps témoignage des assurances qu'ils en ont, et dent ils ne peuvent être divertis par quelques menaces et persécutions qu'on leur fasse : ceci est tout autrement considérable.
IV. * ^ . . . qu'alors on n'enseignera plus son pro- 221 chain, disait : Voici le Seigneur, car Dieu se fera sentir à tous.
— Vos fils prophétiseront ^.
— Je mettrai mon esprit et ma crainte en votre cœur.
Tout cela est la même chose.
Prophétiser, c'est parler de Dieu, non par preuves du dehors, mais par sentiment intérieur et immédiat.
^ Ici deux mois illisibles
' Le commencement manque dans le MS.
' Et prophetabunt filii vestri, Joël. II. 28.
V. * Le règne éternel de la race de Bavid, (2. Chron.) m par loutes les prophéties et avec serment. Et n'est point accompli temporeilemenf. Jér. 33, 20.
VI. * On pourrait peut-être penser que quand les 39 prophètes ont prédit que le sceptre ne sortirait pas de Juda jusqu'au roi éternel, ils auraient parlé pour flatter le peuple et que leur prophétie se serait trouvée fausse à Hérode. Mais pour montrer que ce n'est pas leur sens, et qu'ils savaient bien au contraire que ce royaume temporel devait cesser, ils disent qu'ils seront sans roi et sans prince et longtemps durant. — Osée.
3S8 Les 70 semaines de Daniel sont équivoques pour le 195 terme du commencement, à cause des termes de la prophétie ; et pour le terme de la fin, à cause des diversités des chronologistes. Mais toute cette différence ne va qu'à 200 ans '.
' Les chronologistes conviennent assez que les 70 semaines ne peuvent commencer que sous le règne d'Ârtaxerxès Longuemain ; mais les uns les prennent de la permission donnée à Esdras par ce prtnee dans la septième année de son règne, et les autres les prennent de la permission donnée à Néhémias par ce prince dans la vingtième année. Les uns comptent ces années depuis Tassociation de ce prince par son père Xerxès, vers l'an 474 avant Tère chrétienne vulgaire, en sorte que la septième année tomberait en 467 qui est Tannée de la mort de Xerxès; les autres les comptent depuis la mort die Xerxès, en sorte que {a vingtième t<ymberait en 447; ce qui donne précisément un intervalle de vingt ans depuis 467 jusqu'à 447.