XVII
Ce qu'on appelle légèreté d'esprit n'est quelquefois qu'une apparence produite par la facilité de ses mouvements; une légèreté d'évolutions, fort différente de la légèreté d'attention et de jugement.
Il y a des hommes qui n'ont tout leur esprit que lorsqu'ils sont de bonne humeur, et d'autres que lors qu'ils sont tristes.
Les uns ne peuvent trouver d'activité que dans le repos, et les autres de repos que dans le mouvement.
Tl est des esprits aventuriers qui n'attendent et ne reçoivent leurs idées que du hasard.
Les esprits qui ne se reposent jamais sont sujets à beaucoup d'écarts.
Comme il y a des hommes qui ont plus de mémoire que de jugement, il y en a qui ont, en quelque sorte, plus de pensées que d'esprit; aussi ne peuvent-ils ni les atteler ni les mener. D'autres n'ont pas assez de pensées pour leur esprit : il dépérit d'ennui, s'il n'est égayé par des bagatelles D'autres enfin ont trop de pensées pour leur âge et pour leur santé, et elles les tourmentent.
Les uns se déclament leurs pensées, d'autres se les récitent, et d'autres se les chantent. Quelques-uns ne font que se les raconter, se les lire ou se les parler.
La raison est abeille, et l'on n'exige d'elle que son produit ; son utilité lui tient lieu de beauté. Mais l'esprit n'est qu'un papillon, et un esprit sans agrément est comme un papillon sans couleurs : il ne cause aucun plaisir.