DES FACULTÉS INTELLECTUELLES
naïve et riante, qui participe de l'un et de l'autre. Entre l'esprit et l'imagination, il y a le jugement, il y a 1j goût.
L'imaginalion est l'œil de l'âme.
J'appelle imagination la faculté de rendre sensible ce qui est intellectuel, d'incorporer ce qui est esprit ; en un mot, de mettre au jour, sans le dénaturer, ce qui est de soi-même invisible.
C'est à l'imagination que les plus grandes vérités sont révélées : par exemple, la Providence, sa marche, ses desseins; ils échappent à notre jugement; l'imagination
seule les voit.
Sans l'imagination, la sensibilité est réduite au moment où l'on existe; les sensations sont plus vives, plus Courtes, et n'ont point d'harmonie dans leur succession.
L'imaginativo, faculté animale, est fort différente d. l'imagination, faculté intellectuelle. La première est passive; la seconde, au contraire, est active et créatrice. Les enfants, les têtes faibles, les peureux, ont beaucoup d'Imaginative. Les gens d'esprit, et de beaucoup d'esprit, ont seuls beaucoup d'imagination.
LU
L'imagination est tellement nécessaire, dans la littérature et dans la vie, que ceux même qui n'en ont pas et la décrient sont obligés de s'en faire une.
TITRE ÎV.
C'est la nature des esprits, c'est leur lumière naturelle, et non pas leur degré de force, variable comme la santé, qui fait leur véritable prix, leur qualité, leur excellence.
On mesure les esprits par leur stature; il vaudrait mieux les estimer par leur beauté.
Les esprits sont semblables aux champs : dans quelques-uns, ce qui vaut le mieux, c'est la superficie; dans quelques autres, c'est le fond, à une grande profondeur.
Il est des esprits meilleurs que d'autres et cependant méconnus, parce qu'il n'y a pas de mesure usitée pour les peser. C'est comme un métal précieux qui n'a pas sa pierre de touche.
La tendance vers le bien, la promptitude à le saisir et la constance à le vouloir; l'intensité, la souplesse et
la fermoté du ressort que cette tendance met en jeu : la vivacité, la force et la justesse des élans vers le but indiqué, sont les éléments qui, comme autant de caractères, forment, par leurs combinaisons, le taux intrinsèque de l'homme et déterminent sa valeur.
La nature a fait deux sortes d'esprits excellents : les uns pour produire de belles pensées ou de belles actions, et les autres pour les admirer.
vu.
Le ciel accorde rarement aux mêmes hommes le don 1 de bien penser, de bien dire et de bien agir en toutes choses.
Chaque esprit a sa lie.
Avoir un bon esprit et un mauvais cerveau, cela est assez commun parmi les délicats.
Les esprits délicats sont tous des esprits nés sublimes, mais qui n'ont pas pu prendre l'essor, parce que ou des organes trop faibles, ou une santé trop variée, ou de trop molles habitudes ont retenu leurs élans.
Génies gras, ne méprisez pas les maigres!
i XII.
Il y a une faiblesse de corps qui procède de la force de l'esprit, et une faiblesse d'esprit qui vient de la force du corps.
L'esprit a de la force, tant qu'on a la force de se plaindre de sa faiblesse.
Certains esprits, pour faire éclater leur feu, ont besoin d'être contenus et comme captivés par un sujet fixe et un temps court. Ils éclatent alors et s'élancent par jets, semblables h ces vins qui ne pétillent et ne montrent leur feu que lorsque, renfermée en un petit espace et contenue entre les parois d'une bouteille, leur fermentation se concentre et prend une vivacité que plus de liberté anéantirait.
Il est des esprits légers, mais qui n'ont pas de légères opinions; leurs doctrines et leurs vertus les rendent graves, quand il le faut. Il y a, au contraire, des esprits sérieux et sombres qui ont des doctrines très-futiles, et alors tout est perdu.