‹ PenséesChapitre 19 sur 91 · XLV II · texte numérisé non relu

XLV II

On ne peut espérer de véritable affection que de ceux jui sont naturellement doux et aimants.

N'admets les avides ni parmi tes amis, ni parmi tes lisciples, car ils sont incapables de sagesse et de idélité.

On n'aime fortement, on n'aime sérieusement que

ceux qu'on craint, parce que la crainte fixe notre esprit sur leur compte, et qu'on leur sait gré à la fois de tout le bien qu'ils font et de tout le mal qu'ils ne font pas. D'ailleurs, s'ils ne sont pas méchants, ils subjuguent le cœur lui-même, et l'on n'ose pas les haïr.

Les hommes prennent le parti d'aimer ceux qu'ils craignent, afin d'en être protégés.

La haine entre les deux sexes ne s'éteint guère.

LU

Le châtiment de ceux qui ont trop aimé les femmes est de les aimer toujours.

LUI

La tendresse est le repos de la passion.

Il y a moins d'indifférence à médire qu'à oublier. L'oubli ! comment ce mot est-il si doux !

Il faut compenser l'absence par le souvenir. La mémoire est le miroir où nous regardons les absents.

Les parfums cachés et les amours secrets se trahissent.

La bienveillance associe à nos facultés et à nos jouissances les jouissances et les facultés de tous les êtres qu'elle embrasse. L'homme est un être immense, en quelque sorte, qui peut exister partiellement, mais dont l'existence est d'autant plus délicieuse qu'elle est plus entière et plus pleine.

Lvni.

Celui qui a vu souvent une chose s'associe par ins-

DES PASSIONS ET DES AFFECTIONS DE i/aME. 71

tinct, quand il veut la revoir avec plaisir, quelque homme qui ne l'ait pas vue.

Quiconque éteint dans l'homme un sentiment de bienveillance le tue partiellement.

Tout ce qui multiplie les nœuds qui attachent l'homme à l'homme le rend meilleur et plus heureux.

La multitude des affections élargit le cœur.

Il faut tenir ses sentiments près de son cœur. Lorsqu'on accoutume son cœur ;\ aimer les espèces qui n'existent que pour l'esprit, on n'a plus d'attache qu'aux abstractions, et on leur sacrifie aisément les réalités. Quand on aime tant les hommes en masse, il ne reste plus d'affection à leur distribuer en détail ; on a dépensé toute sa bienveillance pour l'uniA'ersalité : les individus se présentent trop tard. Ces affections philosophiques, qu'on ne ressent point sans effort, ruinent et dessèchent notre capacité d'aimer.

Si l'apathie est, comme on le dit, de l'égoïsme en repos, l'activité, qu'on vante tant, pourrait bien être de l'égoïsme en mouvement. Ce serait donc l'égoïsme en action qui se plaindrait de l'égoïsme en repos.

Xul n'est bon, ne peut être utile et ne mérite d'êvre aimé, s'il n'a quelque chose de céleste, soit dans l'intelligence par des pensées, soit dans la volonté par des affections qui sont dirigées vers le ciel.

C'est un bonheur, une grande fortune d'être né bon.

Une partie de la bonté consiste peut-être à estimer e à aimer les gens plus qu'ils ne le méritent; mais alor une partie de la prudence est de croire que les gens n valent pas toujours ce qu'on les prise.

Sans bonté, la puissance meurtrit le bien, quand ell y touche, et la compassion arrose et fomente le mal

Il y a, dans la plupart des sentiments honnêtes, quel que chose de meilleur et de plus puissant que le calcu et la raison : l'instinct et la nécessité.

On n'est bon que par la pitié. Il faut donc qu'il y ai quelque pitié dans tous nos sentiments, même dan notre indignation, dans nos haines pour les méchants Mais faut-il qu'il y en ait aussi dans notre amour pou Dieu? Oui, de la pitié pour nous, comme il y en a tou jours dans la reconnaissance. Ainsi tous nos sentiment sont empreints de quelque pitié pour nous ou pour le autres. L'amour que nous portent les anges n'est lui même qu'une pitié continuelle, une éternelle compa: sion. Chacun est compatissant aux maux qu'il craint

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