CHAPITRE V
Les plaisirs des grands, quand ils sont bruyants et gais, sont, pour les habitants de la campagne, un spectacle qui les réveille, les réjouit, exerce leur esprit, anime leurs conversations, et leur fait trouver plus de joie dans la vie.
L'homme qui chante lorsqu'il est seul, et, pour ainsi dire, livré au désœuvrement de la machine, a par cela même dans sa position quelque équilibre, quelque harmonie; toutes ses cordes sont d'accord.
Les aveugles sont gais, parce que leur esprit n'est pas distrait de la représentation des choses qui peuvent leur plaire, et qu'ils ont encore plus d'idées que nous n'avons de spectacles. C'est un dédommagement que le ciel leur accorde
La bonne humeur est féconde en idées riantes, en perspectives, en espérances, en inventions pour le plaisir. Elle est aux plaisirs, dans l'homme, ce que l'imagination est aux beaux-arts. Elle s'y plaît, elle les aime, les multiplie et les crée.
Tout ce qui occupe des autres égayé ; tout ce qui n'occupe que de soi attriste. De là cette mélancolie, sentiment de l'homme qui vit enfermé en lui-même.
On n'est guère malheureux que par réflexion.
La gaieté clarifie l'esprit, surtout la gaieté littéraire. L'ennui l'embrouille; l'extrême tension le fausse; le sublime le rajeunit.
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La grâce est dans les vêtements, les mouvements ou »es manières; la beauté, clans le nu et dans les formes. Cela est vrai quand il s'agit des corps; mais s'il s'agit des sentiments, la beauté est dans leur spiritualité, et ïa grâce dans leur modération.
La modération consiste à être ému comme les anges.
La douleur a ses équilibres. La tranquillité delà vie peut quelquefois balancer, comme un contre-poids, la désolation du moment.
Dieu a ordonné au temps de consoler les malheureux.
Il y a, dans la colère et la douleur, une détente qu'il faut savoir saisir et presser.
La colère dont le siège est dans les nerfs passe plus vite et plus entièrement que celle dont le siège est dans les humeurs. Celle-ci laisse de plus profondes traces; plus longue, plus intime, elle a pour suite des rancœurs.
Ce sont toujours nos impuissances qui nous irritent.
Le bonheur est de sentir son âme bonne ; il n'y en a point d'autre, à proprement parler, et celui-là peut exister dans l'affliction même ; de là vient qu'il est des douleurs préférables à toutes les joies, et qui leur seraient préférées par tous ceux qui les ont ressenties.
ii entro dans la composition de tout bonheur l'idée de l'avoir mérité.
Ceux qui aiment toujours n'ont pas le loisir de se plaindre et de se trouver malheureux.
Il faut non-seulement cultiver ses amis, mais cultiver en soi ses amitiés, les conserver avec soin, les soigner, les arroser, pour ainsi dire.
Qui ne voit pas en beau est mauvais peintre , mauvais ami, mauvais amant; il ne peut élever son esprit et son cœur jusqu'à la bonté.
Il faut servir son estime à ses amis comme un repas où tout abonde, sans taxer ni couper les parts, Ceux qui épient d'un œil malin les défauts de leurs amis les découvrent avec joie. Qui n'esi jamais dupe n'est pas ami.
Quand on aime, c'est le cœur qui juge.
Qui n'a pas les faiblesses de l'amitié n'en a pas les forces.
Nous perdons toujours l'amitié de ceux qui perdent notre estime.
C'est une cruelle situation que celle de ne pouvoir se résoudre à haïr et mépriser l'homme qu'on ne peut aimer ni estimer.
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La franchise se perd par le silence, par les ménagements, par la discrétion dont les amis usent entre eux.
Le temps calme les ivresses, même celle de l'amitié ; une longue fidélité a ses dernières admirations.
Un homme qui ne montre aucun défaut est un sot oi; un hypocrite dont il faut se métier. Il est des défauts tellement liés à de belles qualités, qu'ils les annoncent let qu'on fait bien de ne pas s'en corriger.
On n'aime souvent et on ne loue nos belles qualités que parce que nos défauts en tempèrent l'éclat. Souvent même il arrive qu'on nous aime plus pour nos défauts que pour nos qualités.
Les défauts qui rendent un homme ridicule ne le 'endent guère odieux; de sorte qu'on échappe à l'odieux )ar le ridicule
Il faut se faire aimer, car les hommes ne sont justes ju'envers ceux qu'ils aiment.