‹ PenséesChapitre 2 sur 91 · TITRE PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

TITRE PRÉLIMINAIRE

d'activité. De \h, fatigue totale, lors(|ue ce qui était fort est fatigué ; car alors la faiblesse est partout.

Quand je luis... je me consume.

Je ne puis faire bien qu'avec lenteur et avec une extrême fatigue. Derrière ma faiblesse il y a de la force; la faiblesse est dans l'instrument. Derrière la force de beaucoup de gens, il y a de la faiblesse. Elle est dans le cœur, dans la raison, dans le trop peu de franche bonne volonté.

J'ai trop de cervelle pour ma tête; elle ne peut pas jouer à l'aise dans son étui.

J'ai beaucoup de formes d'idées, mais trop peu de formes de phrases.

En toutes choses, il me semble que les idées intermédiaires me manquent, ou m'ennuient trop.

J'ai voulu me passer des mots et les ai dédaignés : les mots se vengent par la difficulté.

S'il est un homme tourmenté par la maudite ambition de mettre tout un livre dans une page, toute une page dans une phrase, et cette phrase dans un mot, c'est moi.

De certaines parties naissent naturellement trop finies en moi pour que je puisse me dispenser de finir de même tout ce qui doit les accompagner. Je sais trop ce que je vais dire, avant d'écrire.

l'auteur PElM PAR LUI-MÊME. 9

L'attention est soutenue, dans les vers, par l'amusement de l'oreille. La prose n'a pas ce secours ; pourraitelle l'avoir? J'essaye; mais je crois que non.

Je voudrais tirer tous mes etfets du sens des mots, comme vous les tirez de leur son ; de leur choix, comme vous de leur multitude; de leur isolement lui-même, comme vous de leurs harmonies; désirant pourtant aussi qu'il y ait entre eux de l'harmonie, mais une harmonie de nature et de convenance, non d'industrie, de pur mélange ou d'enchaînement.

Ignorants, qui ne connaissez que vos clavecins ou vos orgues, et pour qui les applaudissements sont nécessaires, comme un accompagnement sans lequel vos accords seraient incomplets , je ne puis pas vous imiter. Je joue de la lyre antique, non de celle de Timothée, mais de la lyre à trois ou à cinq cordes, de la lyre d'Orphée, cette lyre qui cause autant de plaisir à celui qui la tient qu'à ceux qui le regardent, car il est contenu dans son air, il est forcé à s'écouter; il s'entend, il se juge, il se charme lui-même.

On dira que je parle avec subtilité. C'est quelquefois le seul moyen de pénétration que l'esprit ait en son pouvoir, soit par la nature de la vérité où il veut atteindre, soit par celle des opinions ou des ignorances au travers desquelles il est réduit à s'ouvrir péniblement une issue.

J'aime à voir deux vérités à la fois. Toute bonne comparaison donne à l'esprit cet avantage.

J'ai toujours une image à rendre, une image et une

•0 TITRE PRÈLI.MINAIUK.

pensée, deux cliosts pour une et double travail pour

moi.

Ce n'est pas ma phrase que je polis, mais mon idée. Je m'arrête jusqu'à ce que la goutte de lumière dont j'ai besoin soit formée et tombe de ma plume.

Je voudrais monnayer la sagesse, c'est-à-dire la frapper en maximes, en proverbes, en sentences faciles à retenir et à transmettre. Que ne puis-je décrier et bannir du langage des hommes, comme une monnaie altérée, les mots dont ils abusent et qui les trompent !

Je voudrais faire passer le sens exquis dans le sens commun, ou rendre commun le sens exquis

J'avais besoin de l'âge pour apprendre ce que je voulais savoir, et j'aurais besoin de la jeunesse pour bien dire ce que je sais.

Le ciel n'avait donné de la force à mon esprit que pour un temps, et ce temps est passé.

Les hommes sont comptables de leurs actions; mais moi, c'est de mes pensées que j'aurai à rendre compte. Elles ne servent pas seulement de fondement à mon ouvrage, mais à ma vie.

Mes idées ! c'est la maison pour les loger qui me coûte à bâtir.

Le ver à soie iile ses coques, et je iile les miennes , maison ne les dévidera pas. Comme il plaira à Dieui

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