DE LA MÉTAPHYSIQUE
avantageux an genrt humain, on a prouvé ce qu'il faut faire, de même que, lorsqu'on a conçu nettement, oc a trouvé ce qu'il faut croire.
La métaphysique est à la morale ce que les mathématiques sont à la mécanique, la physique à la médecine, la chimie à la pharmacie : elle doit fournir des motifs par ses clartés , comme les autres sciences , par leurs théories, doivent fournir des machines, des procédés, des mélanges. Malheureusement, on ne l'a employée jusqu'ici qu'au service de sa servante, c'est-àdire à perfectionner le langage de la logique; à peu près comme un grammairien qui ne sait trouver, dans les vers de la plus haute poésie, que des règles et des exemples de constructions.
La métaphysique rend l'esprit singulièrement ferme; voilà pourquoi rien n'est si cruel quelquefois qu'un métaphysicien.
La métaphysique est bonne pour ceux qui s'égarent dans les régions supérieures; ceux qui ne quittent pas la terre n'en ont pas besoin : la morale leur en tient lieu.
La religion est la seule métaphysique que le vulgaire soit capable d'entendre et d'adopter.
Les métaphysiciens pratiques, ce sont les dévots.
Quiconque ne sent pas quelle différence on doit mettre entre ces mots : le beau et la beauté, le vrai et la vérité, l'idéal et l'abstrait, est mauvais métaphysicien.
La véritable métaphysique ne consiste pas à rendre abstrait ce qu\ est sensible, mais à rendre sensible ce qui est abstraii, apparent ce qui est caché, imaginable, s'il se peut, ce qui n'est qu'intelligible, intelligible enfin ce qui se dérobe à l'attention.
Où le spiritualisme emploie les mots de Dieu, création, volonté, lois divines, le raisonneur matérialiste est perpétuellement obligé de se servir d'expressions abstraites, telles que la nature, l'existence, les effets. Il ne nourrit son esprit que de spectres sans traits, sans couleur, sans beauté.
Défiez-vous, dans les livres métaphysiques, des mots qui n'ont pas pu être introduits dans le monde, et ne sont propres qu'à former une langue à part.
L'incertitude des idées rend le cœur irrésolu. Aussi faudrait-il n'user des termes abstraits qu'avec une extrême sobriété. Non-seulement ils ne sont l'appellation d'aucun être véritable; mais ils n'expriment même aucune idée fixe, et, en accoutumant l'esprit à ne pas s'entendre, ils accoutument bientôt la conscience à ne pas nous juger. Plus le style a de corps, plus il est moral. S'il arrive que la langue se perfectionne tellement qu'elle devienne toute physique, cette révolution en causera une importante dans les mœurs.
Affirmons hardiment qu'il n'y a souvent que des expressions figurées qui soient propres à représenter et H faire concevoir exactement l'état de l'âme, et ce qui fie passe en elle, c'est-à-dire la vérité. Hobbes a beau