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DES ABSTRACTIONS

vouloir qu'on les bannisse de l'argumentation : il faut, ou nous interdire beaucoup d'explications, ouïes y admettre. Non- seulement notre entendement, mais aussi la nature des choses le demande. Quand l'âme, s'entretenant avec elle-même, se donne le spectacle de ses propres pensées , elle les revêt de figures , et se parle par images. Ce langage est vraiment intime. Celui de l'esprit pur, que les raalebranchistes ont tant recommandé, dépouille la pensée de sa pâte et de ses couleurs, pour n'en représenter que les plus secs linéaments. C'est l'art du névrologue ou du géomètre. L'âme ne se borne pas là : elle se peint tout et le peint; l'esprit pur n'est qu'un de ses aides.

Quand , isolant sa faculté rationatrice de toutes ses autres facultés, on parvient à rendre abstrait, aux yeux de son esprit, ce qu'il y a de plus réel et même de plus solide dans le monde, et pour les sens et pour le cœur, tout est douteux, tout devient problématique, et tout peut être contesté. Que parle-t-on d'ordre, de beauté? Il n'y a, pour la faculté rationatrice isolée, que des non ou des oui, des absences ou des existences, des unités ou des nullités.

On a beau dire, les métaphores ne sont pas moins nécessaires à la métaphysique que les abstractions. Ayez donc recours à l'abstraction, quand la métaphore vous manque, et à la métaphore, quand l'abstraction est en défaut. Saisissez l'évidence, et montrez-la comme vous pourrez : voilà tout l'art et toutes les règles.

Le grand abus des abstractions est de prendre, en métaphysique, les êtres de raison, tels que la pensée ^

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pour des êtres réels, etc. , et de traiter, en politique, les êtres réels, tels que le pouvoir exécutif , comme des êtres de raison.

Avant que l'abstraction soit deveaue pour l'esprit une chose qu'il puisse se représenter, et même concevoir, que de temps il lui faut ! Par combien de retouches il faut fortifier cette ombre !

xxxn.

Combien de gens se font abstraits pour paraître profonds ! La plupart des termes abstraits sont des ombres qui cachent des vides.

Tous ces métaphysiciens prétendus n'apprennent rien qu'à ne rien croire en métaphysique; et tout leur savoir à eux-mêmes se bornait là. 0 métaphysicaille !

La logique opère, la métaphysique contemple.

Dans ses opérations, la logique part d'une définition, et la métaphysique d'une idée. L'une a pour but la conviction; l'autre la clarté et l'assentiment. L'une appartient au judiciaire ; l'autre au démonstratif. La première, comme l'arithmétique, n'emploie dans ses opérations qu'une espèce de calcul ; la seconde est esseniellement persuasive, expositive : l'âme y prend part. H y a entre elles la ditférence d'un axiome avec une idée, d'un principe avec une notion, La logique est à la grammaire ce que le sens est au son dans les mots.

Le raisonnement est une espèce de machine intellec-

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tuelle, à l'aide d^e laquelle on conclut, c'est-à-dire, on enferme, dans une opinion déjà adoptée, une autre opinion qui souvent n'y entre pas naturellement.

L'utilité la plus assurée du syllogisme est d'être une espèce d'escrime, de gymnastique qui délie l'esprit de ceux qu'on y exerce.

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