DE LA LIBERTE, DE LA JUSTICE ET DES LOIS
Les droits du peuple ne viennent pas de lui, mais de
la justice. La justice vient de l'ordre, et l'ordre vient de
Dieu lui-même.
C'est la force et le droit qui règlent toutes choses dans le monde ; la force, en attendant le droit.
Le droit et la force n'ont entre eux rien de commun par leur nature. En effet, il faut mettre le droit où la force n'est pas, la force étant par elle-même une puissance.
Il y a bien un droit du plus sage, mais non pas un droit du plus fort.
Demandez des âmes libres, bien plutôt que des hommes libres. La liberté morale est la seule importante, la seule nécessaire; l'autre n'est bonne et utile qu'autant qu'elle favorise celle-là.
Il faut qu'il n'y ait en rien une liberté sans mesure, dans un état bien gouverné, môme dans les habits et dans le vivre. Une liberté sans mesure, en quoi que ce soit, est un mal sans mesure. L'ordre est dans les dimensions; la dimension dans les limites. Si tout doit être règle, rien ne doit être libre. Demander une liberté illimitée, sur quoi que ce soit, c'est demander l'arbitraire; car il y a arbitraire partout où la liberté est sans limites.
Point de liberté, si une volonté forte et puissante n'assure l'ordre convenu.
La liberté doit être comme dans une urne, et l'urne dans les mains du prince, pour la déverser à propos.
Il faudrait que le respect envers le prince ôtât seul la liberté.
Quand la Providence d:\ine livre le monde à la liberté humaine, elle laisse tomber sur la terre le plus grand de tous les fléaux.
La liberté est un tyran gouverné par ses caprices.
Ouc gagnent à la liberté les sages et les gens de bien, ceux qui vivent sous l'empire de la raison, et sont esclaves du devoir? Peut-être ce que le sage et l'homme de bien ne peuvent jamais se permettre ne devrait-il être permis à personne.
La liberté publique ne peut s'établir que par le sacri-
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lice des libertés privées. Dans cette ad.uirable institution, il faut que les forts cèdent une partie de leurs forces, et les faibles une partie de leurs espérances. Le despote seul est libre souverainement. On ne partage la liberté avec personne, sans en céder et en perdre une portion. Une liberté diminuée, communiquée et répandue, vaut mieux que celle qui est entière et concentrée. Rappelons-nous le mot d'Hésiode : « La moitié « vaut mieux que le tout; » l'intensité vaut moins que l'étendue.
La subordination est plus belle que l'indépendance. L'une est l'ordre et l'arrangement; l'autre n'est que la suffisance unie à l'isolement. L'une otîre un tout bien disposé; l'autre n'offre que l'unité dans sa force et sa plénitude. L'une est l'accord, l'autre le ton; l'une est la \)art, l'autre l'ensemble.
Liberté ! liberté I En toutes choses justice, et ce sera assez de liberté.
La justice est la vérité en action.
La justice est le droit du plus faible. Elle est en nous le bien d'autrui, et dans les autres notre bien.
La justice sans force, et la force sans justice : malheurs affreux !
Il y a des crimes que la fortune ne pardonne jamais.
Ordinairement, l'innocence est moindre que rapolo-
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gie, la faute moindre que l'accusation, et le mal moindre que la plainte.
Tout châtiment, si la faute est connue, doit être nonseulement médicinal, mais exemplaire. Il doit corriger ou le coupable ou le public.
Il est dans l'ordre qu'une peine inévitable suive une faute volontaire.
La peine du talion n'est pas toujours équitable, quand elle égalise ; mais elle est toujours atroce, quand elle excède. « C'est la justice des injustes, » disait saint Augustin; nous pouvons ajouter, des ignorants et des barbares.
L'indulgence est une partie de la justice.
11 ne faut pas que l'indulgence parle trop haut, de peur d'éveiller la justice.
Il y a des actes de justice qui corrompent ceux qui les font.