DKS MOEURS PUBLIQUES ET PRIVÉES
Il convient aux hommes savants d'être populaires, comme cela convient aux rois.
L'opposé des défauts de chaque siècle plaît dans ce siècle-là, lors même que c'est un défaut.
Toujours prêle à condamner ses défauts dans les autres, la grossièreté ne pardonne qu'aux vices raffinés.
Le luxe des petits ruine l'État.
Tout luxe corrompt ou les mœurs ou le goût.
Ce n'est pas le désir des vrais biens qui déprave l'homme, mais le désir de ceux qu sont faux. Jamais un peuple ne s'est corrompu, pour avoir du blé, des fruits, un air pur, des eaux meilleures, des arts plus parfaits, des femmes plus belles, mais pour avoir de l'or, des pierreries, des sujets, de la puissance, un faux renom et une injuste supériorité.
Une idée de paix, aussi bien que d'intelligence, se mêle à celle de l'étude, qui la fait respecter et presque envier comme une félicité car les hommes même grossiers.
Rien n'est beau , après les armes , que l'étude ou la piété.
Quand on vous dira qu'un peuple est savant, examinez toujours i\ quel point il connaît le beau dans les arts.
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Un peuple qui veut se distinguer par les lettres, quand il n'est pas très-ingénieux, est naturellement porté à se jeter dans le savoir; c'est sa ressource. La nature donne plus de patience aux esprits qu'elle a créés moins pénétrants.
Plus un peuple est humoriste, plus il est vif et brusque, plus il a d'accent. Son accent annonce en quoi il est peu contenu. Les courtisans, habitués à se contraindre, n'ont point d'accent. Des âmes toujours égales, toujours calmes, toujours élevées, expriment aussi sans accent leurs sentiments et leurs pensées. Jamais homme éminent n'a gardé pur, c'est-à-dire entier, l'accent de ses compatriotes.
Quand les peuples ont perdu cette heureuse disposition de l'enfance à craindre et honorer les pouvoirs qui sont invisibles, et qu'une audace d'esprit excessive les a mis au-dessus de toute crédulité, ils sont alors sortis de la sphère de l'ordre accoutumé; ils ont dépassé les bornes en deçà desquelles leur nature est bonne; ils deviennent méchants.
Les peuples qui ont perdu la vertu et le vrai savoir ne peuvent plus les recouvrer. Personne, à l'exception des véritables sages, ne veut retourner en arrière, même pour reprendre le bon chemin.
Tout ce qui se corrompt fermente.
Il y a des destructions fatales. Notre sagesse en cherche le remède, et c'est un de nos devoirs. Mais
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quand le remède est trouvé, il survient d'aui*'*^ maux. Le ciel fait ce qu'il veut et ce qu'il faut.
Le même sang-froid qui nous fait dire : « L'État est vieux, et il doit périr , » serait propre à nous faire dire aussi : « Mon père est âgé, et il doit mourir. » C'est un song-froid qui n'est pas permis.
î^ y a dans chaque siècle, même dans les siècles les plus éclairés, ce qu'on peut, à juste titre, appeler l'esprit '/lu temps, sorte d'atmosphère qui passera, mais qui, pendant sa durée, trompe tout le monde sur l'importance et sur la vérité même de la plupart des opinions dominantes.
Le peuple veut voir le prince au visage, c'est-à-dire examiner le lot qui lui est échu dans la loterie des des* tinées.
LU
Il y a des hommes qui respectent la puissance, comme d'autres respectent la vertu; ceux qui en sont revêtus leur inspirent la même estime, le même amour, la même admiration.
LUI
Le pouvoir est une beauté ; il fait aimer aux femmes la vieillesse même.
La noblesse est une dignité due à la présomption que nous ferons bien, parce que nos pères ont bien fait.
Il y a dans le naturel des hommes et des peuples quelque chose de querelleur. Quand cet esprit de dispute et de contestation s'exerce sur d*^s minuties, pour-
quoi gémir? Ce sont lu les siècles heureux. Le mal à craindre est celui qui attaque et qui dérange ce qu'il y a de fondamental dans Tordre de la société.
En politique, il faut toujours laisser un os à ronge aux frondeurs.
Il semble que les peuples aiment les périls, et que lorsqu'ils en manquent, ils s'en créent.
Il s'exhale de tous les cris et de toutes les plaintes une vapeur; de cette vapeur il se forme un nuage, et de ce nuage il sort des foudres et des tempêtes.
Les révolutions sont des temps où le pauvre n'est pas sûr de sa probité, le riche de sa fortune, et l'innocent de sa vie.
Établissez la communauté, et vous aurez bientôt un peuple chasseur, guerrier, dévastateur, et une agriculture abandonnée aux esclaves.
Ce qui rend les guerres civiles plus meurtrières que les autres, c'est qu'on se résout plus facilement à avoir son ennemi pour contemporain que pour voisin : on ne veut pas risquer de garder la vengeance si près de soi.
Flatter le peuple 'dans les tempêtes politiques , c'est dire aux flots de gouverner le vaisseau, et au pilote de céder aux flots.
Ce qui vent par la guerre s'en retournera par la
'fe lierre ; toute dépouille sera reprise ; tout butin sera dispersé; tous les vainqueurs seront vaincus, et toatt ville pleine de proie sera saccagée à son tour.
Il s'établit toujours de grandes liaisons entre les peu pies qui se font de longues guerres. La guerre est une espèce de commerce qui lie ceux même qu'elle désunit.
Les Français naissent légers, mais ils naissent modérés. Ils ont un esprit leste, agréable et peu imposant. Parmi eux , les sages même, dans leurs écrits , semblent être de jeunes hommes.
Hors des affections domestiques, tous les longs sentiments sont impossibles aux Français.