XL VII
Il faut aimer de Dieu ses dons et ses refus, aimer ce qu'il veut et ce qu'il ne veut pas.
Dieu aime l'âme, et comme il y a un attrait qui porte l'âme à Dieu, il y en a un, si j'ose ainsi parler, qui porte Dieu à l'âme. Il fait de l'âme ses délices.
Nous sommes éclairés parce que Dieu luit sur nous, et nous sommes droits parce qu'il nous touche. Dieu nous éclaire comme lumière; il nous redresse comme règle. Cette règle, non discernée, mais sentie, sert de point de comparaison à nos jugements dans tout ce qui doit être estimé par une autre voie que celle des sens
Dieu! et de là toutes les vertus, tous les devoirs. S'i en est où l'idée de Dieu ne soit mêlée, il s'y trouve toujours quelque défaut, ou quehjue excès; il y manque ou le nombre, ou le poids, ou la mesure, toutes choses dont l'exactitude est divine.
20 TITUE 1.
Nous ne voyons bien nos d;voirs qu'en Dieu. C'est le seul fond sur lequel ils soient toujours lisibles à l'e-s-
prit.
LU
Il n'y a d'heureux que les bons, les sages et les saints ; mais les saints le sont plus que tous les autres, tant la nature humaine est faite pour la sainteté. LUI.
Le juste, le beau, le bon, le sage est ce qui est conforme aux idées que Dieu a du juste, du beau, du sage et du bon. Otez Dieu de la haute philosophie, il n'y a plus aucune clarté : il en est la lumière et le soleil : c'est lui qui illumine tout : Jn lumine tuo videbimus lumen.
Rendons-nous agréables à Dieu; on le peut en tout temps, en tout lieu, en tout état de décadence. L'estime de Dieu, si l'on peut s'exprimer ainsi, est plus facile à obtenir que l'estime des hommes, parce que Dieu nous tient compte de nos etforts.
Il faut céder au cid et résister aux hommes.
Nous nous jugeons suivant le jugement des hommes, au lieu de nous juger suivant le jugement du ciel. Dieu est le seul miroir dans lequel on puisse se connaître; dans tous les autres on ne fait que se voir.
Quand Dieu se retire du monde, le sage se retire en Dieu.
Lvm.
Ceux-là seuls veillent, ô mon Dieu, qui pensent à
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fous et qui vous aiment. Tous les autres sont endorns ; ils font des rêves et s'attachent à des fantômes. [/eus seul êtes la réalité. Rien n'est bien que d'occu- )er de vous son cœur et son esprit, de faire toutes îlioses pour vous, de n'être mû que par vous. Mais [l'homme est-il fait pour jouir ici-bas d'une telle féliîité? S'il en était capable, il aurait sa perfection.
L'oubli des choses de la terre, et l'intention aux choses du ciel; l'exemption de toute ardeur, de tout souci, de tout trouble et de tout eltbrt; la plénitude de la vie, sans aucune agitation; les délices du sentiment, sans le travail de la pensée; les ravissements de l'extase, sans les apprêts de la méditation; en un mot, la spiritualité pure, au sein du monde et parmi le tumulte des sens : ce n'est que le bonheur d'une minute, d'un instant ; mais cet instant de piété répand de la suavité sur nos mois et sur nos années.
La religion est la poésie du cœur ; e!îe a des enchantements utiles à nos mœurs; elle nous donne et le bonheur et la vertu.
La piété n'est pas une religion, quoiqu'elle soit l'âme de toutes. On n'a pas une religion, quand on a seulement de pieuses inclinations, comme on n'a pas de patrie, quand on a seulement de la philanthropie. On n'a une patrie, et l'on n'est citoyen d'un pays, que lorsqu'on se décide à observer et à défendre certaines lois, à obéir à certains magistrats, et à adopter certaines manières d'être et d'agir.
La religion n'est ni une théologie, ni une théosophie;
elle est plus que tout cela : une discipline, une loi, unj joug, un indissoluble engagement.
Sans le dogme, la morale n'est que maximes et que, sentences; avecle dogme, elle est précepte, obligation, nécessité.
Ne pourrait-on pas dire que depuis l'avènement de i Jésus-Christ, Dieu a infusé dans la nature plus de o lumière et plus de grâce? Il semble, en effet, que depuis ce temps il y a eu dans le monde une connaissance plus j générale de tous les devoirs, et une facilité plus répan- ' due et plus commune à pratiquer les vraies vertus et toutes les grandes vertus.
Il faut aimer la religion comme une espèce de patrie et de nourrice : c'est elle qui a allaité nos vertus, qui nous a montré le ciel, et qui nous a appris à marcher dans les sentiers de nos devoirs.
La religion est pour l'un sa littérature et sa science; elle est pour l'autre ses délices et son devoir.
0 religion! tu donnes une lumière à l'ignorance, une rertu à la faiblesse, une aptitude à l'ineptie, un talent même à l'incapacité.
Aucune doctrine ne fut jamais aussi bien proportionnée que la doctrine chrétienne à tous les besoins naturels du cœur et de l'esprit humain. La pompe et le faste qu'on reproche à l'Église ont été l'effet et sont la preuve de son incomparable excellence. D'où sont venues, en effet, cette puissance et ces richesses poussées