DE LX RELIGION
l l'excès, si ce n'est tle renchantement où elle mit le iioiide entier? Ravis de sa beauté, des millions i'iiomires la comblèrent, de siècle en siècle, de dons, de legs, de cessions. Elle eut le don de se faire aimer, et celui de faire des heureux. C'est ce qui fit tant de prodiges; c'est de là que lui vint son pouvoir.
On ne peut ni parler contre le christianisme sans colère, ni parler de lui sans amour.
Dans le christianisme, et surtout dans le catholicisme, les mystères sont des vérités purement spéculatives, d'où naissent, par la réunion d'un mystère à 1 autre, des vérités éminemment pratiques.
La religion défend de croire au delà de ce quelle enseigne.
Quand on ne peut pas croire qu'il y a eu révélation, on ne croit rien fixement, fermement, invariablement
L'opinion que les hommes ont des choses divines n'est la même ni dans tous les temps, ni dans tous les lieux; mais il faut que dans tous les lieux et dans tous les temps, il y en ait une d'arrêtée, de fixe, de jsacrée et d'inattaquable.
Toutes les religions fortes sont furieuses jusqu'à ce qu'elles aient régné. Les vieilles religions ressembient aux vins vieux, qui échauffent le cœur, mais qui n'enflamment plus la tête.
Les sectes austères sont d'abord les plus rérérées ;
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mais les sectes mitigées ont toujours été les plus durables.
La même croyance unit plus les hommes que le même savoir ; c'est sans doute parce que les croyances viennent du cœur.
Il est permis de s'affliger, mais il n'est jamais permis de rire de la religion d'autrui.
Il faut attaquer la superstition par la religion, et non par la physique : c'est un terrain où elle n'est pas. Que si vous l'y amenez, en la faisant sortir d'elle-même, vous la faites sortir aussi de toute idée du ciel, et au lieu de la corriger, vous risquez de la rendre pire.
La superstition est la seule religion dont soient capables les âmes basses.
Tous ceux qui manquent de religion sont privés d'une vertu, -et eussent-ils toutes les autres, ils ne pourraient être parfaits
Qu'est-ce qui est le plus difforme, ou d'une religion sans vertu, ou de vertus sans religion? Lxxxn.
L'mcrédulité n'est qu'une manière d'être de l'esprit ; mais l'impiété est un véritable vice du cœur. Il entre dans ce sentiment de l'horreur pour ce qui est divin, du dédain pour les hommes, et du mépris pour l'aimable simplicité.
Il y a deux sortes d'athéisme : celui qui tend à se
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assor de l'idée de Dieu, et celui qui tend ;\ se passer e son intervention dans les affaires humaines.
L'irréligion par ignorance est un état de rudesse et î barbarie intérieure. L'esprit qu'aucune croyance, iicune foi n'a plié et amolli, reste sauvage et incaable d'une certaine culture et d'un certain ensemensment. Mais l'incrédulité dogmatique est un état 'irritation et d'exaltation ; elle nous met en guerre perétuelle avec nous-mêmes, notre éducation, nos habiides, nos premières opinions; avec les autres, nos ères, nos frères, nos voisins, nos anciens maîtres; avec ordre public, que nous regardons comme un dé- )rdre; avec le temps présent, que nous croyons moins elairé qu'il ne doit l'être; avec le temps passé, dont ous méprisons l'ignorance et la simplicité. L'avenir t le genre humain dans son éternité future, voilà les eux idoles et les seules idoles de l'incrédulité systélatique.
La différence est grande d'accepter pour idoles Maomet ou Luther, ou de ramper aux pieds de J.-J. Rousîau et de Voltaire. On crut du moins n'obéir qu'à Dieu, a suivant Mahomet, qu'aux Écritures, en écoulant uther. Et peut-être ne faut-il pas décrier le penchant u'a le genre humain d'abandonner à ceux qu'il croit mis de Dieu le soin do régler sa conscience et de dé- Tminer son esprit. Considéré seulement sous le raport de l'utilité sociale et présente, ce penchant est tile et conforme à l'ordre. C'est l'assujettissement aux sprits irréligieux qui seul est funeste et proprement épravateur.
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LXXXVI
N'eût-elle aucun avantage pour la science et l'instruction, la foi en aurait un immense pour la moralité universelle, en maintenant les esprits inférieurs dans les sentiments de docilité et de subordination, qui sont en eux une vertu, un devoir, un moyen de repos pour leur vie, une condition indispensable à leur bonheur et à la sorte de mérite qui les peut honorer.
La vertu n'est pas une chose facile ; pourquoi la religion le serait-elle ?
LXXXVIII
11 y a une grande différence entre la crédulité et la foi : l'une est un défaut naturel de l'esprit, et l'autre une vertu ; la première vient de notre extrême faiblesse; la seconde a pour principe une douce et louable docilité, très-compatible avec la force, et qui lui est même très-favorable.
Ferme les yeux, et tu verras,
Pour arriver aux régions de la lumière, il faut passer par les nuages. Les uns s'arrêtent là ; d'autres savent passer outre.
Il faut craindre de se tromper en poésie, quand on ne
pense pas comme les poètes, et en religion, quand ou
ne pense pas comme les saints.
Soyons hommes avec les hommes, et toujours en fan devant Dieu ; car nous ne sommes, en effet, que d enfants à ses yeux, La vieillesse même, devant l'éternité n'est que le premier instant d'un matm.
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