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L'intelligence doit produire des effets semblables à elle, c'est-à-dire des sentiments et des idées, et les arts doivent prétendre aux effets de l'intelligence. Artiste si tu ne causes que des sensations, que fais-tu avec ton art, qu'une prostituée avec son métier et le bourreau avec le sien ne puissent faire aussi bien que toi? S'il n'y a que du corps dans ton œuvre, et qu'elle ne parle qu'aux sens, tu n'es qu'un ouvrier sans âme, et n'as d'iia bile que les mains.
A l'exception de quelques représentations où la médiocrité suffît à l'usage, comme dans les tableaux d'éjt^lise, par exemple, tout le reste est inutile dans les arts, si le beau suprême ne s'y trouve pas.
Le vrai commun, ou purement réel, ne peut être l'objet des arts. L'illusion sur un fond vrai, voilà le secret des beaux-arts.
Il y a dans l'art beaucoup de beautés qui ne deviennent naturelles qu'à force d'art.
Il faut bannir des arts tout ce qui est rigoureusement appréciable, et pourrait être aisément contrefait; on ne veut pas y voir trop clairement d'où viennent les impressions. La naïade y doit cacher son urne; le Nil y doit cacher ses sources.
Un ouvrage de l'art doit être un être , et non une ,diose arbitraire. Il doit avoir ses proportions, son caractère et sa nature ; un commencement, un milieu, des
accessoires et une fin. 11 faut qu'on y distingue un tronc, des membres, une statue, une personnalité enfin
Dans une œuvre de l'art, quelle qu'elle soit, la symétrie apparente ou cachée est le fondement visible ou secret du plaisir que nous éprouvons. Tout ce qui es» composé a besoin de quelque répétition dans ses parties, pour être bien compris, bien retenu parla mémoire, et pour nous paraître un tout. Dans toute symétrie, il y a un milieu; or, tout milieu est le nœud d'une répétition, c'est-à-dire de deux extrémités semblables.
Les belles lignes sont le fondement de toute beauté. Il est des arts où il faut qu'elles soient visibles, comme l'architecture, qui se contente de les parer. Il en est d'autres, comme la statuaire, où l'on doit les déguiser avec soin. Dans la peinture, elles sont toujours suffisamment voilées par les couleurs. La nature les cache, les enfonce et les recouvre dans les êtres vivants. Ceuxci, pour être beaux, doivent peu montrer leurs lignes, car le squelette est dans les lignes, et la vie dans les contours.
Cherchez dans les arts cette ligne dévie et de beauté, qui, même en n'y exprimant rien, embellit les corps qu'elle embrasse et les surfaces qu'elle parcourt. Elle doit se dérouler, sans se briser, dans notre tête; mais il n'est pas possible à la main de la tracer sans s'interrompre et s'y reprendre à plusieurs fois.
L'élégance vient de la clarté dans les formes, qui les rend faciles à saisir, et même faciles à compter.
DES BEAUX.-AUTS. 251
Être naturel dans les arts, c'est être sincère.
La grâce est le vêlement naturel de la beauté ; la foi'ce sans grâce, dans les arts, est comme un écorché.
L'adolescence de l'art est élégante, sa virilité pompeuse, et sa vieillesse riche, mais surchargée d'ornements qui en dissimulent le dépérissement. Il faut tendre sans cesse ù ramener l'art à son âge viril, ou mieux encore, à son adolescence.
L'architecture doit peindre les hommes en peignant les lieux; il faut qu'un édifice annonce aux yeux celui qui l'hahile. Les pierres, le marbre, le verre, doivent parler et dire ce qu'ils cachent.