XXII
Comme on donne un piédestal à une statue, il faut en donner un à un édifice, et surtout aux temples, qu. doivent, pour ainsi dire, être placés sur un autel.
Lorsqu'un édifice régulier domine le jardin qui l'entoure, il doit, pour ainsi dire, rayonner de régularité, en la jetant autour de lui à toutes les distances d'où on peut le voir aisément. C'est un centre, et le centre doit être en harmonie avec tous les points de la circonférence, qui n'est elle-même qu'un point central développé. A ces jardins irréguliers que nous appelons jardins anglais, il faut pour habitation un labyrinthe.
De même que, dans la musique, le plaisir naît du mélange des sons et des silences, des repos et du bruit, de même il naît, dans l'architecture, du mélange bien
disposé des vides et des pleins, des intervalles et des masses. De beaux compartiments nous plaisent, parce qu'ils impriment en nous, avec netteté, l'idée d'une, portion de l'espace, comme une belle mélodie nous fai' sentir, sans calcul et sans attention, "Je mouvement et le repos qui sont les éléments du temps.
Il y a, parmi les antiques, une Vénus qui tient étendu un vêtement semblable à une voile enflée, et dont ell :; se prépare à se couvrir. C'est celle-là qu'on peut appeler la Vénus pudique, car, par la disposition de l'accessoire, sa nudité fait inévitablement penser à sa pudeur
Il est une espèce d'hommes que l'amour des arts possède tellement, qu'ils ne regardent plus l'art comme une chose qui est faite pour le monde, mais le monde, les mœurs, les hommes et la société, comme des choses qui sont faites pour l'art. Subordonnant tout, même la morale, ù la statuaire, ils regrettent la nudité, la gymnastique, les athlètes, par dévouement aux sculpteurs. C'est qu'ils aiment les arts plus que les mœurs, et les statues plus que leurs propres enfants.
11 y a dans l'Apollon quelque chose de semblable à l'attitude d'un orateur qui vient de décocher une ironie.