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CCI Y

La littérature, que M. de Bonald appelle l'expression de la société, n'est souvent que l'expression de nos études, de notre humeur, de notre personnalité; et cette • Jernière est la meilleure. Il y a des livres tellemenl beaux que la littérature n'y est que l'expression de ceux qui les ont faits.

11 vaut cent fois mieux assortir un ouvrage à la nature de l'esprit humain qu'à ce qu'on appelle l'état de la société. Il y a quelque chose d'immuable dans l'homme; c'est pour cela qu'il y a des règles immuables dans les arts et dans les ouvrages de l'art, des beautés qui plairont toujours, ou des arrangements qui ne plairont que peu de temps.

ce VI.

C'est à la mode des portraits qu'on doit les Caractères de la Bruyère. Plus d'un mauvais genre a été, en littérature, l'origine d'un chef-d'œuvre.

ce VII.

La littérature des peuples commence par les fables et finit par les romans.

Hélas ! ce sont les livres qui nous donnent nos plus grands plaisirs, et les hommes qui nous causent nos plus grandes douleurs. Quelquefois même les pensées consolent des choses , et les livres consolent des hommes.

Il y a des livres plus utiles par l'idée qu'on s'en fait que par la connaissance qu'on en prend.

CGX.

Une suffit pas qu'un ouvrage soit bon : il faut encore

qu'il soit fait par un bon auteur, et qu'on y voie, nonseuïement la beauté qui doit lui être propre, mais encore l'excellence de la main qui l'a fait. C'est toujours l'idée de l'ouvrier qui cause l'admiration. La trace du travail, l'empreinte de l'art, si tout le reste est achevé, sont un agrément de plus. Le talent doit donc traiter tous les sujets , et disposer toutes ses œuvres de manière à pouvoir s'y montrer sans affectation : Simul denique eluceant npvs et artifex. Il n'est rien de plus beau qu'un beau livre

On ne trouve guère dans un livre que ce qu'on y met. Mais dans les beaux livres, l'esprit trouve une place où il peut mettre beaucoup de choses.

Il faut être capable du trop et n'en être jamais coupable ; car si le papier est patient, le lecteur ne l'est pas, et sa satiété est plus à craindre que son regret,

La prodigalité des paroles et des pensées décèle un esprit fou. Ce n'est pas l'abondance, mais l'excellence qui est richesse. L'économie en littérature annonce le grand écrivain. Sans bon ordre et sans sobriété, point de sagesse; sans sagesse point de grandeur.

Gardez-vous de trop étendre ce qui est très-clair. Ces explications inutiles, ces exposés trop continus n'offrent que l'uniforme blancheur d'une longue muraille et nou::, en causent tout l'ennui. On n'cot pas architecte parce qu'on a construit un grand mur, et l'on n'a pas fait un ouvrage parce qu'on a écrit un gros livre. Écrire un livre ou écrire un ouvrage sont deux

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choses. On fait un ouvrage avec l'art, et un \\yve avec de l'encre et du papier. On peut faire un ouvrage en deux pages, et ne faire qu'un livre en dix volumes în- folio.

L'étendue d'un palais se mesure d'orient en occident, ou du midi au septentrion; mais celle d'un ouvrage, d'un livre, se toise de la terre au ciel; en sorte qu'il peut se trouver autant d'étendue et de puissance d'esprit dans un petit nombre de pages , dans une ode , par exemple, que dans un poëme épique tout entier

Quelques mots dignes de mémoire peuvent suffire pour illustrer un grand esprit. Il y a telle pensée ([ui contient l'essence d'un livre tout entier; telle phrase qui a les beautés d'un vaste ouvrage ; telle unité qui équivaut à un nombre ; enfin telle simplicité si achevée et si parfaite, qu'elle égale, en mérite et en excellence, une grande et glorieuse composition,

Être aigle ou fourmi, dans le monde intellectuel, me paraît à peu près égal; l'essentiel est d'y avoir une place marquée, un rang assigné, et d'y appartenir distinctement à une espèce régulière et innocente. Un petit talent, s'il se tient dans ses bornes et remplit bien sa tâche, peut atteindre le but comme un plus grand. Il n'y a que les livres sacrés qui obtiennent un empire étendu e/ durable. Tous les autres ne font qu'occuper plus ou moins sérieusement les moments perdus de quelques désœuvrés. Habituer les hommes à des plaisirs qui ne viennent ni de la chair, ni de l'argent, en leur faisant goûter les choses de l'esprit, me paraît en effet le seul fruit que leur nature ait attaché à nos pro-

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ductioiis littéraires. Quand elles ont d'autres effets, c'est par hasard, et c'est tant pis. Celles qui s'emparent de notre attention au point de nous dégoûter des autres livres sont véritablement pernicieuses. Elles n'introduisent dans la société que des singularités et des sectes; elles y jettent une plus grande variété de poids, de règles et de mesures; elles y troublent la morale et ]a politique.

Le sage ne compose point. Entre ses idées, il en admet peu ; il choisit les plus importantes, les livre telles qu'elles sont, et ne perd point son temps aux déductions. Triptolème, quand il donna le blé aux homrûes, se contenta de le semer; il laissa à d'autres le soin de le moudre, de le bluter et de le pétrir,

Ce qui est exquis vaut mieux que ce qui est ample. Les marchands révèrent les gros livres; mais les lecteurs aiment les petits : ils sont plus durables et vont plus loin. Virgile et Horace n'ont qu'un volume. Homère, Eschyle, Sophocle, Euripide et Térence n'en ont pas davantage. Ménandre, qui nous charme, est réduit à quelques feuillets. Sans Télémaque, qui connaîtrait Fén^lon? Qui connaîtrait Bossuet, sans ses Smisom funèh^es et son Discours sur l'histoire universelle? Pascal, la Bruyère, Vauvènargues et la Rochefoucauld ; Boileau, Racine et la Fontaine, n'occupent que peu de place, et ils font les délices des délicats. Les très-bons écrivains écrivent peu, parce qu'il leur faut beaucoup de temps pour réd-iire en beauté leur abondance ou leur richesse.

Excelle, et tu vivras.

crxxiu Rappelons-nous le mot cité de saint François de .Cales, à propos de V Imitation : « J'ai cherché le repos « partout, et je ne l'ai trouvé que dans un petit coin^ X avec un petit livre. » Heureux est l'écrivain qui peuî taire un beau petit livre i

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