LETTRE XV
5 octobre 1790.
Je suis vivement pressé, mon cher Ghamfort, de faire exécuter le joli projet dont je vous ai parlé, celui de recueillir ce que j'appelle des vignettes littéraires et philosophiques pour un catalogue raisonné : il faut donc que je m'en occupe, et que je vous prie de vous en occuper assez vous-même pour vous y attacher. Il serait nécessaire, mon bon ami, que je susse quels sont, parmi les grands noms, vos élus, vos favoris : puis-je compter que les poètes grecs et latins seront de ce nombre ? Si vous y joigniez nos grands maîtres français, je serais bien riche; et si vous aviez le courage d'aller jusqu'à l'élite des auteurs de mémoires et des moralistes, je le serais jusqu'à faire envie. Un mot sur cela, mon bon ami, comme aussi sur notre dessein de nous réunir pour nous préparer à rire civiquement sur les académies.
Vale et me ama.
LETTRE XVL
Mercredi.
Je ne voulais vous remercier, mon ami, qu'au moment oii je pourrais vous dire quelque chose sur les infâmes papiers dont on a cru payer votre prose et vos vers, tandis qu'on les eût certainement refusés à la mère de vos talents, je veux dire à votre âme. Le résultat de mes informations est qu'il faut vite et vite que vous alliez en personne chez
Camus, lequel a fait mettre dans tous les papiers publics la plus brutale injonction, nommément aux membres de l'assemblée nationale, de s'abstenir de toute recommandation auprès du comité des pensions. Il faut donc, mon ami, que je me réserve pour défendre les vôtres, si on les attaque; et c'est ce que je ferai certes avec l'amitié que je vous dois et l'énergie que vous me connaissez ; mais, avant tout, allez trouver Camus, et tenez-moi averti de son accueil. Bonjour, mon brave ami, on va copier votre excellente Lucianide^ : vous l'aurez demain ou après-demain. Vale et me ama.
1. C'est-à-dire votre diatribe dans le genre de Lucien : c'est le Discours sur les académies.