CLXXXIII
11 faut se faire un lointain, se créer une perspective, se choisir un point de vue, quand on veut juger d'un ouvrage, même d'un ouviage d'esprit, d'un mot, d'un livre, d'un discours.
En littérature , et dans les jugements établis sur les auteurs , il y a plus d'opinions convenues que de vérités. ' Que de livres, dont la i( pulalion est faite, n<^ l'obtiendraient pas , si «'Ile ('lait à f:!.ire !
!a^ niédiocie est rexcelleiK pour les médiocres.
« Ton sort est d'admirer, et non pas de sa- « voir. » Un pareil sort est un bonheur plus i»i'and encore que celui de l'homme qui peut, à la fois , et savoir, et admirer. Le savoir qui ote l'admiration est un mauvais savoir : par lui la mémoire se substitue h la vue, et tout est interverti. Un honmie devenu tellement anatomiste qu'il a cessé d'être homme, ne voit, dans la plus noble et la plus touchante démarche , qu'un jeu de muscles , comme un facteur d'orgues qui n'entendrait, dans la plus belle nuisicjue , que les petits bruits du clavier.