XI.VII
Peu iriiomnies, dans les j^'raiuls diaiiK^s politiques, sont propres à inventer un rùlc; beaucoup le sont à le jouer.
Les uns ne sont que les valets de la Providence; d'autres en sont les ministres. Ce sont ceux qui, en exécutant ses décrets, joignent leur volonté avec sa volonté , leur pensée avec sa sagesse.
Tous les grands hommes se sont crus plus ou moins inspirés.
Les grands hommes de certains temps et do certaines circonstances ne sont que des hommes plus fortement entêtés que tous les autres de l'opinion qui domine et qu'on veut faire triompher.
Tous les conquérants ont eu quelque chose de commun dans leurs vues, dans leur génie et dans leur caractère.
LU
Les hommes d'élat s'enivrent de la vapeur (lu vin qu'ils versent , et leur propre mensonge les déçoit.
LUI
L'homme d'état est un messager à qui le temps présent est remis en dépôt, pour être rendu , tel qu'il est ou meilleur, au temps à venir.
LÏV.
11 faut décerner aux généraux victorieux des honneurs éminents , solides , durables et perpétuellement renouvelés, non-seulement par gratitude et par justice , mais par esprit d'institution , afin que ces décorations augmentent encore l'opinion qu'on a de leur mérite, et qu'ils en soient plus grands , plus dignes d'être obéis aux yeux des citoyens, et plus redoutables à l'étranger.
Les grenades et les baguettes d'honneur , les insignes et les décorations sont une monnaie morale excellente. Peu d'entre les forts ont I. 23
celle iniaginalion cjui s'«Hon<l haut tl loin. 11 leur faut des gloires présenles et des prix qu'ils poilent sur eux, qui les touchent, les distinguent et les parent ; une gloire qui saute aux yeux, pour ainsi dire, et qui s'incoi'porè avec eux. Décernez aux chefs des honneurs, mais revèlez-en les soldats.
ÏÎTRE XV.
DE l,\ I.IBKRTE, DE IX JC'.sTTCE ET DES LOIS.
Les (Iroiis tlii peuple ne viennent pas de lui, mais «le la justice. La justice vient de l'ordre, et Tordre vient de Dieu lui-même.
C'est la force et le droit qui règlent toutes choses dans le monde; la force, en attendant le droit.
Le droit et la force n'ont entre eux rien de commun par leur nature. En effet, il faut mettre le droit où la force n'est pas, la force étant par elle-même une puissance.
Il y a bien un droit du plus sage, mais non pas un droit du plus fort.
Demandez des âmes libres , bien philùt que des hommes libres. Lu lil)erté morale est la seule importante , la seule nécessaire ; l'autre n'est bonne et utile qu'autant qu'elle favorise celle-là.
11 faut qu'il n'y ait en rien une liberté sans mesure, dans un état bien gouverné, même dans les habits et dans le vivre. Une liberté sans mesure , en quoi que ce soit , est un mal sans mesure. L'ordre est dans les dimensions ; la dimension dans les limites. Si tout doit être règle , rien ne doit être libre. Demander une liberté illimitée , sur quoi que ce soit , c'est demander l'arbitraire ; car il y a arbitraire partout où la liberté est sans limites.
Point de liberté, si une volonté forte et puissante n'assure l'ordre convenu.
La liberté doit être comme dans une urne , et l'urne dans les mains du prince, pour la déverser à propos.
Il laudiail que le respect envers le prince ôtîit seul la liberté.
Quand la Providence divine livre le monde à la lil)erté humaine, elle laisse tomber sur la terre le plus grand de tous les iléaux.
La liberté est un lyran ^^ouverné par ses caprices.
XIÏ.
Que gagnent à la liberté les sages et les gens de bien, ceux qui vivent sous Tempire de la raison, et sont esclaves du devoir? Peut-être ce que le sage et l'honnue de bien ne peuvent jamais se permettre , ne devrait-il être permis à personne.
La liberté publique ne peut s'établir que par le sacrifice des libertés privées. Dans celte admirable institution , il faut que les forts cèdent une partie de leurs forces , et les faibles
une partie de leurs espérances. l-.e despole seul est libre souverainement. On ne partage la liberté avec personne, sans en céder et en perdre une portion. Une liberté diminuée, communiquée et répandue , vaut mieux que celle qui est entière et concentrée. Rappelons-nous le mot d'Hésiode : « La moitié vaut mieux que « le tout » ; l'intensité vaut moins que l'étendue.
La subordination est plus belle que l'indépendance. L'une est l'ordre et l'arrangement ; l'autre n'est que la suffisance unie à l'isolement. L'une offre un tout bien disposé; l'autre n'offre que l'unité dans sa force et sa plénitude. L'une est l'accord , l'autre le ton ; l'une est la part, l'autre l'ensemble.
Liberté! liberté! En toutes choses justice, et ce sera assez de liberté.
La justice est la vérité en action.
La justice est le droit du plus faible. Elle e^t
en nous hi bien cl'auUui , et dans les auU es notre bien.
La justice sans force, et la force sans justice : malbeurs affreux !
Il y a des crimes que la fortune ne pardoinie jamais.
Ordinairement, l'innocence est moindre que l'apologie, la faute moindre que l'accusation , çt le mal moindre que la plainte.
Tout châtiment ,^ si la faute est connue , doit être non-seulement médicinal , mais exemplaire. 11 doit corriger ou le coupable ou le public.
Il est dans l'ordre qu'une peine inévitable suive une faute volontaire.
La peine du talion n'est pas toujours équi-
table, quand elle égalise ; mais elle est toiij(niis alroce, quand elle excède. « C'est la justice des « injustes » , disait saint Augustin; nous pouvons ajouter, des ignorants et des barbares.
* L'indulgence est une partie de la justice.
* Il ne faut pas que l'indulgence parle trop haut de peur d'éveiller la justice.