XI.VJI
Il faut aimer de Dieu ses dons et ses refus, aimer ce qu'il veut et ce qu'il ne veut pas.
Dieu aime l'àme , et comme il y a un attrait qui porte l'àme à Dieu , il y en a un , si j'ose ainsi parler, qui porte Dieu à l'âme. 11 fait de l'àme ses délices.
Nous sommes éclairés parce que Dieu luit sur nous, cl nous sommes droits parce qu'il nous touche. Dieu noTis éclaire comme lumière; il nous redresse comme règle. Cette règle , non discernée , mais sentie , sert de point de comparaison à nos jugements dans tout ce qui doit être estimé par une autre voie que celle des sens.
Dieu ! et de là toutes les vertus , tous les devoirs. S'il en est où l'idée de Dieu ne soit mêlée, il s'y trouve toujours quelque défaut ou quelque excès ; il y manque ou le nombre , ou le poids, ou la mesure , toutes choses dont l'exactitude est divine.
ni
Nous ne voyons bien nos devoirs qu'en Dieu. C'est le seul fond sur lequel ils soient toujours lisibles à l'esprit.
LU
Il n'y a d'heureux que les bons , les sages et les saints ; mais les saints le sont plus que tous les autres , tant la nalure humaine est faite pour la sainteté.
LUI
Le juste , le beau , le bon , le sage est ce qui est conforme aux idées que Dieu a du juste , du beau , du sage et du bon. Otez Dieu de la haute philosophie , il n'y a plus aucune clarté ; il en est la lumière et le soleil : c'est lui qui illumine tout : lu lumine tuo videbimus lumen.
Rendons-nous agréables à Dieu; on le peut en tout temps , en tout lieu , en tout état de décadence. L'estime de Dieu, si l'on peut s'exprimer ainsi , est plus facile à obtenir que l'estime des hommes, parce que Dieu nous tient compte de nos efforts.
Il faut mloraii riel ot nsistor :m\ lioninirs.
Nous nous jugeons suivant le jugement des hommes , au lieu de nous juger suivant le jugement (lu ciel. Dieu est le seul miroii* dans lequel on puisse se connaître ; dans tous les autres on ne fait que se voir.
Quand Dieu se retire du monde, le sage se retire eji Dieu.
Ceux-là seuls veillent, o mon Dieu , qui pensent à vous et qui vous aiment. Tous les autres sont endormis; ils font des l'èveset s'attachent à des fantômes. Vous seul êtes la réalité. Rien n'est bien que d'occuper de vous son cœur et son esprit, de faire toutes choses pour vous, de n'être mu que par vous. Mais l'homme est-il fait pour jouir ici-bas d'une telle félicité? S'il en était capable, il aurait sa perfection.
L'oul)li des choses de la tene, cl rintenliou
aux choses du ciel ; l'exemplion de toute ardeur, de tout souci , de tout trouble et de tout effort; la plénitude de la vie, sans aucune agitation; les délices du sentiment, sans le travail delà pensée; les ravissements de l'extase, sans les apprêts de la méditation ; en un mot , la spiritualité pure , au sein du monde et parmi le tumulte des sens : ce n'est que le bonheur d'une minute, d'un instant; mais cet instant de piété répand de la suavité sur nos mois et sur nos années.
La religion est la poésie du cœur ; elle a des enchantements utiles à nos mœurs ; elle nous donne et le bonheur et la vertu.
La piété n'est pas une religion , quoiqu'elle soit l'âme de toutes. On n'ji pas une religion , quand on a seulement de pieuses inclinations , comme on n'a pas de patrie , quand on a seulement de la philanthropie. On n'a une patrie, et l'on n'est citoyen d'un pays, que lorsqu'on se décide à observer et à défendre certaines lois, à obéir à certains magistrats, et à adopter certaines manières d'être et d'agir.
La religion n'est ni une ihéulogic, ni une lli(''OSophie ; elle est plus (juc loul cela : une discipline, une lui, un joug, un indissoluble en-
gagement.
Sans le dogme, la morale n'est que maximes et que sentences ; avec le dogme, elle est précepte , obligation , nécessité.
Ne pourrait-on pas dire que depuis l'avénement de Jésus-Christ, Dieu a infusé dans la nature plus de lumière et plus de grâce? Il semble, en effet, que depuis ce temps il y a eu dans le monde une connaissance plus générale de tous les devoirs, et une facilité plus répandue et plus commune à pratiquer les vraies vertus et toutes les grandes vertus.
Il faut aimer la religion comme une espèce de patrie et de nourrice : c'est elle qui a allaité nos vei'tus , qui nous a montré le ciel , et qui nous a appiis h marrher dans les sentiers de nos devoirs
XLvr.
La religion est pour l'un sa littérature et sa science ; elle est pour l'autre ses délices et son devoir.
* 0 religion ! tu donnes une lumière à l'ignorance, une vertu à la faiblesse, une aptitude à l'ineptie, un talent même à l'incapacité.
Aucune doctrine ne fut jamais aussi bien proportionnée que la doctrine chrétienne à tous les besoins naturels du cœur et de l'esprit humain. La pompe et le faste qu'on reproche à l'Église ont été l'effet et sont la preuve de son incomparable excellence. D'oui sont venues, en effet , cette puissance et ces richesses poussées à l'excès , si ce n'est de l'enchantement où elle mit le monde entier ? Ravis de sa beauté , des millions d'hommes la comblèrent , de siècle en siècle, de dons, de legs, de cessions. Elle eut le don de se faire aimer, et celui de faire des heureux. C'est ce qui lit tant de prodiges; c'est de là que lui vint son pouvoir.
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On ne pont ni parler contic \o clirisliani.snn* sans colère, ni parler de lui sans anioui-.
Dans le christianisme, et surtout dans le catholicisme , les mystères sont des vérités puiement spéculatives, d'où naissent, pai- la réunion d'un niystèie à l'autre, des vérités éniinennnent pratiques.
La religion défend de croire au delà de ce qu'elle enseigne.
Quand on ne peut pas croire qu'il y a eu révélation , on ne croit rien fixement , fermement , invariablement.
L'opinion que leshommesont des choses divines, n'est la même ni dans tous les temps, ni dans tous les lieux ; mais il faut que dans tous les lieux et dans tous les temps, il y en ait une d'arrêtée, de fixe, de sacrée et d'inattaquable.
Toutes les religions fortes sont furieuses jiisqu'àce qu'elles aientrégnë. Les vieilles religions ressemblent aux vins vieux , qui échauffent le cœur, mais qui n'enflamment plus la tète.
Les sectes austères sont d'abord les plus lévérées; mais les sectes mitigées ont toujours ('■té les plus durables.
La même croyance unit plus les hommes que le même savoir ; c'est sans doute parce que les croyances viennent du cœur.
LXXYIL
Il est permis de s'affliger, mais il n'est jamais permis de rire de la religion d'autrui.
LXXYIIL
Il faut attaquer la superstition par la religion , et non par la physique : c'est un terrain où elle n'est pas. Que si vous l'y amenez, en la faisant sortir d'elle-même, vous la faites sortir aussi de toute idée du ciel , et au lieu de la corriger, vous risquez de la rendre pire.
ns
LXXJX.
La superslilioii est la seule relii^ion donl suieiil capables les âmes basses.
Tous ceux qui manquent de religion sont l)rivés d'une vertu, et eussent-ils toutes les autres, ils ne poui'raient être parfaits.
Qu'est-ce qui est le plus dillorme , ou d'une religion sans vertu, ou de vertus sans religion ?
L'incrédulité n'est qu'une manière d'être de l'evSprit ; mais l'impiété est un véritable vice du cœur. II entre dans ce sentiment de l'horreur pour ce qui est divin, du dédain pour les hommes , et du mépris pour l'aimable simplicité.
11 y a deux sortes d'athéisme : celui qui tenil à se passer de l'idée de Dieu, et celui qui tend à se passer de son intervention dans les allaires humaines.
L'irréligion par ignorance est un état de rudesse et de barbarie intérieure. L'esprit qu'aucune croyance, aucune foi n'a plié et amolli, reste sauvage et incapable d'une certaine culture et d'un certain ensemencement. Mais l'incrédulité dogmatique est un état d'irritation et d'exaltation; elle nous met en guerre perpétuelle avec nous-mêmes , notre éducation , nos habitudes, nos premières opinions; avec les autres , nos pères , nos frères , nos voisins , nos anciens maîtres ; avec l'ordre public , que nous regardons comme un désordre; avec le temps présent , que nous croyons moins éclairé qu'il ne doit l'être ; avec le temps passé , dont nous méprisons l'ignorance et la simplicité. L'avenir et le genre humain dans son éternité future , voilà les deux idoles et les seules idoles de l'incrédulité systématique.
La différence est grande d'accepter pour idoles Mahomet ou Luther , ou de ramper aux pieds de J.-J. Rousseau et de Voltaire. On crut du moins n'obéir qu'à Dieu, en suivant Maiiomet, qu'aux écritures, en écoutant Luther.
Va peul-èlie ne faul-ii pas ck'rrici- k- pciR-haiil ({n'aie genre humain, (J'aljan(k)nner à ceux (|u'il croit amis de Dieu le soin de régler sa conscience et de déterminer son esprit. Considéré seulement sous le rappoit de l'utilité sociale et présente, ce penchant est utile el (onforme à l'ordre. C'est l'assujettissement aux esprits irréligieux qui seul est funeste el proj)rement dépravateur.
N'eûl-elle aucun avantage pour la science el l'instruction , la foi en aurait un immense pour la moralité universelle, en maintenant les esprits inférieurs dans les sentiments de docilité et de subordination, qui sont en eux une vertu, un devoir, un moyen de repos pour leur vie, une condition indispensable à leur bonheur et à la sorte de mérite qui les peut honorer.
La venu n'est pas une chose facile ; pouiquoi la religion le serait-elle ?
LXXXVIU.
11 y a une grande différence entre la crédulit(' cl la foi : l'une est un défaut naturel de l'esprii ,
etTaulre une vertu; la première vient de notre extrême faiblesse ; la seconde a pour principe une douce et louable docilité, très-compatible avec la force, et qui lui est même très-favorable.
Ferme les yeux , et tu verras.
Pour arriver aux régions de la lumière , il faut passer par les nuages. Les uns s'arrêtent là ; d'autres savent passer outi'e.
Il faut craindre de se tromper en poésie , (juand on ne pense pas comme les poètes, et en ieligion,quand on nepensepascomme les saints.
Soyons hommes avec les hommes , et toujours enfants devant Dieu ; car nous ne sommes, en effet, que des enfants à ses yeux. La vieillesse même, devant l'éternité, n'est que le premier instant d'un matin.
Avec Dieu il ne faut être ni savant ni philo-
\2i soplic, mais enl'anl, esclave, écolier, el (oui au plus poêle.
Il faut être religieux avec naïveté , abandon et bonhomie , et non pas avec dignité et bon ion , gravement et malhémali(iuement.
La dévotion embellit l'âme, surtout l'àme des jeunes gens.
Ceux qui n'ont pas été dévots n'ont jamais eu l'àme assez tendre.
Quand l'humilité n'accompagne pas la dévotion, celle-ci devient inévitablement orgueil.
L'humilité est aussi convenable à l'homme devant Dieu, que la modestie à l'enfant devant les hommes.
Y aurait-il quehjue chose de supérieur à la foi... une vue, une vision? Je ne sais quel lavon éclairerait-il mieux ceitains hommes
que certains autres, et, pendant le jour de la vie , Dieu se manifesterait-il à quelques-uns hoi's de la nuée ? Mais quand cela pourrait être, ([ui oserait se flatter de l'avoir obtenu?
Dieu éclaire ceux qui pensent souvent à lui , et qui lèvent les yeux vers lui.
L'idée de Dieu est une lumière , une lumière qui guide, qui réjouit; la prière en est ralimcnt.
Les meilleures prières sont celles qui n'ont rien de distinct, et qui pai^ticipent ainsi de la simple adoration. Dieu n'écoute que les pensées et les sentiments. Les paroles intérieures sont les seules qu'il entende.
cm.
Le prie-dieu est un meuble indispensable au bon ordre; où il n'est pas, il n'y a point de pénates , point de respect.
Faites à Dieu cette- prière : Être sans fin et
I2i snns coinmoiReinenl, vous êtes ce que riiomine peut concevoir de meilleui*. ('omnie un rayon do la luniicre est renfciinc dans tout (c (jui brille, un rayon de votre bonté reluit dans tout ce qui est vertu. Tout ce que nous pouvons aimer, et tout ce qui est aimable montre une part de votre essence, une apparence de vous-même. Toutes les beaulés de la terre ne sont qu'une ombre i)rojetée de colles qui sont dans le ciel. Kondoz-nous semblables à vous, autant que notre nature i-rossière permettra cette ressemblance, afin que nous soyons participants de votre bonheur îuitant ([ue le permet cette vie.