CCXXXVIII
L'âge mûr doit proposer les lois; la vieillesse doit les sanctionner; la jeunesse doit les défendre et les exécuter.
Les lois tyranniques sèment la haine et recueillent la révolte.
Les erreurs de l'administration peuvent exciter le mécontentement sans bouleverser l'étal ; niais quand la loi ellemême esl d'i onsidérée, parcequ'elle est injuste et qu'elle ne parait qu'un instru* ment de parti, tout est perdu.
Une loi qui porte l'empreinte de l'esprit de circonstance et de l'esprit de parti produit plus de mal que l'absence même de toute loi; car elle irrite les esprits, éloigne du gouvernement l'affection des peuples, fournit des armes aux factieux, et détruit ainsi l'harmonie du corps social.
Par-tout et dans tous les temps les lois se multiplient à mesure que les mœurs se dépravent. C'est le nombre croissant des maux qui fait sentir la nécessité des remèdes.
Une loi vague dans ses termes est un irsenal où chaque esprit de parti peut
(78) trouver tour à tour des armes dangereuses. Les partis cèdent et triomphent alternativement; les majorités changent, mais les lois restent.
Les lois donnent seules à l'autorité une base ferme et durable; elles dépendent à-la-fois et les droits du peuple et ceux du prince; elles satisfont la raison, qui ne veut que la justice; mais elles enchaînent et compriment les passions , qui n'aiment que l'arbitraire, et qui ne souffrent point de gène.
Dans toute législation la gravité des maux est indiquée par la violence des remèdes; car c'esl au milieu des mœurs les plus corrompues que naissent les lois sévères.