CCLVI II
Les lois ne peuvent rien contre les opi
L'opinion publique est un ressort faible en apparence , mais puissant en réalité, et d'autant plus redoutable que sa force ne peut jamais être calculée.
La violence qui détruit les corps ne peut rien sur les esprits : on immole les hommes, mais on ne tue pas les opinions; et le sang des victimes humaines fortifie les racines de leur foi.
Quelque faible que soit , dans certains temps, l'opinion publique, la ty-
rannie la redoute toujours; et elle cherche à la tromper, lors même qu'elle l'opprime.
La classe élevée des hommes est gouvernée par la crainte de l'opinion ; cette peur est pour elle souvent plus forte que les lois, et même plus puissante que la religion.
Chacun parait soutenir des opinions, lorsqu'il ne songe le plus souvent qu'à défendre des intérêts : les opinions, mises en avant avec le plus de chaleur, ne sont pour la plupart du temps que les manifestes de la guerre des intérêts.
Toute opinion qu'on veut comprimer
(85) en acquiert plus de force ; le sang des victimes multiplie les prosélytes.
Le sang répandu cimente l'opinion qu'on veut comprimer.
Il «>t contre le bon-sens de séparer les opinions des intérêts; personne n'adopte nue opinion, s'il ne la croit conforme à l'intérêt public ou au sien.
Les bonnes opinions sont celles qui ne veulent que l'intérêt de la majorité, et les mauvaises celles qui ne défendent que l'intérêt d'un parti.
CGLX VIII.
Il existe des opinions qui régnent tant
qu'on les attaque, qui tombent dès qu'on n'en parle plus; elles perdent le prix qu'on y attachait, le plaisir de la résistance.
Les sacrifices que la force fait à l'opinion excitent l'enthousiasme et la reconnaissance; ceux que la crainte arrache à la faiblesse augmentent les méfiances et enlèvent la considération.
Quand l'histoire encense la vanité de* despotes, elle est complice de la tyrannie.
Le silence de l'histoire peut être considéré comme une preuve de la tranquillité des peuples,