‹ Pensées, maximes, reflexionsChapitre 7 sur 76 · L XXX IX · texte numérisé non relu

L XXX IX

La peur e^t plus persuasive que la raison .

La peur est une passion qu'on peut flatter comme les autres; on la dirige à son gré, en épaississant les nuages qui l'aveuglent, et en variant les rêves qui l' égarent

Xt.I

L'éloquence a ses dangers comme -on

(3i) utilité; tout dépend de l'usage qu'on en fait : c'est le bouclier de l'innocence, l'épée du courage, ou le poignard de la calomnie.

On peut tout enlever aux hommes tant qu'on leur laisse l'espérance.

Le talent, disgracié dans les temps de calme, est rappelé dans les jours de péril.

Les grands malheurs font sentir- le besoin des grands talents.

Les talents militaires périssent les derniers dans la décadence des peuples.

La sagesse qui fait rougir éloigne ; celle qui fait sourire rapproche.

La sagesse est l'art de jouir des plaisirs sans satiété, du repos sans langueur, et du bonheur sans l'ennui qui \^ suit trop communément.

En adoucissant la voix de la sagesse, et en s'occupant un peu de la rendre aimable , on parviend. ait à la faire accueillir des plus fous.

La vraie sagesse n'est point austère:

l'ami de 1 humanité ne tombera jamais dans une sombre misanthropie; la mé-

(33) moire tlu bien qu'on a fait rafraîchit le sang et calme l'âme : le vieillard qui a été utile aux hommes ne s'éloigne jamais entièrement d'eux.

De tous les dons de la nature la raison est le plus rare, et chez le génie même elle s'éclipse parfois.

La raison par son évidence ne fait qu'irriter la passion.

Dès qu'on connaît son ignorance ou sa folie, elles ne sont plus dangereuses; cette connaissance tue l'orgueil, et fait naitre l'indulgence : c'est peut-être le plus grand pas que l'homme puisse faire du côté de la raison.

La philosophie ne serait bonne à rien, si elle ne nous apprenait pas à nous soutenir contre les caprices du sort et contre les injustices des hommes.

Lorsque la philosophie ne peut pénétrer qu'à l'aide du luxe, son éternel ennemi, c'est recevoir à-la-fois le poison et l'antidote.

La philosophie, comme la religion, apprend aux hommes qu'on ne peut être heureux que par la vertu, ils la repoussent ; par la modération , ils la dédaignent ; parla justice, ils la craignent; par l'amour i\n prochain, ils ne songent qu'à se détruire.

La philosophie convient à tous les âges : l'enfance l'étudié; la jeunesse s'y exerce; la vieillesse l'enseigne.

La vraie philosophie ne tend qu'à nous rendre meilleurs, plus justes, plus indulgents, plus modérés; à dévoiler la turpitude des vices, le ridicule des erreurs, le péril des faiblesses, le malheur de l'égoïsine.

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