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Les passions , sourdes à la voix de la justice, ne savent pas mettre plus de bornes à la haine qu'à l'enthousiasme; tout ce qui les sert est innocent, et tout ce qui leur oppose un obstacle est criminel : aussi dans les temps d'orage, Ja
(36) modération, coupable aux yeux de tous les hommes de parti, n'est absoute que par la postérité.
Lorsqu'on ouvre le cœur humain à une passion, les autres y pénètrent.
Les passions ont un flambeau qui aveugle au lieu d'éclairer.
Les passions croient aussi facilement ce qu'elles désirent que ce qu'elles craignent.
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Les passions ferment tous les yeux, bouchent toutes les oreilles, et m- l'aissent pas le plus petit passage ouvert à fi lumière et à la raison.
Les petites passions ont plus d'empire sur les hommes médiocres que les grands intérêts politiques.
La colère, l'envie, la vengeance, la haine, sont les vrais fléaux de l'humanité, les torches qui embrasent la terre ; et ceux qui se servent, de leurs funestes glaives en sont eux-mêmes les premiers blessés.
On agrandit tout ce qu'on persécute.
Nos projets de fortune, de grandeur, de pouvoir, de gloire et de félicité sont les châteaux de cartes de notre enfance virile.
Pour un observateur attentif la physionomie est le portrait du caractère.
L'habitude de certaines affections de l'âme donne aux muscles du visage un mouvement, une contraction qui se conserve , et qui fait lire le caractère sur la figure.
Le ridicule est une arme dont la méchanceté' se sert toujours habilement, et que la raison a quelquefois, mais trop rarement, employée avec succès.
En France , cette vraie patrie de la bravoure, il existe une peur dominante qui
(39) ne connaît aucun frein, qui résiste à toute loi, qui ferait braver toute défense et tout danger; c'est la peur du ridicule.
La reconnaissance est susceptible , parcequ'elle est délicate; elle ne répond qu'à l'estime : jamais une bienfaisance exercée au hasard et sans choix ne la fait naître. La bienfaisance banale est comme les courtisans; on jouit de leurs faveurs en les méprisant.
Au fond d'une âme vraiment grande, la vertu qu'on est le plus certain de trouver, c'est la reconnaissance.
Une mère donne avec le lait à son enfant la première leçon dereconnaissance.
La reconnaissance , volupté des cœurs bien nés et fardeau pour les ingrats, est non seulement un devoir privé , mais encore une vertu qui produit le bien général; car elle est le prix et l'encouragement de la bienveillance.
L'erreur des âmes généreuses est de croire à la reconnaissance.
L'ingratitude met à une pénible épreuve les âmes vertueuses, en leur refusant les seuls prix auxquels elles aspirent, la reconnaissance et l'amitié; et là où elles espéraient se voir payées d'estime et d'affection , elles ne trouvent qu'oubli ou même injustice et haine.
L'ingratitude empoisonne souvent les bienfaits dans leur source; son effet le plus funeste est de décourager trop souvent les âmes faibles , de changer leur générosité en méfiance, et leur sensibilité en indifférence.
L'ingratitude est un vice contre nature ; les animaux mêmes sont reconnaissants.
L'imagination va toujours plus loin que la réalité.
L'industrie humaine triomphe de h nature.
La plus frivole industrie nous venge dn luxe, de la mollesse et de L'oisiveté, en les forçant de paver des impôts aux hommes laborieux.
Une belle vieillesse fait encore mieux quelquefois que de couronner une belle vie; souvent elle en a expie' et réparé une mauvaise : comme on voit des monuments plus vénérables dans leur vieillesse, tandis que d'autres se dégradent par le temps.
La vieillesse chagrine est le résultat
■ I une jeunesse mal cultivée ; la saine
■ i« illesse, qui termine une sage existence, '•-i le bon fruit dan- sa maturité.
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