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SECTION VII

La Morale et la Doctrine.

377 Seconds partie. Que fbomme- sans la foi m pout connaitre le vrai Men, ni la justice. — Tous les hommes rechcrchcnt d'etre heureux x; cela est sans exception; quelques differents moyens qu'ils y emploient, ils tendent tous a cc but. Ce qui fait que les uns vont a la guerre, et que les autres n'y vont pas, est ce merne desir, qui est dans tous les deux, accompagne de differentes vues 2, La volonte ne fait jamais la moindre demarche que vers cet objet. Cest le motif de loutes les actions de tous les hommes, jusqu'a ceux qui vont se pendre.

Et cependant, depuis un si grand nombre d'annees,

i. C£ Pensee 169. Lc Discows stir les bawons th f amour (p. 64) disait 1'homme « n6 pour le plaisir » (Cf. MONTAIGNE, I, 19 : « Toutes les opinions du monde en sont la que le pkisir est notre but »). Ici Pascal suit plutot Saint Augustin : « Tous sans exception nous voulons fitre heureux... Et si Tun accepte de porter les armes tandis que Fautre s'y refuse, c'est pour eti e heureux Tun et 1'autre... » (Conf. X, 31, Cf. aussi JANSLNICJS, Aug. De statu nature lapsa, II, 7. Ce theme dtait commun des I'Antiquit^ et ouvre aussi le De vita beata de Sen&que).

2. « Je n ecris ces lignes, et on nc les lit, que parce que je m'y procure plus \et yf\ on y trouve plus de satisfaction qu'a ce,.. » Pascal a laissd la phrase machevec ct Ta barrdc.

jamais personne, sans la foi, n'est arrive a ce point oii tous visent continuellement. Tous se plaignent : princes, sujets; nobles, roturiers; vieux, jeunes; forts, faibles; savants, ignorants; sains, malades; de tous pays, de tous les temps, de tous ages et de toutes conditions.

Une epreuve si longue, si continuelle et si uniforme, devrait bien nous convaincre de notre impuissance d'arriver au bien par nos efforts ; mais Texemple nous instruit peu. II n'est jamais si parfaitement semblable, qu'il n'y ait quelque delicate difference; et c'est de la que nous attendons que notre attente ne sera pas degue en cette occasion comme en Tautre. Et ainsi, le present ne nous satisfaisant jamais, 1'experience 1 nous pipe, et de malheur en malheur, nous mene jusqu'a la mort, qui en est un comble eternel.

Qu'est-ce done que nous crie cette avidite et 378 cette impuissance, sinon qu'il y a eu autrefois dans Thomme un veritable bonheur, dont il ne lui reste maintenant que la marque et la trace toute vide, et qu'il essaye mutilement de remplir de tout ce qui 1'environne, recherchant des choses absentes le secours qu'il n'obtient pas des pr&entes, mais qui en sont toutes incapables, parce que le gouffre infini ne peut etre rempli que par un objet infini et immuable, c'est-a-dire que par Dieu meme ?

i. Port-Royal, suivi par Havet, a substitu£ ^ experience esp^rance, qui peut sembler au premier abord plus naturel et mieux attendu. Cependant, si on r^fl6chit, c'est bien expdrience qui est la veritable legon, et la correction doit £tre 6cart6e. Pascal veut dire en eflet que Texperience, ou F6preuve, qui devrait nous convaincre, nous trompe parce que nous Finterpretons toujours de manure a y trouver quelque motif d'esp&er mieux a Pavenir. Et ainsi nous sommes a la fois et malheureux dans le present et incapables de tirer profit de notre experience (B.).

3ZO PENSBES / SECTION V£T

Ltd seul est son veritable bien; et depuis qu'il Ta quitte c'est une chose Strange, qu'il n'y a rien dans la nature qui n'ait etc capable de lui en tenir la place : astres, ciel, terre, elements, plantes, choux, poireaux, animaux, insectes, veaux, serpents, fievre, peste, guerre, famine, vices, adultere, inceste l. Et depuis qu'd a perdu le vrai bien, tout egalement peut lui paraitre tel, jusqu'a sa destruction propre, quoique si contraire a Dieu, a la raison et a la nature tout ensemble.

Les uns le cherchent dans 1'autorite, les autres dans les curiosites et dans les sciences, les autres dans les voluptes. D'autres,2 qui en ont en effet plus approche, ont considere qu'il est necessaire que le bien universel, que tous les hommes desirent, ne soit dans aucune des choses particulieres qui ne peuvent etre possedees que par un seul, et qui, etant partagees, afHigent plus leur possesseur, par le manque de la partie qu'il n*[^] pas, qu?elles ne le contentent par la jouissance de celle qu'elles lui apportent. Us ont compris que le vtai bien devait £tre tel que tous pussent le posseder a la fois, sans diminution et sans envie et que personne ne le put perdre contre son gre. Et leur raison est que ce desk &ant naturel a Thomme, puisqu'il est necessairement dans tous, et qu'il ne peut pas ne le pas avoir, ils en concluent...

i. La plupart de ces idolatries sont mentionndes par MON- TAIGNE (II, 12) et GROTIUS (De la v&nti de la religion chrttienmy IV, 2). CORNEILLE avait dit dans Polyeucte (V, 3) : La prostitution, l'adult£re et Tincesle, Le TO!, Tassassinat, et tout ce qu'on d6teste, Cest Texemple qu'i suivre offrent vos i ±. Les stoiciens.

Copie

La vraie nature etant perdue, tout devient sa 193 nature1; comme, le veritable bien etant perdu, tout devient son veritable bien.

L'homme ne sait a quel rang se mettre. II est 465 visiblement egare, et tombe dans son vrai lieu sans le pouvoir retrouver. II le cherche partout avec inquietude et sans succes dans des tenebres impenetrables,

Si c'est une marque de faiblesse, de prouyer Dieu ^444 par la nature, n'en meprisez point rficriture; si c'est une marque de force d'avoir connu ces contrarietes, estimez-en 1'ficriture.

Bassesse de rhomme, jusques a se soumettre aux 23 betes, jusques i les adorer.

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