‹ Pensees Precedees Des Principaux OpusclesChapitre 108 sur 226 · Le second feudlet potte ce titre : A. P. R. pour · texte numérisé non relu

Le second feudlet potte ce titre : A. P. R. pour

2. EG marge. — Propos I, XVIII, 20. C£ Entrttitn M, de Saci, p. 95, 100, no.

PEN SEES / SECTION Ml j^y

Que deviendta done rhommc? Sera-f-ii egal a Dieu ou aux betes ? Quelle effroyable distance ! Que serons-nous done ? Qui nc voit par tout cela quo 1'homme est egare, qull est tombe de sa place, qu'il la cherche avec inquietude, qu'il ne la peut plus retrouver? Et qui 1'y adtessera done? Les plus grands homines ne 1'ont pu.

Le pyrrhoiusmc est Ic vrai. Oar, apies tout, les 425 bommes, avant Jesus-Christ, ne savaient ou ils en etaient, ni s'lls etaient grands ou petits. Et ceux qui ont dit Fun ou 1'autre n'en savaient ricn, et devinaient sans raisou ct par hasard; et meme ils crraient toujours, en cxcluant Tun ou J'autrc.

Otiod ergo ignor antes qmntisy rctigio aimwtiat vobis l .

Apris avoir mfandu toulc la failure do rhowwc. — 465 11 faut, pour faire qu'une religion soit vraie, qu'elle ait connu notre nature. Elle doit avoir connu la grandeur et la petitesse, et la raison de Tune et de Tautre. Qui l*a connue, que la chretiennc ?

principales forces des pytthonicns, je laissc

T. Ce que vous cherchez sans le connaitrc, la religion vous I'annonce. Act. apost. XVII, 23. Pascal cue dc memoire cc passage celebrc du discours dc saint Paul a TAreopage. La Vulgate porte : Quod ergo ignorant^ colitis, hoc ego anntmtto vobis : « Cc Dieu auquel YOUS render hommagc sans le connaitre [d s'agit de 1'autel dlev^ au Dieu inconnu], c*est lui que je vous annonce. »

2. P. R. avait ajoute ce paragraphe d'introductioa : « Rien ri'est plus Strange, dans la nature op rhomme, que les contiarie*tds qu'on y aecouvrc a Tegrud dc toutes choscs. II est fait

330 PENSIEES / SECTION VII

les moindres, sont : Que nous n'avons aucune certitude de la verite de ces principes, hors la foi et la revelation, sinon en [ce] que nous les sentons naturellement en nous. Or ce sentiment naturel n'est pas une preuve convaincante de leur verite, puisque n'y ayant point de certitude, hors la foi, si rhomme est cree par un Dieu bon, par un demon mediant1, ou a Taventure, il est en doute si ces prmcipes nous sont donnes ou veritables, ou faux, ou incertains, selon notre origine. De plus, que personne n'a d'assurance, hors de la foi, s'il yeille ou s?il dort, vu que durant le sommeil on croit veiller aussi fermement que nous faisons.

[Et qui doute que, si on r£vait en compagnie, et que par hasard les songes s'accordassent, ce qui est assez ordinaire, et qu'on veiUat en solitude, on ne crut les choses renversees ? Enfin, comme on reve souvent qu'on r£ve, entassant un songe sur Tautre, ne se peut-il faire que cette moitie de la vie [ou nous pensons veiller] n'est elle-meme qu'un songe sur lequel les autres sont entes, dont nous nous eveillons a la mort, pendant laquelle nous avons aussi peu les principes du vrai et du bien que pendant le sommeil naturel. Tout cet ecoulement du temps de la vie et ces divers coups que nous sentons, ces

pour connaitre la verite; il la d6sire ardemment, il la cherche; et cependant, quand il tache de la saisir, il s'eblouit et se confond de telle sorte, qu'il donne sujet de lui en disputer la possession. C'est ce qui a fait naltre les deux sectes de pyrrhomens et de dogmatistes, dont les uns ont voulu ravir a rnomme toute connaissance de la v6nt6, et les autres t&chent de la lui assurer; mais chacun avec des raisons si peu vraisemblables, qu'elles augmentent la confusion et rembarras de Thomme, lorsqu'il n'a point d'autre lumiere que celle qu'll trouve dans sa nature. »

j(^i. Cf. le malm ginit de DESCARTES, puis Targument du dans la ire Meditation.

differentes pens&s qui nous y agitent n'etant peutetre que des illusions, pareilles a Tecoulement du temps et aux vains fantomes1 de nos songes ?] On croit voir les espaces, les figures, les mouvements; on sent coder le temps, on le mesure; et enfin on agit de meme qu'eveille; de sorte que, la moitie de la vie se passant en sommeil, par notre propre aveu, ou, quoi qu'il nous en paraisse, nous n'avons aucune idee du vrai, tous nos sentiments etant alors des illusions, qui salt si cette autre moitie de la vie ou nous pensons veiller n'est pas un autre sommeil un peu different du premier dont nous nous eveillons quand nous pensons dormir ?

Voila les principales forces de part et d'autre.

Je laisse les moindres, comme les discours que font les pyrrhoniens contre les impressions de la coutume, de 1' education, des mceurs, du pays, et les autres choses semblables, qui, quoiqu'elles entralnent la plus grande partie des hommes communs, qui ne dogmatisent que sur ces vains fondements, sont renvers6es par le moindre souffle des pyrrhoniens. On n'a qu'a voir leurs livres, si Ton n'en e^t pas assez persuad^; on le deviendra bien vite, et peut-£tre trop.

Je m'arrete a Tunique fort des dogmatistes, qui 258 est qu'en parlant de bonne foi et sincerement, on ne peut douter des principes naturels. Contre quoi les pyrrhoniens opposent en un mot Tincertitude de notre origine, <jui enferme celle de notre nature; a quoi les dogmatistes sont encore a repondre depuis que le monde dure.

[Qui voudra s'eclairer plus au long du pytrhonisme voie leurs livres. II en sera bient6t persuad^ et peut-etre trop].

i. Vames fa ft fames (B.).

Voila la guerre ouverte etitre les hommes, ou il faut que chacun prenne parti, et se range necessairement ou au dogmatisme, ou au pyrrhonisme. Car qui pensera demeurer neutre sera pyrrhonien par excellence; cette neutralite est Tessence de la cabale : qui n'est pas contre eux est excellemment pour eux [en quoi paralt leur avantage]. Us ne sont pas pour eux-m£mes; ils sont neutres, indiflerents, suspendus a tout, sans s'excepter.

Que fera done Tliomme en cet etat ? Doutera-t-il de tout? doutera-t-il s'il veille, si on le pince, si on le brule ? doutera-t-il s'il doute ? doutera-L-il s'il est?1 On n'en peut venir la; et je mets en fait qu'il n'y a jamais eu de pyrrhonien effectif parfait. La nature soutient la raison impuissante, et Tempeche d'extra vaguer jusqu^a ce point.

Dira-t-il done, au contraire, qu'il possede certainement la verite, ]ui qui, si peu qu*on le pousse, ne peut en monirer ancun tit re, ct esc forc6 de laclier prise ?

Quelle chimere est-ce done que 1'homme ? Quellc nouveaut^, quel monstre, quel chaos, quel sujet de contradiction, quel prodige ! Juge de toutes choses, imbecile ver de terre; ddpositaire du vrdi, cloaque d'incertitude et d'erreur; gloire et rebut de Tunivers.

Qui demfelera cet embrouillement ? [Certainement cela passe le dogmatisme et pyrrhonisme et toute la philosophic humaine. Uhoramc passe Fhomme. Qu'on accorde done aux pyrrhonicns ce qu'ils ont taut cri6 : que la verite n?est pas de notre port£e et dc notre gibier, qu'elle ne demeure pas en terre, qu'elle est domes dque du del, qu'elle loge dans le sein de Dieu, et que Ton ne la peut connaltre qu'a

i. Pascal, suivant toujours Tordre de DescatteSj arrive mi Cogfo. Cf. DeFart de persuader* p, 192-3.

mesure qu'il lui plait de la reveler. Apprenons done de la v£rite increee et incarnee notre veritable nature]. La nature confond les pyrrhoniens, et la raison confond les dogmatiques x. Que deviendrezvous done, 6 homines qui cherchez quelle est votre veritable condition par votre raison naturelle ? Vous ne pouvez fair une de ces sectes, ni subsister dans aucune.

Connaissez done, superbe, quel paradoxe vous 261 etes a vous-meme. Huniiliez-vous, raison impuissante; taisez-vous, nature imbecile : apprenez que rhomme passe infiniment rhomme, et entendez de votre maftre votre condition veritable que vous ignorez. ficoutez Dieu.

Car enfin, si 1'homme n'avait jamais 6te corrompu, il jouirait dans son innocence et de la verite et de la felicite avec assurance; et si Thomme n'avait jamais 6t6 que corrompu, il n'aurait aucune idee ni de la verite ni de la beatitude. Mais, malheureux que nous sommes, et plus que s?il n?y avait point de grandeur dans notre condition, nous avons une idee du bonheur, et ne pouvons y arriver; nous sentons une image de la verite, et ne possedons que le mensonge; incapables d'ignorer absolument et de savoir cettainement, tant il est manifeste que nous avons &e dans un degre de perfection dont nous somtnes malheureusement dfchus2 !

1. Void quelle 6tait la premiere fedacrion de ce passage : [On ne peut-£tre pytthonieti ni acaddmicien sans Siouffer la nature, on ne peut ^tre dogmatiste sans renoncer 'i la raison|*

2. Void quelle 6tait d*abotd la suite du fragment : fConcevons done que k condition de 1'homtne est double. Concevons done que rhomme passe infiniment 1'bomme et qu'd dtait inconcevable a lui-mlme sans le secours de la foL Car qui ne voit que sans la connaissance de cetle double condition de k nature de rhomme, on £tait dans une is-norance invincible de sa nature].

Chose etonnante, cependant, que le myst£re le plus eloigne de notre connaissance, qui est celui de la transmission du peche, soit une chose sans laquelle nous ne pouvons avoir aucune connaissance de nous-menies ! Car il est sans doute qu'il n'y a rien qui choque plus notre raison que de dire que le peche du premier homme ait rendu coupables ceux qui, etant si eloignes de cette source, semblent incapaoles d'y participer. Get ecoulement ne nous parait pas seulement impossible, il nous semble meme tres injuste; car qu'y a-t-il de plus contraire aux regies de notre miserable justice que de damner etemeUement un enfant incapable de volont£, pour un peche ou il parait avoir si peu de part, qu'il est commis six mille ans avant qu'il fut en £tre ? Certainement rien ne nous heurte plus rudement que cette doctrine; et cependant ! sans ce mystere, le plus incomprehensible de tous, nous sommes incomprdhensibles a nous-m&nes. Le noeud de notre condition prend ses replis et ses tours dans cet abime; de sorte que Thomme est plus inconcevable sans ce mystere que ce mystere n'est inconcevable a 1'homme. 262 P'ou il parait que Dieu, voulant nous rendre la difficulte de notre etre inintelligible a nous-mgmes, en a cache le nceud si haut, ou, pour mieux dire, si bas, que nous &ions bien incapables d'y arriver; de sorte que ce n'est pas par les superbes agitations de notre raison, mais par la simple soumission de la raison, que nous pouvons v£ritablement nous connaitre.

Ces fondements, solidement etablis sur Tautorit^ inviolable de la religion, nous font connaitre qu'il y a deux v6rites de foi egalement constantes : Tune, que rhomme dans l^tat de la creation ou dans celui de la gr£ce est elev6 au-dessus de toute la nature, rendu comme semblable a Dieu, et participant de la

divinite, 1'autre gu'en 1'etat de la corruption et de peche, il est decnu de cet etat et rendu semblable aux betes,

Ces deux ^propositions sont egalement fermes et certaines. L'Ecriture, nous le declare manifestement

lorsqu'elle dit en quelques lieux : Delicite mea esse cum filiis hominum'1. Efjundam spiritum tmum super ommm carwm*. Dii estis*, etc., et qu'elle dit en d'autres : Omnis caro fanttm 4. Homo assimilates est jumentis insipientibus, et simihs factus est illis 6. Dixi in corde meo de filiis hominum. Eccl, 3 6.

Par ou il parait clairement que I'homme, par la grace, est rendu comme semblable a Dieu et participant de sa divinite, et que sans la grace il est cense 7 semblable aux betes brutes.]

Sans ces divines connaissances, qu'ont pu faire 373 les hommes, sinon, ou s'elever dans le sentiment interieur qui leur reste de leur grandeur passee, ou s'abattre dans la vue de leur laiblesse presente 8 ?

1. P/w., VIII, 31. « Mes delices sont d'etre avec les enfants des hommes. »

2. Ir., XLIV, 3. Joel, II, 28. « Je repandrai mon esprit sur toute chair. »

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