Eccl, IV
1'liNSEES / SECTION VII 341
tous les membres lui obeissent, et vieux, parce qu'il est dans le cceur de I'homme depuis Tenfance jusqu'a la vieillesse; et fol, parce qu'il conduit rhomme dans la voie de [perdition] x qu'il ne prevoit point.
La memc chose est dans Misdrach Tilhw*
Bereschit Rabba sur le Ps. xxxv : « Seigneur, tous mes os te beniront, parce quc tu delivres le pauvrc du tyran » : Et y a-t-il un plus grand tyran que le mauvais levain ? — Et sur les Prov.> xxv : « Si ton ennemi a faim, donne-ku a manger »; c'est-a-dire, si le mauvais Jevain a faim, donnez-lui du pain de la sagesse, dont il est parle Prov., ix; et s'il a soif, donnez-lui Teau dont il est parle 7^., LV.
Misdraih "fillim dit la nieme chose; et que rficnlure en cet endroit, en parlant dc notre ennemi entend le mauvais levain : ct qu'en lui \donnant\ cc pain ct cette eau, on lui assemblera des charbons sur la t6te.
Misdrach el Kohekt, sur VEccL, ix : « Un grand roi a assiege une petite villc. » Cc grand roi est le mauvais levain, les grandes machines dont il Tenvironne sont les tentations, ct il a cte trouve un hommc sage et pauvrc qui Fa delivrcc, c'est-a-dire la vertu.
Et sur le Ps. XLT : « Bienheureux qui a egard au pauvre. »
Et sur le Ps. LXXVIII : « 1 /esprit s'en va ct ne revient plus; » d'ou quelques-uns ont j>ris sujet d'errer contre 1'immortalite de Tame; mais le sens est que cet esprit est le mauvais levain^ qui s'en va avec Thomme jusqu'a la mort, et nc reviendra pointen la resurrection,
Et sur le Ps. cm, la memo chose.
Et sur le Ps. xvi.
i. Le texte dit condition. P. Faug&re a substitu£ perdition qui parait bien 6tre la veritable Icgon (B.).
381 Dira-t-on que pour avoir dit que la justice est partie de la terre, les homines aient connu le peche originel ? — Nemo ante obitum beatm est ; c'est-a-dire qu'ils aient connu qu'a la mort la beatitude eternelle et essentielle commence 1 ?
*44o [Miton] 2 voit bien que la nature est corrompue, et que les hommes sont contraires a Thonnetete; mais il ne sait pas pourquoi ils ne peuvent voler plus haut.
*442 Ordre. — Apres la corruption, dire : « II est juste que tous ceux qui sont en cet etat le connaissent; et ceux qui s'y plaisent, et ceux qui s'y d£plaisent; mais il n'est pas juste que tous voient la redemption. »
65 Si Fon ne se connait jDlein de superbe, d'ambition, de concupiscence, de faiblesse, de misere et d'injustice, on est bien aveugle. Et si, en le connaissant, on ne desire d'en etre delivre, que peut-on dire d'un homme... ?
Que peut-on done avoir, que de 1'estime pour une religion qui connait si bien les defauts de rhomme et que du d£sir pour la verit£ d'une religion qui j promet des rem£des si souhaitables ?
1. Z. Toumeur lit comment ou commencerait. La phrase latme (N&l n'est heureux avant la morf) resume un vers d'OviDE (Met., Ill, 135) cite par MONTAIGNE (I, 18).
2. Le manuscut porte Marton. La correction Miton est d'autant plus vraisemblable que cette pensee a 6te dictde par Pascal, et non 6crite de sa main (B.).
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Tous les hommes se haissent naturellement Fun Fautre. On s'est send comme on a pu de la concupiscence pout la faire servir au bien public; mais ce n'est que feindre, et une fausse image de la charite; car au fond ce n'est que haine.
Plaindte les malheureux n'est pas contre la con- 439 cupiscence. Au contraire, on est bien aise d'avoir a rendre ce temoignage d'amitie, et a s'attirer la reputation de tendresse, sans rien donner,
On a fonde et tire de la concupiscence des regies 465 admirables de police, de morale et de justice.
Mais dans le fond, ce vilain fond de Fhomme, ce figmentum malum^, n'est que couvert : il n'est pas ote.
Injustice. — Us n'ont pas trouve d'autre moyen 67 de satisfaire la concupiscence sans faire tort aux autres.
Le moi* est hai'ssable : vous, Miton, le couvrez, 75 vous ne T6tez pas pour cela; vous etes done toujours
1. Uexpression fofigmentum est empruntee a la Vulgate : « quomam tpse cognovit figmentum nostrum. » Ps.9 CII, 14 (B,).
2. Port-Royal ajoute ce commentaire : « Le mot moi dont Fauteur se sert dans la pense'e suivante, ne sigmfie que Famourpropre. Cest un terme dont il avait accoutume de se servir avec quelques-uns de ses amis. » Cf. Logique de P. R. (Ill, 19) : Pascal (( avait accoutum.6 de dire ^ ce sujet que k pi6t6 chre"tienne andantit le moi humain et que la civuit6 humaine le cache et le supprime. »
hai'ssable. — Point, car en agissant, comme nous faisons, obligeamment pour tout le monde, on n'a plus sujet de nous hair. — Cela est vrai, si on ne haTssait dans le moi que le deplaisir qui nous en revient. Mais si je le hais parce qu'il est injuste, qu'il se fait centre du tout, je le hairai toujours.
En un mot, le mi a deux qualites : il est injustc en soi, en ce qu'il se fait centre du tout; il est incommode aux auttes, en ce qu'il les veut asservk : car chaque mi est Tennemi et voudrait £tre ie tyran de tous les autres. Vous en otez 1'incommodite, mais non pas 1'injustice; et ainsi vous ne le render pas aimable a ceux qui en haissent injustice : vous ne le render aimable qu'aux injustes, qui n'y trouvent plus leur ennemi, et ainsi vous demeurez injuste et ne pouvez plaire qa'aux injustes.
229 Quel dereglement de jugement^ par lequel il n'y a personne qui ne se mette au-dessus de tout le reste du monde, et qui n'aime mieux son propre bien \ et la duree de son bonheur, et de sa vie, que celle de tout le reste du monde !
402 Cliacun est un tout a soi-mfimc, car, lui mort, le tout est mort pour soi. Et de la vient que chacun croit 6tre tout a tous. II ne faut pas juger de la nature selon nous, mais selon elle*
115 « Tout ce qui est au monde est concupiscence de
i. Pascal avait d'abord 6ciit id qxe celul, puis il a voulu computer sa pens£e, et il a oubU£ le terme qui devait r6pondre d son propre bien (B,),
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la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de la vie : libido sentiendi, libido sciendi, libido dominandl^^. Malheureuse la terre de malediction que ces trois fleuves de feu embrasent plutot qu'ils n'arrosent ! Heureux ceux qui, etant sut ces fleuves, non pas plonges, non pas entraines, mais immobilement afFermis; non pas debput, mais assis dans une assiette basse et sure, d'ou ils ne se relevent pas avant la lumiere, mais, apres s'y etre reposes en paix, tendent la main a celui qui les doit elever, pour les faire tenir debout et fermes dans les porches de la sainte Hierusalem, ou Torgueil ne pourta plus les combattre et les abattre; et qui cependant pleurent, non pas de voir ecouler toutes les choses petissables que les torrents entrainent, mais dans le souvenir de leur chere patrie, de la Hierusalem celeste, dont ils se souviennent sans cesse dans la longueur de lent exil 2 I
Les fleuves de Babylone coulent, et tombent et 85 entrainent. O sainte Sion, ou tout est stable et ou rien ne tombe !
II faut s'asseoir sur les fleuves, non sous ou dedans, mais dessus; et non debout, mais assis : pour £tre humble, dtant assis, et en surete, etant dessus. Mais nous serons debout dans les porches de Hierusalem.
Qu'on voie si ce plaisir est stable ou coulant : s'il passe, c'est un fleuve de Babylone.
i» Ire Epitre de saint JEAN, n, 16. Texte d6vclopp6 par saint AUCUSTTN (Conf. X, 41-59) et JANS&NIUS (qui ernploie rc2vpres7 sion libido dominanti* tandis que la Vulgate porte excellent^.
2. Cf. saint AUGUSTIN, in Ps.9 136 ; a Au boxd des fleuves ae Babylone, nous ftions assis et nous pleurions, en nous souvenant de Sion. »
85 Concupiscence de la chair, concupiscence des
orgueil, etc. — II y a trois ordres de choses : la chair, Fesprit, la volonte1.
Les charnels sont les riches, les rois : ils ont pour objet le corps.
Les curieux et savants : ils ont pour objet 1'esprit.
Les sages : ils ont pour objet la justice.
Dieu doit r6gner sur tout, et tout se rapporter a lui.
Dans les choses de la chair, regne propretnent sa concupiscence.
Dans les spiritudles, la curiosite proprement.
Dans la sagesse, Porgueil proprement.
Ce n'est pas qu'on ne puisse etre glorieux pour les Hens ou pour les connaissances, mais ce n'est pas le lieu de Torgueil; car, en accordant a un homme qu'il est savant, on ne laissera pas de le convaincre qu'il a tort d'etre superbe.
Le lieu pfopre a la superbe est la sagesse : car on ne peut accorder a un homme qu'il s'est rendu sage, et qu'il a tort d'etre glorieux; car cela est de justice.
Aussi Dieu seul donne la sagesse; et c'est pourquoi : Qui gloriatur, in Domino glorietur 2.
275 Les trois concupiscences ont fait trois sectes, et les philosophes n'ont fait autre chose que suivre one des trois concupiscences.
47 Recherche du vrai bien. — Le commun des hommes met le bien dans la fortune et dans les biens du dehors, ou au moins dans le divertissement.
1, Cf. Ptnsfo 793.
2. I Cor*> i, 31 : cc Celui qui se glorifie, qu'il se glorifie en Dieu. »
Les philosophes ont montre la vanite de tout cela, et 1'ont mis ou ils ont pu.
[Contre les philosophes qui ont Dieu sans Jesus- 191 Christ.]
Philosophes. — Ils x croient que Dieu est seul digne d'etre aime et d'etre admire, et ont desire d'etre aimes et admires des hommes; et ils ne connaissent pas leur corruption. S'ils se sentent pleins de sentiments pour Taimer et 1'adorer, et qu'ils y trouvent leur joie principale, qu'ils s'estiment bons, a la bonne heure, Mais s'fls s'y trouvent repugnants, s'D'/j*] ti[ont] aucune pente qu'a se vouloir etablir dans Testime des hommes, et que, pour toute perfection, ils fassent seulement que, sans forcer les hommes, ils leur fassent trouver leur bonheur a les aimer, je dirai que cette perfection est horrible. Quoi ! ils ont connu Dieu, et n'ont pas desir£ uniquement que les hommes 1'aimassent, [mats] que les hommes s'arretassent a eux ! Ils ont voulu £tre 1'objet du bonheur volontaire des hommes 1
Philosophes. — Nous sommes pleins de choses 251 qui nous jettent au dehprs.
Notre instinct nous fait sentir qu'il faut chercher notre bonheur hors de nous. Nos passions nous poussent au dehors, quand m£me les objets ne s'oflEdraient pas pour les exciter. Les objets du dehors nous tentent d'eux-memes et nous appellent, quand m£me nous n'y pensons pas. Et ainsi les philosophes ont beau dire : Retirez-vous en vous-m&tnes, vous
i. L'6dition de P. R. note : « les platoniciens et m^me fipictete et ses sectateurs. »
y trouverez votre bien»; on ne les croit pas et ceux qui les croient sont les plus vides et les plus sots.
481 Les Stoiques disent :« Rentier au dedans dc vousmemes ; c'est la ou vous trouverez votre repos ». Et cela n'est pas vrai,
Les autres disent : « Sorter en dehors : et cherchefc le bonheur en vous divertissant. » Et cela n'est pas vrai. Les maladies viennent.
Le bonheur n'est m hors de nous, ni dans nous; il est en Dieu, et hors et dans nous,
197 Quand Epictete auraiL vu paiiaitement bien le chemin, il dit aux hommes : « Vous en suivez un faux»; il montre que e'en est un autre, mais il n'y mene pas. Cest celui de vouloir ce que Dieu veut; Jesus-Christ seul y m£ne : Via, veritas^. Les vices de Zenon meme 2.
161 ]{tttsoft dcs ejjtts. — Epictete. Ceux qui disent : « Vous avez mal a la tete a »a ce n'est pas de meme, On est assure de la sante ct non pas de la justice; et en effet la sienne etait une niaiserie.
1. Saint JEAN, xiv, 6 : « Je suis la vote, la vcnti et k vie. »
2. Remarque ajoutec daus la copie. Pour les jansenistes, toutes les actions des infid^les, et ea particuher des philo&ophes pai'ens, si vertueuses qu'elles scmblent, sont vlciees par Torgueil an lieu d'avoir leur principc dans ramour de Dieu. (Augusftnus, De statu naturae laptae, 1. IVS ch, i-xvn. C£ ARNAULD, (EwreSy t. X, p. 360 : « Pout les louanges que Ton donne a Zenon et a sa secte, qui avait une grande apparence de vertu, , on est oblige d'avouer... qu'ils ont 6t6 des impies et des