Cf, Pens fa
un commerce et une conversation telle qu'ils se la figurent. La conversion veritable consiste a s'aneantir devant cet etre universel qu'on a irrite tant de fois, et qui peut vous perdre legitimement a toute heure; a reconnaitre qu'on ne peut rien sans lui, et qu'on n'a merite rien de lui que sa disgrace* Elle consiste a connaitre qu'il y a une opposition invincible entre Dieu et nous, et que, sans un mediateur, il ne peut y avoir de commerce,
II est injuste qu'on s'attache a moi, quoiqu'on le fasse avec plaisir et volontairement. Je tromperais ceux a qui j'en ferais naitre le desir, car je ne suis la fin de personne et n'ai pas de quoi les satisfaire. Ne suis-je pas pret a mourir ? Et ainsi Tobjet de leur attachement mourra. Done, comme je serais coupable de faire croire une faussete, quoique je la persuadasse doucement, et qu'on la crut avec plaisir, et qu'en cela on me fit plaisir, de meme, je suis coupable de me faire aimer. Et si j'attire les gens a s'attacher a moi, je dois avertir ceux qui seraient pr£ts a consentir au mensonge, qu'ils ne le doivent pas croire, quelque avantage qui m'en revint; et, de m£me, qu'ils ne doivent pas s'attacher a moi; car il faut qu'ils passent leur vie et leurs soins a plaire a Dieu, ou a le chercher1.
Copie 47*
179 La volont£ propre ne se satisfera jamais, quand
i. Mme Perier a reproduit dans la Vie de Pascal (p, 31) cc billet dent elle avait roriginal et dont le mamiscnt ne donne qu'une copie. Les dditeurs de Port-JRoyal, en faisant une maxime gen^rale, et « qouvrant » le moi ont partout remplac^ je et moi par nous. (Cf. Pensfa 455 et le conseil de saint Cyran : « Ne dites jamais mm, majs nStre. » Lettres, II, 16).
elle aurait pouvoir de tout ce qu'elle veut; mais on est satisfait d£s Finstant qu'on y renonce. Sans elle, on ne peut etre malcontent; par elle, on ne peut £tre content.
Qu'on s'imagine un corps plein de membres *i6y peasants l.
Membres. Commencerpar IL — Pour regler 1'amour *z6$ qu'on se doit a soi-meme, il faut s'imaginer un corps plein de membres pensants, car nous sommes membres du tout, et voir comment chaque membre devrait s^aimer, etc...
Si les pieds et les mains avaient une volonte parti- 265 culiere, jamais ils ne seraient dans leur ordre qu'en soumettant cette volonte particuliere a la volonte premiere qui gouverne le corps entier. Hors de la, ils sont dans le desordre et dans le malheur; mais en ne voulant que le bien du corps, ils font leur propre bieti.
II faut n'aimer que Dieu et ne hair que soi. 199
Si le pied avait toujours ignore qu'il appartint au corps, et qu'il y eut un corps dont il ddpendit, s'il n'avait eu que la connaissance et Tamour de soi, et qu'il vint i connaitre qu'il appartient & un corps duquel il depend, cjuel regret, quelle confusion de sa vie passee, d'avoir ^t6 inutile au corps qui lui a
i. Cette pens6e et les suivantes 6voquent la doctrine du Corps mystique du Christ, pr6settt6e en particuher par saint PAUL, I Cor., xir.
mais bien pour voir son pere ou son mari qui le soient.
149 Morale 1. — Dieu ayant fait le del et la terre, qui ne sentent point le bonheur de leur etre, il a voulu faire des etres qui le connussent, et qui composassent un corps de membres pensants. Car nos membres ne sentent point le bonheur de leur union, de leur admirable intelligence, du soin que la nature a d?y influer les esprits, et de les faire croitre et durer. Qu'ils seraient heureux s'ils le sentaient, s'ils le voyaient ! Mais il faudrait pour cela qu'ils eussent intelligence pour le connaitre, et bonne volonte pour consentir a celle de Tame universelle. Que si, ayant re§u ^intelligence, ils s'en servaient a retenir en eux-metnes la nourriture, sans la laisser passer aux autres membres, ils seraient non seulernent injustes, mais encore miserables, et se hairaient plutot que de s'aimer; leur beatitude, aussi bien que leur devoir, crinsistant a consentir a la conduite de Mme entiere a qui ils appartiennent, qui les aime mieux qu'ils ne s?aiment eux-memes.
149 Etre membre, est n'avoir de vie, d'etre et de mouvement que par Tesprit du corps et pour le corps.
Le membre separe, ne voyant plus le corps auquel il appartient, n'a plus qu'un etre perissant et mourant. Cependant il croit 6tre un tout, et ne se voyant point de corps dont il depende, il croit ne dependrc que de soi et veut se faire centre et corps lui-m£me.
i. La Copie porte cette indication ; « Commencement de membres pensants. »
Mais n'ayant point en soi de principe de vie, il ne fait que s'egarer, et s'etonne dans Fincertitude de son etre, sentant bien qu'il n'est pas corps, et cependant ne voyant point qu'il soit membre d'un corps. Enfin, quand il vient a se connaitre, il est comme revenu chez soi, et ne s'aime plus que pour le corps. II plaint ses egarements passes.
II ne pourrait pas par sa nature aimer une autre chose, sinon pour soi-m&ne et pour se 1'asservir, parce que chaque chose s'aime plus que tout.
Mais en aimant le corps, il s'aime soi-meme, parce qu'il n'a d'etre qu'en lui, par lui et pour lui ; yd adbcent Deo unus spiritus est1.
Le corps aime la main; et la main, si die avait une volonte, devrait s'aimer de la meme sorte que 1'ame Faime. Tout amour qui ya au dela est injuste,
Adh&rms Deo unus spiritus est. On s'aime, parce qu'on est membre de Jesus-Christ. On aime Jesus- Christ, parce qu'il est le corps dont on est membre. Tout est un, Tun est en 1'autre, comme les trois Personnes.
Deux lois suffisent pour regler toute la R^pu- 419 blique chr6tienne, mieux que toutes les lois politiques2.
1. Saint PAUL, ire Cor., VI, 17 : v Celui qui adhere a Dieu est un seul esprit avec lui. »
2. « Un docteur de la loi, d'entre les Phansiens, voulant tenter J£sus lui demanda : Maitre, quels sont les grands pr6ceptes de la loi ? J6sus lui r6pondit : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton &tne, de toute ta pens£e. Voila le plus grand et le premier des pr^ceptes, Le second, semblable au premier, est celui-ci; Tu aimeras ton prochain comme toi-m^me. Ces deux pr6ceptes compretment toute la loi et les prophetes ». MATTH., xxn, 3 5 ; MARC, 3ai, 28.
356 PENS£ES / SECTION vn
113 La vraie et unique vertu est done de se hair (car on est haissable par sa concupiscence), et de chercher un etre veritablement aimable, pour 1'aimer. Mais, comme nous ne pouvons aimer ce qui est hors de nous, il faut aimer un etre qui soit en, nous, et qui ne soit pas nous, et cela est vrai d'un chacun de tous les hommes. Or il n'y a que TEtre universel qui soit tel. Le royaume de Dieu est en nous 3 : le bien universel est en nous, est nous-meme, et n'est pas nous,
225 La dignit^ de 1'homme consistait, dans son innocence, a user et dominer sur les creatures, mais aujourd'hui a s'en s6parer et s'y assujettir.
235 Toute religion est fausse, qui, dans sa foi, n'adore pas un Dieu comme principe de toutes choses, et qui, dans sa morale, n'aime pas un seul Dieu comme objet de toutes choses,
2e Man.
Guerrier ,., Mais il est impossible que Dieu soit jamais la fin, s'il n'est le principe2. On dirige sa vue en haut, mais on s'appuie sur le sable : et la terre fondra, et on tombera en regardant le cieL
457 S'il y a un seul principe de tout, une seule fin de tout, tout par lui, tout pour lui. II faut done que