‹ Pensees Precedees Des Principaux OpusclesChapitre 115 sur 226 · Ltic, XVII · texte numérisé non relu

Ltic, XVII

2. finonciation au priacipe jans^aiste : la gr£ce seule donne la charitS, ou amout de Dieu (B.),

la vraie religion nous enseigne a n'adorer que lui et a n'aimer que lui. Mais, comme nous nous trouvons dans 1'impuissance cTadorer ce que nous ne connaissons pas, et d'aimer autre chose que nous, il faut que la religion qui instniit de ces devoirs nous instruise aussi de ces impuissances, et qu'elle nous apprenne aussi les remedes. Elle nous apprend que, par un homme, tout a ete perdu, et la liaison rompue entre Dieu et nous, et que, par un homme, la liaison est reparee.

Nous naissons si contraires a cet amour de Dieu, et il est si necessaire, qu'il faut que nous naissions coupables, ou Dieu serait injuste.

Les hommes, n'ayant pas accoutumd de former 90 le merite, mais seulement le recompenser ou ils le trouvent form6 jugent de Dieu par eux-memes,

La vraie religion doit avoir pout marque d'obliger 45 5 a aimer son Dieu. Cela est bien juste, et ccpendant aucune ne Ta ordonne; la notre Ta fait.

Elle doit encore avoir connu la concupiscence et Timpuissance; la notre ?a fait.

ElJe doit y avoir apporte les remfedes; Tun est la priere. Nulle religion n'a demand^ a Dieu de Taimer et de le suivre. [La ndtre Ta fait : les couvents de religieuses5 cette foule de penitents; Philon juif]

Qui ne hait en soi son amour-propre, efc cet n instinct qui ]e porte a se faire Dieu, est bien aveug16. Qui ne voit que rien n'est si opposd a la justice et a la verit6? Car il est faux que nous mentions cda; et il est injuste et impossible d'y arriver* puisque

tons demandant la meme chose, Cest done une manifeste injustice ou nous sommes nes, dont nous ne pouvons nous defaire, et dont il faut nous defaire. Cependant aucune religion n'a remarque que ce fut un peche, ni que nous y fussions nes, ni que nous fussions obliges d'y resister, ni n'a pense a nous en donner les remedes,

465 La vraie religion enseigne nos devoirs, nos inipuissances : orgueil et concupiscence; et les remedes : humilitd, mortification.

Cople 494

232 II faudrait que la vraie religion enseignat la grandeur, la misere, portat a Testime et au mepris de soi, a Tamour et a la haine.

65 Si c'est un aveuglement surnaturel de vivre sans chercher ce qu'on est, e'en est un terrible de vivre mal, en croyant Dieu.

412 Uexperience nous fait voir une difference enorme entre la devotion et la bonte1.

Contn ceux qui sur la confiame de la misericorde de Dieu demeurent dans la nonchalance », sans faire de bonnes auvres. — Comme les deux sources de nos p^ches sont Torgueil et la paresse, Dieu nous a decouvcrt deux quaUtes en lui pour les guerir : sa misericorde

i. « L'usage nous felt voir une distinction 6norme entre la devotion et k conscience, » (Montaigne, III, 12.)

et sa justice. Le propre de la justice est d'abattre 1'orgueil, quelque saintes que soient les oeuvres, et non intres in judicium, etc.1; et le propre de la misericorde est de combattre la paresse en invitant 2 aux bonnes ceuvres, selon ce passage : « La misericorde de Dieu invite a penitence 3 »; et cet autre des Ninivites : « Faisons penitence, pour vpir si par aventure il aura pitie de nous 4. » Et ainsi tant s'en faut que la misericorde autorise le relachement, que c'est au contraire la qualite qui le combat formellement; de sorte qu'au lieu de dire : « S'il n'y avait point en Dieu de misericorde, il faudrait faire toutes sortes d'efforts pour la vertu; » il faut dire, au contraire, que c'est parce qu'il y a en Dieu de la misericorde, qu'il faut faire toutes sortes d'efforts.

II est vrai qu'il y a de la peine, en entrant dans la 94 pietd Mais cette peine ne vient pas de la piete qui commence d'etre en nous, mais de 1'impiete qui y est encore. Si nos sens ne s'opposaient pas a la penitence, et que notre corruption ne s?oppposat pas a la purete de Dieu, il n'y aurait en cela rien de peniole pour nous. Nous ne souffrons cju'a proportion que le vice, qui nous est naturel, resiste a la grace surnaturelle; notre cpeur se sent dechke entre des eflPorts contraires; mais il serait bien injuste d'imputer cette violence a Dieu qui nous attire, au lieu de Fatttibuer au monde qui nous retient. C'est comme un enfant, que sa m£re arrache d'entre les bras des

1. Ps., CXLII, 2 cc et tu n'entreras pas en jugement avec ton esclave. » (Priere de David a Daeu.)

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