‹ Pensees Precedees Des Principaux OpusclesChapitre 122 sur 226 · Horac^ II · texte numérisé non relu

Horac^ II

142 II n'y a que deux sortes d'hommes : les uns justes, qui se croient pecheurs; les autres pecheurs, qui se croient justes.

4 On a bien de 1'obligation a ceux qui avertissent des defauts, car ils mortifient; ils apprennent qu'on a etc meprise, ils n'emp£chent pas qu'on ne le soit a 1'avenir, car on a bien d'autres defauts pour T6tre. Ils preparent 1'exercice de la correction et P exemption d'un defaut

232 L'homme est ainsi fait, qu'a force de lui dire qu'il est un sot, il le croit; et, a force de se le dire a soimeme, on se le fait croire. Car Thomme fait lui seul une conversation interieure, qu'il importe de bien regler : Corrumpunt mores bonos colloquia pravav. II faut se tenir en silence autant qu'on peut, et ne s'entretemr que de Dieu, qu'on sait etre la verite; et ainsi on se la persuade a soi-meme.

41 2 Le christianisme est etrange, II ordonne a 1'homme de reconnoitre qu'il est vil, et m&ne abominable, et lui ordonne de vouloir etre semblable a Dieu, Sans un tel contrepoids, cette elevation le rendrait horriblement vain, ou cet abaissement le rendrait terriblement abject.

202 Avec combien peu d'orgueil un chr&ien se croit-il

i. « Les mauvais entretiens corrompent les bonnes mceuts, » Vers proverbial de M6nandre, cit^ par saint PAUL, I Cor.9 xv, 33-

uni a Dieu ! avec combien peu d'abjection s'egalet-il aux vers de la terre !

La belle maniere de recevoir la vie et la mort, les biens et les maux !

Quelle difference entre un soldat et un chartreux, 146 quant a 1'obeissance ? car ils sont egalement obeissants et dependants, et dans des exercices egalement penibles. Mais le soldat espere toujours devenir maitre, et ne le devient jamais, car les capitaines et princes meme sont toujours esclaves et dependants; mais il Tespere toujours, et travaille toujours a y venir; au lieu que le chartreux fait vceu de n'etre jamais que dependant. Ainsi ils ne different pas dans la servitude perpetuelle, que tous deux ont toujours, mais dans Tesperance, que 1'un a toujours, et Fautre jamais.

Uesperance que les Cliretiens ont de posseder 99 un bien infini est m61ee de jouissance effective aussi bien que de crainte; car ce n'est pas comme ceux qui espdreraient un royaume, dont ils n'auraient rien, &ant sujets ; mais ils esp&rent la saintete, Texemption d'injustice, et ils en ont quelque chose.

Nul n'est heureux comme un vrai chretien, ni 411 raisonnable, ni vertueux, ni aimable.

II n'y a que la religion chretienne qui rende 8 1'homme aimable et heureux tout ensemble. Dans Thonn&et^ on ne peut etre aimable et heureux ensemble.

374 PENSiEES / SECTION VII

265 Preface. — Les preuves de Dieu metaphysiques sont si eloignees du raisonnement des hommes, et si impliquees, qu'elles frappent peu; et quand cela servirait a quelques-uns, cela ne servirait cjue pendant Tinstant qu'ils voient cette demonstration, mais une heure apres ils craignent de s'etre trompes. Quod twiositate cognoverwt wperbia atmserunt1. Cest ce que produit la connaissance de Dieu qui se tire sans Jesus-Christ, qui est de communiquer sans mediateur avec le Dieu qu'on a connu sans mediateur. Au lieu cjue ceux qui out connu Dieu par mddiateur connaissent leur misere.

Copie

253 Le Dieu des Chretiens est un Dieu qui fait sentir a 1'ame qu?il est son unique bien; que lout son repos est en lui, qu'elle n'aura de joie qu'a Taimer; et qui lui fait en meme temps abhorrer les obstacles qui la retiennent, et Tempechent d'aimer Dieu de toutes ses forces. I/amour-propre et la concupiscence, qui Tarr&ent, lui sont insupportables. Ce Dieu lui fait sentir qu'elle a ce fonds d'amour-propre qui la perd, et que lui seul la peut guerir,

29 Jesus-Christ n?a fait autre chose qu'apprendre aux hommes qu'ils s'aimaient eux-m^mes, qu'ils etaient esclaves, aveugles, malades, malheureux et pecheurs; qu'il fallait qu'il les delivrat, eclair^t, beatifiat ct guerit; que cela sc ferait en se haissant soi-

i. Quod curiositatt immrunt, superbia perdiderunt. a Ce qu'ils ont trouve par leur cutiosit£, ils Font perdu par leur orgueil. » (Saint AUGUSTIN, sermon CXLI.)

meme, et en le suivant par la misere et la mort de la croix.

Sans Jesus-Christ, il faut que Thomme soit dans 485 le vice et dans la misere; avec Jesus-Christ, Thotnme est exempt de vice et de misere. En lui est toute notre vertu et toute notre felicite. Hors de lui, il n'y a que vice, misere, erreurs, tenures, mort, desespoir.

Nous ne connaissons Dieu que par Jesus-Christ, iji1 Sans ce Mediateur, est 6t£e toute communication avec Dieu; par Jesus-Christ, nous connaissons Dieu. Tous ceux qui ont pretendu connaitre Dieu et le prouver sans Jesus-Christ n'avaient que des preuves impuissantes. Mais pour prouver Jesus-Christ, nous avons les propheties, qui sont des preuves solides et palpables. Et ces propheties &ant accomplies, et prouvees veritables par Tevenement, marquent la certitude de ces verites, et partant, la preuve de la divinite de Jesus-Christ. En lui et par lui, nous connaissons done Dieu. Hors de la et sans Tficriture, sans le peche originel, sans Mediateur necessaire promis et arrive, on ne peut prouver absolument Dieu, ni enseigner ni bonne doctrine ni bonne morale. Mais par J6sus-Christ et en Jesus-Christ, on prouve Dieu, et on enseigne la morale et la doctrine. J&us- Christ est done le veritable Dieu des hommes.

Mais nous connaissons en mSme temps notre mis&re, car ce Dieu-la n'est autre chose que le Reparateur de notte misere. Ainsi nous ne pouyons bien connaitre Dieu cju'en connaissant nos iniquit^s.

Aussi ceux qui ont connu Dieu sans connaitre

i. An verso : Dieu par J£sus-Christ

leur mis£re ne Font pas glorifie, mais s'en sont glorifies,

Quia... non cognovit per sapieniiam... placuit Deo per stultitiam pmduationis salvos facere1.

*49i Non seulement nous ne connaissons Dieu que par Jesus-Christ, mais nous ne nous connaissons nous-m£mes que par Jesus-Christ. Nous ne connaissons la vie, la mort que par Jesus-Christ. Hors de Jesus-Christ, nous ne savons ce que c'est ni que notre vie, ni que notre mort, ni que Dieu, ni que nous-m£mes.

Ainsi, sans Pficriture, qui n'a que Jesus-Christ pour objet, nous ne connaissons rien, et ne voyons qu'obscurite et confusion dans la nature de Dieu et dans la propre nature.

374 II est non seulement impossible, mais inutile de connaltre Dieu sans Jesus-Christ Us ne s'en sont pas 61oignes 2, mais approch^s; ils ne se sont pas abaisses, mais...

Quo quisque optimus^ eo pessmms, si he ipsum, q&od optimus sit, ads crib at sibi*.

104 J^aime la pauvret£, parce qu?il Ta aimrfe *. J'aime

j. PAUL, I. Cor.j i, 21 :«Patce

pat sagesse il a plu ^ Dieu d*operer le salut par la iblie dc la predication. »

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