Ibid
5. Luc, xvii, 43 : « Et lui 6tant dans Fagonie priait plus instamment. »
qu'il leur faudrait obeir de bon cceur 1 La necessite et les ^Tenements en sont infailliblement1.
— « Console-toi, tu tie me chercherais pas, si tu ne m'avais trouv£ 2.
« Je pensais a toi dans mon agonie, j'ai verse telles gouttes de sang pout toi.
« C'est me tenter plus que t'eprouver, que de penser si tu ferais bien telle et telle chose absente : je la ferai en toi si die arrive.
« Laisse-toi conduire a mes regies, vois comme j'ai bien conduit la Vierge et les saints qui m'ont laisse agir en eux.
« Le P£re aime tout ce que je fais.
« Veux-tu qu'il me coute toujours du sang de mon humanite, sans que tu donnes des larmes ?
« Cest mon affaire que ta conversion; ne crains point, et prie avec confiance comme pour moi.
« Je te suis present par ma parole dans Tficriture, par mon esprit dans 1'figlise et par les inspirations, >ar ma puissance dans les pretres, par ma priere dans .es fideles.
1. Cf. a Mile de Roannez (sept, ou oct. 1656) : « Quand II nous d6couvre sa volont£ par les £v6nements, ce serak un pech6 de ne pas s'y accommoder. »
2. Cf. saint BERNARD : Nemo te quarere valet nisi qul pritts inmnerit (De dilig. Deoy vn, 22). Dans le 3e Ecrtt sur la grace., Pascal distingue « k maniere dont Dieu cherche Thomme lorsqu'il lui donne les faibles commencements de k foi » et celle dont il exauce son appel quand « il le cherche pour se faire trouver... Ainsi la maniere dont nous cherchons Dieu faiblement, quand il nous donne les premiers souhaits de sortir de nos engagements, est bien diflferente de k mani&re dont nous le cherchons, quand apr&s qu?il a rompu les hens, nous marchons vers lui en courant dans k yoie de ses pr&ceptes ». Saint AUGUSTIN (De mta fyeata, in, 19-21) ayait deia exarmn6 T6tat intermddiaire de Thomme cherchant Dieu et le possddant d6ja sans Favoir encore trouv^.
« Les medecins ne te gueriront pas, car tu mourns a la fin. Mais c'est moi qui gueris et rends le corps immortal.
« Souffre les chaines et la servitude corporelles; je ne te delivre que de la spirituelle a present.
« Je te suis plus ami que tel et tel; car fai fait pour toi plus qu'eux, et ils ne soufFriraient pas ce que fai souffert de toi et ne mourraient pas pour toi dans le temps de tes infidelites et cruautes, comme j'ai fait et comme je suis pret a faire et fais dans mes elus et au Saint-Sacrement.
« Si tu connaissais tes peches, tu perdrais cceur. »
— Je le perdrai done, Seigneur, car je crois leur malice sur votre assurance.
— « Non, car moi, par qui tu Fapprends, t'en peux guerir, et ce que je te le dis est un signe que je te veux guerir. A mesure que tu les expieras, tu les connaitras, et il te sera ait : « Vois les peches qui te sont remis. » Fais done penitence pour tes peches caches et pour la malice occulte de ceux que tu connais. »
— Seigneur, je vous donne tout.
— « Je t'aime plus ardemment que tu n'as aime tes souiUures, ut immmdus pro ///A?1.
« Qu'a moi en soit la gloire et non a toi, ver et terre.
« Temoigne a ton directeur,2 que mes propres paroles te sont occasion de mal, et de vanit6 ou curiosite. »
93 — Je vo^s mon abime d'orgueil, de curiosit^ de
i. « Au point de me charger de faouillure en favour de ta fange. » Cf. ci-dessous : « II a 6t6 fait pdch6 par moi » et saint PAUL, II Cor.> V, 21 : « Celui qui n'a point connu le II 1'a fait pdch6 pour nous. »
z. Inter roge ton directeur, quand (B.).
concupiscence. II n'y a mil rapport de moi & Dieu, ni a Jesus-Christ juste. Mais il a ete fait pech£ par moi; tous vos fleaux sont tombes sur lui. II est plus abominable que moi, et, loin de m'abhorrer, il se tient honore que j'aille a lui et le secoure.
Mais il s'est gueri lui-meme, et me guerira a plus forte raison.
II faut ajouter mes plaies aux siennes, et me joindre a lui, et il me sauvera en se sauvant Mais il n'en faut pas ajouter a favenir.
Eritis sicut dii scientes bonum et malum1. Tout le monde fait le dieu en jugeant :« Cela est bon ou mauvais »; et s'affligeant ou se rejouissant trop des evenements.
Faire les petites choses comme grandes, a cause de la majeste de Jesus-Christ qui les fait en nous, et qui vit notre vie; et les grandes comme petites et aisees, a cause de sa toute-puissance.
II me semble que Jesus-Christ ne laisse toucher 90 que ses plaies apres sa resurrection.
Noli me tangen 2.
II ne faut nous unir qu'a ses souffrances.
II s'est donne a communier comme mortel en la Qne, comme .ressuscite aus disciples d'Emmaiis, comme monte au ciel a toute Tfiglise.
« Ne te compare point aux autres, mais i moi. 107 Si tu ne m'y trouves pas, dans ceux ou tute compares, tu te compares a un abominable. Si tu m'y trouves,
i. Gen., HI, 5 : « Vous sere^ comme des dieux, sachant le bien et le mal. »
z. Saint JEAN, XX, 17 : « Ne me touche pas. »
384 PENSiEES / SECTION VII
compare-t'y. Mais qu'y compareras-tu ? sera-ce toi, ou moi dans toi ? Si c'est toi, c'est un abominable. Si c'est moi, tu compares moi a moi.
« Or je suis Dieu en tout.
« Je te parle et te conseille souvent, parce que ton conducteur ne te pent parler, car je ne veux pas que tu manques de conducteur1.
« Et peut-£tre je le fais a ses priereg, et ainsi il te conduit sans que tu le voies.
« Tu ne me chercherais pas si tu ne me possedais.
« Ne t'inquiete done pas. »
i. En haut a gauche Pascal avait note : abominable et en dessous Singl (in) qui fut son directeur.
Les Fondements de la Religion chretienne.
556 ^ Copk
... Us blasphement ce qu'ils ignorent. La religion 228 chretienne consiste en deux points; il importe egalement aux hommes de les connaitre, et il est egalement dangereux de les ignorer; et il est egalement de la misericorde de Dieu d'avoir donne des marques des deux.
Et cependant ils prennent sujet de conclure qu'un de ces points n'est pas, de ce qui leur devrait faire conclure 1'autre. Les sages qui ont dit qu'il n'y a qu'un Dieu ont ete persecutes, les Juifs hais, les chretiens encore plus. Ils ont vu par lumtere naturelle que, s'il y a une veritable religion sur la terre, la conduite de toutes choses doit y tendre comme a son centre.
Toute la conduite des choses doit avoir £our objet Tetablissement et la grandeur de la religion; les hommes doivent avoir en eux-memes des sentiments conformes a ce qu'elle nous enseigne; et enfin elle doit gtre tellement Tobjet et le centre oii toutes choses tendent, que qui en saura les principes puisse rendre raison et de toute la nature de Thomme en particulier, et de toute la conduite du monde en g&idral.
Et sur ce fondement, ils prennent lieu de blasphemer la religion chretienne, parce qu'ils la connaissent tnal. Ils s'imaginent qu'elle consiste simplement en Fadoration d'un Dieu considere comme grand et puissant et eternel; ce qui est proprement le d&sme, presque aussi eloigne de la religion chretienne que Fatheisme, qui y est tout a fait contraire. Et^de la ils concluent que cette religion n'est pas veritable, parce qu'ils ne voient pas que toutes choses concourent a Fetablissement de ce point, que Dieu ne se manifeste pas aux hommes avec toute Fevidence qu'il pourrait faire.
Mais qu'ils en concluent ce qu'ils voudront contre le deisme, ils n'en concluront rien contre la religion chretienne, qui consiste proprement au mystere du Redempteur, qui, unissant en lui les deux natures, humaine et divine, a retire les hommes de la corruption du peche pour les reconcilier a Dieu en sa personne divine.
Elle enseigne done ensemble aux hommes ces deux verites : et qu'il y a un Dieu, dont les hornmes sont capables, et qu'il y a unc corruption dans la nature, qui les en rend indignes. II importc egalement aux hommes de connaitre Tun et Tautre de ces points; et il est 6galement dangereux a Fhomme de connaitre Dieu sans connaitre sa mis&re, et de connaitre sa mis£re sans connaitre le Redemptcur qui Ten peut guerir. Unc seule de ces connaissances fait, ou la superbe des philosophes, qui ont connu Dieu et non leur misere, ou le desespoir des athees, qui connaissent leur misere sans Redempteur.
Et ainsi, comme il est 6gdement de la n^cessit^ de Fhomnie de connaitre ces deux points, il est aussi egalement de la misericorde de Dieu de nous les avoir fait connaitre. La religion chretienne le fait, c'est en cela qu'elle consiste.
Qu'on examine Fordre du monde su± cela, et qu'on voie si toutes choses ne tendent pas a 1'etablissement des deux chefs de cette religion :
Jesus-Christ est Pobjet de tout^ et k centre ou tout tend. Qui le conndt^ connait la raison de toutes choses*.
Ceux qui s'egarent ne s'egarent que manque de voir une de ces deux choses. On peut done bien connaitre Dieu sans sa misere, et sa misere sans Dieu; mais on ne peut connaitre Jesus-Christ sans connaitre tout ensemble et Dieu et sa mis&te.
Et c'est pourquoi je n'entreprendrai pas ici de prouver par des raisons naturelles, ou fexistence de Dieu, ou la Trinite, ou Fimmortalite de Tame, ni aucune des choses de cette nature; non seulement parce que je ne me sentirais pas assez fort pour trouver dans la nature de quoi convaincre des athees endurcis, mais encore parce que cette connaissance, sans Jesus-Christ, est inutile et sterile. Quand un homme serait persuade que les proportions des nombres sont des verites immaterielles, eternelles, et dependantes d'une premiere verite en qui elles subsistent, et qu'on appelle Dieu, je ne le trouverais pas beaucoup avanc^ pour son salut.
Le Dieu dies Chretiens ne consiste pas en un Dieu simplement auteur des verites geometriques et de Tordre des elements; c'est la part des paiens et des epicuriens. II ne consiste pas seulement en un Dieu qui exerce sa providence sur la vie et sur les biens des hommes, pour donner une heureuse suite d'anndes a ceux qui Tadorent; c'est la portion des Juifs. Mais le Dieu d* Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob 2, le Dieu des Chretiens, est un Dieu d'amour
1. Z. Tourneut propose de placer ce titre de la Copie apr&s Tahn6a suivant.
2, C£. le Memorial (p> 89).
et de consolation, c'est un Dieu qui remplit Tame et le coeur de ceux qu'il possede, c'est un Dieu qui leur fait sentir interieurement leut misere, et sa misericorde infinie; qui s'unit au fond de leur ame; qui la remplit d'humilite, de joie, de confiance, d'amour; qui les rend incapables d'autre fin que de lui-meme.
Tous ceux qui cherchent Dieu hors de Jesus- Christ, et qui s'arretent dans la nature, ou ils ne trouvent aucune lumiere qui les satisfasse, ou ils arrivent a se former un moyen de connaJtre Dieu et de le servir sans mediateur, et par li ils tombent, ou dans Tatheisme ou dans le deisme, qui sont deux choses que la religion chretienne abhorre presque egalement.
Sans Jesus-Christ le monde ne subsisterait pas; car il faudrait, ou qu'il fut detruit, ou qu'il fut comme un enfer.
Si le monde subsistait pour instruire 1'homme de Dieu, sa divinite y reluirait de toutes parts d'une maniere incontestable; mais, comme il ne subsiste c|ue par Jesus-Christ et pour Jesus-Christ, et pour instruire les hommes et de leur corruption et de leur redemption, tout y eclate des preuves de ces deux verites.
Ce qui y parait ne marque ni une exclusion total e, ni une pr&ence manifeste de divinite, mais la pr&sence d'un Dieu qui se cache. Tout porte ce caractftre.
Le seul qui connait la nature ne la connaitra-t-il que pour £tre miserable? le seul qui la connait sera-t-il le seul malheureux ?
II ne faut [pas] qu'il ne voie rien du tout; il ne faut pas aussi cju'il en voie assez pour croire qu'il le poss£de; mais qu'il en voie assez pour connaltre qu'on a perdu, il faut voir et ne voir pas; et c'est precisement I'&at ou est la nature.
Quelque parti qu'il prenne, je ne 1'y laisserai point en repos...
557 Copie II est done vrai que tout insttuit rhomme de sa 226
condition, mais il le faut bien entendre : car il n'est pas vrai que tout decouvre Dieu, et il n'est pas vrai que tout cache Dieu. Mais il est vrai tout ensemble qu'il se cache a ceux qui le tentent1, et qu'il se decouvre a ceux qui le cherchent, parce que les hommes sont tout ensemble indignes de Dieu, et capables de Dieu; indignes par leur corruption, capables par leur premiere nature.
558 Copie Que conclurons-nous de toutes nos obscurites, 227
sinon notre indignite ?
559 Copie S'il n'avait jamais rien paru de Dieu, cette priva- 227
tion &ernelle serait equivoque, et poutrait aussi bien se rapporter a Tabsence de toute divitiite, qu?a Findignite ou seraient les hommes de la connaltre; mais de ce qu'il parait quelquefois, et non pas toujours, cela ote Tequivoque. S'il parait une fois, il est toujours; et ainsi on n'en peut conclure sinon qu'il y a un Dieu, et que les hommes en sont indignes.
559 *fr Copie
L'Etre fiternel est toujours, s'il est une fois* 226
Nous ne concevons ni l'6tat glorieux d'Adam 2, 220
i . Cf. NICOLE, Essais de morale, t. Ill : « Des diverses mamfcres dont on tente Dieu. »
z. C£ Pensk 426, note.
ni la nature de son peche, ni la transmission qui s'en est faite en nous. Ce sont choses qui se sont passees dans Petat d'une nature toute diff&ente de la notre, et qui passent Petat de notre capacite presente.
Tout cela nous est inutile a savoir pour en sortir; et tout ce qu'il nous importe de connaitre est que nous sommes miserables, corrompus, separes de Dieu, mais rachetes par Jesus-Christ; et c'est de quoi nous avons des preuves admirables sur la terre.
Ainsi les deux preuves de la corruption et de la redemption se tirent des impies, qui vivent dans ^indifference de la religion, et des Juifs, qui en sont les ennemis irreconciliables.
Copie 5^0 bis
226 Ainsi, tout Punivers apprend a Phomme, ou qu'il est corrornpu, ou qu'il est rachete; tout lui apprend sa grandeur ou sa mis£re; Pabandon de Dieu parait dans les patens, la protection de Dieu parait dans les Juifs*
19 II y a deux mani&res de persuader les v&ritds de notre religion : Pune par la force de la raison, Pautre par Pautorite de celui qui parle.
On ne se sert pas de la dernierc, mais de la premi&te x. On ne dit pas :« II faut croire cela; cat 1'fictiture, qui le dit, est divine »; mais on dit qu'il le faut
i. Cf. Pensfe 260, note i, et V Attgtstintts : « Chaque fois qu'on ignore ce qu'il faut penser ou dire & propps d une difficult^ tr^s grave et tr&s obscure, on ne se soucie pas, comme on deviait, de Ja r£ponse de Tautorit6 des Saintes Ecritures ou de la v^n&rable antiquit^ des P^res; mais aussitdt on a recours £ Ja Philosophic, comme i Parsenal de toutes les solutions, et on en prend les regies comme mesure des myst&res les plus profonds, » (T. II, partie preliminaire, ch* TII),
PENSEES / SECTION Vill 391
croire par telle et telle raison, qui sont de faibles arguments, la raison ctant flexible a tout.
II n'y a rien sur la terre qui ne montre, ou la misere ^443 de 1'homme, ou la misericorde de Dieu; ou rimpuissance de 1'homme sans Dieu, ou la puissance de Thomme avec Dieu.
Ce sera une des confusions des damnes, de voir 277 qu'ils seront condamnes par leur propre raispn, par laquelle ils ont pretendu condaniner la religion chretienne.
Les prophcties, les miracles tnemes ct les preuves 113 dc notre religion ne sont pas de telle nature qu'on puisse dire qu'ils sont absolument convaincants. Mais ils le sont aussi de telle sorte qu'on nc peut dire que ce soit 6tre sans raison que dc les croirc. Ainsi it y a dc Tcvidcncc ct dc Tobscuritc, pour cclairer les uns et obscurcir les autres. Mais Tcvidcncc cst telle* qu'cllc surpasse, ou cgale pour le moins, Tevidence du contraire; dc sortc que cc n'cst pas la raison qui puisse ddtcrminer a nc la pas suivre; et ainsi ce ne peut ctrc que la concupiscence ct la malice du cceur, Et par cc moyen il y a assc^; d'dvidence pour condamncr ct non asse^ pour convaincrc; aftn qu5il paraissc qu*cu ceux qui la suivcnt, c'cst la grace, ct non la raison, qui fait suivre; ct qu'cn ccux qui la fuicnt, c'cst la concupiscence, ct non la raison, qui fait fak,
Vere dlscipuli, wn IsraSlita, mn libm> we cibus l.
i* Allusions i des passages de saiat JKAN : vnr, 31 (cf. Pexsft 5^9)? »• 47; vin, 36; vr, 55.
Copie 565
226 Reconnaissez done la verite de la religion dans robscurite meme de la religion, dans le peu de lumiere que nous en avons, dans Tindiffercnce que nous avons de la connaitre.
45 On n'entend rien aux ouvrages de Dieu, si on ne prend pour principe qu'il a voulu aveuglcr Ics uns, et eclairer les autres.
142 Les deux raisons contraircs. 11 faut commence! par la : sans cela on n'entend rien, et tout est heretique; et meme, a la fin de chaque verite, il fauf aj outer qu'on se souvient de la verite opposec.
153 Objection. Visiblement Pficriture pleine dc choscs non dictees du Saint-Esprit. — Rjponse. Elles nc nuisent done point a la foi. — Objection. Mais 1'figlise a decide que tout est du Saint-Esprit. — RJpottse. Je reponds deux choses : que Tfiglise n*a jamais decide cela; 1'autte que, quand elle Faurait decide, cela se pourrait soutenir.
II y a beaucoup d'esprits faux.
Denys a la charite, il dtait en place 3.
Les propheties cities dans 1'fivangile, vous croyex qtfelles sont rapportees pour vous faire croirc ? Nan, c'est pour vous 61oigner de croire,
59 Canomc[ues. — Les h&6tiques, au commencement de rfiglise, servent a prouver les canoniques,
i. Allusion probable i k conversion de Denis sur FArcopagc (Actts, xvn, 34).
PLNSEhS '" SECTION V1U 393
II faut mettre au chapitrc des Vondemcnts cc qui 45 est en cclui des Figuratijs touchant la cause des figures : pourquoi Jesus-Christ prophetisc en son premier avenement; pourquoi prophetisc obscurcmcnt en la maniere.
Prison pourquoi Figures. — [Us avaicni a cnirctcnir 394 iin peuple charnel et a le rendrc deposilairc du Testament spirituel1]; il fallait quc, pour dormer foi au Messie, il y eut cu des propheties preccdentcs, et qu'elles fussenl portdcs par des gens non suspects, et aunc diligence et fidclite ct d'un xelc extraordinaire, et connu de toutc la tcrrc.
Pour faire reussir tout cela, Dieu a choisi cc peuple charnel, auquel il a mis en depot les propheties qui predisent le Messic coramc liberatcur ct dispcasateur des biens charnels quc ce peuple aimatt. Ivt ainsi il a eu unc ardeur extraordinaire pour scs proph£tes, ct a portc a la vue dc tout le mondc ccs livres qui predisent Icur Messic, assurant toutes les nations qu'il dcvait venir, et en la maniere prcdite dans les livres qu'ils tenaient ouvcrts a tout le mondc. Et aitisi ce peuple, dcgu par Pavcnement ignoniinieux et pauvrc du MeVsic, ont etc scs plus cruels ennemis. DC sorte quc voila le peuple du mondc le moins suspect dc nous favoriser, ct le plus exact ct zili qui se puissc dire pour sa loi et pour ses prophetes, qui les portc incorrompus; dc sorte quc ccux qui ont rcjet6 ct crudfic J&us-Christ, qui leur a dte en scandale, sont ccux qui portent les livres qui temoignent de lui et qui disent qu?il sera rcjctd et
i * Cette phrase ray<5c par Pascal dc 1678 (cL xn).
recucillic dans l^dttion
394 P ENSUES / SECTION VIII
en scandale; de sorte qu'ils ont marque que c'etait
qui Font rejete, Tun et Fautre ayant ete predit.
419 Cest pout cela que les propheties ont un sens cache, le spirituel dont ce peuple &ait ennemi, sous le charnel, dont il etait ami. Si le sens spirituel cut ete decouvert, ils n'etaient pas capables de Taimer; et, ne pouvant le porter, ils n' eussent pas eu le scle pour la conservation de leurs livres et de leurs ceremonies; et, s'ils [avaient] aime ces promesses spirituelles, et qu'ils les eussent conserv&s incorrompues jusqu'au Messie, leur temoignage n'eut pas eu de force, puisqu'ils en eussent et£ amis.
Voila pourquoi il 6tait bon que le sens spirituel fut couvert; mais, d'un autre cot6, si ce sens cut ete tellement cache qu'il n'eiit point du tout para, il n'eut pu servir de preuve au Messie. Qu'a-t-il
420 done ete fait ? II a etd couvert sous le temporel en la foule des passages, et a &e decouvert si clairement en quelques-uns1; outre que le temps et Tdtat du monde ont iti pr^dits si ciairement qu'il est plus clair que le soleil; et ce sens spirituel est si chirement explique en quelques endroits, qu'il fallut un avcuglement parcfl a celui cjuc la chair jcttc dans 1'esprit quand il lui est assujetti, pour ne le pas rcconnaitre.
Voila done quelle a iti la conduitc de Dieu, Ce sens est couvert d'un autre en une infinitd d?endroits, ct ddcouvert en quelques-uns rarcmcnt, mais en telle sorte neanmoins que les Kcux oil il est cache sont dquivoques ct pcuvcnt convcnir aux deux; au lieu que les Heux ou il est ddcouvcrt sont
i. Ce premier st n'a pas dc consequent. Pascal avait d'abord cent yftl if est point... ; puis il a abandonne' sa phrase pour exprimcr une ia6e incidente (B.).
univoques, et ne peuvent convenir qu'au sens spiritueL
De sorte que cela ne pouvait induire en erreur, et qu'll n'y avait qu'un peuple aussi chamel qui s'y put meprendre.
Car quand les biens sont promts en abondance, qui les empechait d'entendre les veritables biens, sinon leur cupidite, <jui determinait ce sens aux biens de la terre ? Mais ceux qui n'avaient de bien qu'en Dieu les rapf>ortaient uniquement a Dieu. Car il y a deux principes qui partagent les volontes des hommes, la cupidite et la charite. Ce n'est pas que la cupidite ne puisse ctre avec la foi en Dieu, et que la charite ne soit avec les biens de la terre; mais la cupidite use de Dieu et jouit du monde; et la charit^ au contraire.
Or, la derniere fin est ce qui donne le nom aux choses. Tout ce qui nous empSche d'y arriver est appele ennemi. Ainsi les creatures, quoique bonnes, sont ennemies des justcs, quand elles les detournent de Dieu; ct Dieu memc est Tennetni de ceux dont il trouble la convoitise.
Ainsi le mot d^nncmi dependant de la dernicre fin, les justes entendaient par la leurs passions, et les charnels entcndaient les Babyloniens : et ainsi ces termes n^taient obscurs que pour les injustcs. Et c'est ce que dit isa'te : Siffia hgom in olectis mei^ l et que Jesus-Christ sera pierrc dc scandale2. Mais, « Bicnheureux, ceux cpi ne scront point scandalises en lui ! »3 Os^e,,^., le dit parfaitement : « pi est le sage ? et il entendra ce que jc dis. Les justes
1. Le texte de la Vulgatt est in stiscipulis weh : « Mcts Ic sceau dc la loi en mcs diaciplcs* » (VIII, 16*)