JOAN., VIII
saints vivaient en la foi; et Jacob, mourant et benissant ses enfants, s'ecrie, par un transport qui lui fait interrompre son discours : « J'attends, 6 mon Dieu ! le Sauveur que vous avez promis : Salutare tuum exspectabo, Domine^.y>
Les figyptiens etaient infectes et d'idolatrie^et de magie; le peuple de Dieu meme etait entraine par leurs exemples ; mais cependant Moise et d'autres croyaient celui qu'ils ne voyaient pas 2 et Tadoraient en regardant aux dons eternels qu'il leur preparait
Les Grecs, et les Latins ensuite, ont fait regner les fausses deites; les poetes ont fait cent diverses theologies; les philosophes se sont separes en mille sectes differentes; et cependant il y avait tou jours au cceur de la Judee des hommes choisis qui predisaient la venue de ce Messie, qui n?etait connu que d'eux.
II est venu enfin en la consommation des temps; et depuis on a vu naitre tant de schistnes et d'heresies, tant renverser d'fitats, tant de changements en toutes choses; et cette Eglise, qui adore Celui qui a toujours ete adore, a subsiste sans interruption. Et ce qui est admirable, incomparable et tout & fait divin, c'est que cette religion, qui a toujours dure, a toujouts ete combattue. Mille ibis die a 6t6 a la veille d'une destruction universelle; et toutes les fois qu'elle a ete en cet etat, Dieu Ta relev^e par des coups extraordinaires de sa puissance. C?est ce qui est etonnant, et qu?elle s'est maintenue sans fl^chir et ployer sous la volonte des tyrans. Car il n'est pas dtrange qu'un fitat subsiste, lorsquc Ton
i. Gen., XLIX, 18,
z. S. JEAN : « Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru. » XX, 29.
fait quelquefois ceder ses lois a la necessite, mais que... (Voyez le rond dans Montaigne1).
Les Etats periraient, si on ne faisait ployer sou- 283 vent les lois a la necessite. Mais jamais la religion n'a souffert cela, et n'en a use, Aussi il faut ces accommodements, ou des miracles, II n'est pas etrange qu'on se conserve en ployant, et ce n'est pas proprement se maintenir; et encore perissentils enfin entierement : il n'y en a point qui ait dure mille ans. Mais que cette religion se soit toujours maintenue, et inflexible, cela est divin.
On a beau dire, il faut avoucr que la religion 41 chretiennc a quelque chose d'etonnant. « Cest parce que vous y etes ne», dka-t-on. Taut s'en faut; je me roidis contre, par cette raison-la m^rne, de peur que cette prevention ne me suborne; mais, quoique j?y sois nc, jc ne laisse pas de le trouver amsi
L — Lc Messie a toujours dtd cru. La tradition d'Adam dtait encore nouvelle en No6 et en Moi'se* Les prophfetes Tont predit depuis, en pr^disant toujours aautres choses, dont les 6v<Snements, qui arrivaient de temps en temps £ la vue des hommcs, marquaient la veritd de leur mission, et
i. Lc rond est Tindication d'ua passage aucmel renvoie Pascal et qui serait le suivant, comme le pcnse navet : « Si est-ce que fa fortune, rdsetvant toujours son autoriti au-des$us de lios discours, tious pr6sente auicune fois la n&essiti si urgentej qu'il est besom que les lois lui fassertt quelque place. * (I, 22). (B,)
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par consequent celle de leurs ptomesses touchant le Messie. Jesus-Christ a fait des miracles, et les apotres aussi, qui ont convert! tous les paiens, et par la toutes les propheties etant accomplies, le Messie est prouve pour jamais.
77 PerpitmtL — Qu'on considere que, depuis le commencement du monde, Tattente ou 1'adoration du Messie subsiste sans interruption; qu'il s'est trouv6 des hommes qui ont dit que Dieu leur avait revele qu'il devait naitre un Redempteur qui sauverait son peuple; qu' Abraham est venu ensuite dire qu'il avait eu revelation qu'il naitrait de lui par un fils qu'il aurait; que Jacob a declare que, de ses douze enfants, il naitrait de Juda; que Moi'se et les prophetes sont venus ensuite declarer le temps et la mani&re de sa venue; qu'ils ont dit que la loi qu'ils avaient n'&ait qu'en attendant celle du Messie; que jusque-la elle serait perpetuelle, mais que Fautre durerait eternellement; qu^ainsi leur loi, ou celle du Messie, dont elle etait la promesse, serait toujours sur la terre; qu'en eflet elle a toujours dur£; qu'enfin est venu Jesus-Christ dans toutes les circonstances pr£dites. Cela est admirable.
214 Ced est eflectif. Pendant que tous les philosophes se separent en differentes sectes, il se trouve en un coin du monde des gens qui sont les plus anciens du monde, declarant que tout le monde est dans I'erreur, que Dieu leur a tivi\& la v£rit6, qu'elle sera toujours sur la terre. En effet, toutes les auttes sectes qessent, cdle-li dure toujours, et depuis 4000 ans» Us declarent qu'ils tiennent de leurs ancfitres que Thomme est dechu de h communication avec Dieu,
' SECTION IX ,|ry
dans un entier eloigncment dc Dieu, mais qu'il a promis de les racheter; que cette doctrine setait toujours sur la terre; que leut loi a double sens; que durant 1600 ans ils out eu des gens qu'ils ont crus prophetes, qui ont predit lc temps et la matuere; que 400 ans apres ils ont ete epars partout, parce que Jesus-Christ devait etre annonce partout; que Jesus-Christ est venu en la manierc et au temps predits; que depuis les Juifs sont epars partout, en malediction ct subsistant ncanmoins,
Je vois la religion chretienne fondec sur unc religion prec^dcnte, et void ce que je trouve tTeffecbX
Je ne parle point ici dcs miracles dc Molsc, dc Jesus-Christ et des apotres, parce qu'ils nc pataissent pas d'abord convaincants, et que ]c ne veux que mettre ici en evidence tous les fondements de cettc religion chretienne qui sont indubitables, ct qui ne pcuvent etre mis en doute par quclque personne que ce soit. Jl est certain que nous voyons en plusieurs endroits du monde un pcuplc particulier, scpare dc tous les autres pcuplcs du niondc, qui s'appellc lc peuplc jui£
Je vois done des faiseurs t de religions en plusieurs endroits du mondc ct dans tous les romps, mais elles n'ont ni la morale qui pcut me plaitre, ni les prcuves qui peuvent m'arretcr, ct qu'ainsi j'aurais refuse egalemeot et la religion de Mahomet, ct ccllc de k CSinc, et celle des ancicns Romains^ ct celle des figyptiens, par ccttc scule raisoti que Tune n'ayant point jplus [de\ marques de vdrite que Tautre., iii rien qui d6termin&t n&essairement, la raison ne peut pencher plut6t vers 1'une que vers Tautte,
Mais, en considerant ainsi cette inconstante et bizarre variete de moeurs et de creances dans les divers temps, je trouve en un coin du monde un peuple particulier, separe de tons les autres peuples de la terre, le plus ancien de tons, et dont les histoires precedent de plusieurs siecles les plus anciennes que nous ayons.
Je trouve done ce peuple grand et nombreux, sorti d'un seul homme, qui adore un seul Dieu, et qui se conduit par une loi qu'ils disent tenir de sa main. Us soutiennent qu'ils sont les seuls du monde auxquels Dieu a revele ses mysteres, que tous les hornmes sont corrompus et dans la disgrace de Dieu, qu'ils sont tous abandonnes a leurs sens et a leur propre esprit, et que de la viennent les etranges egarements et les changements continucls qui arriyent entre eux, et de religions, et de coutumes, au lieu qu'ils demeurent in^branlables dans leur conduite, mais que Dieu ne laissera pas &ernellement les autres peuples dans ces tenures, qu'il viendra un liberateur pour tous, qu'ils sont au monde pour Cannoneer aux hommes, qu'ils sont formds expres pour ^tre les avant-coureurs et les herauts de ce grand avenement, et pour appcler tous les peuples a s'unir a eux dans Tattente de ce Iib6rateur.
339 La rencontre de ce peuple m'etonne, et me semble digne de Tattention. Je consid^re cette loi qu'ils se vantent de tenir de Dieu, et je la trouve admirable, Cest la premiere loi de toutes> et de telle sotte qu'avant m6me que le mot de loi fut en usage parmi les Grecs, il y avait pr^s de mille ans qu'ils ravaient rejue et observe sans interruption. Ainsi je trouve etrange que la premiere loi du monde se rencouttc aussi la plus parfaite, en sortc quo les plus grands l^gislateurs en ont emprunt^ les leurs, cointiae il
parait par la loi des Douze Tables d'Athenes1, qui fut ensuite prise par les Remains, et comme il serait ais6 de le montrer, si Josephe2 et d'autres n'avaient assez traite cette matiere*
Avantages du peuple jfdf. — Dans cette recherche, 297 le peuple juif attire d'abord mon attention par quantite de choses admirables et singulieres qui y paraissent
Je vois d'abord que c'est un peuple tout compose de freres, et, au lieu que tous les autres sont formes de ^assemblage d'une infinite de families, celui-ci, quoique si etrangement abondant, est tout sorti d'un sed homme, et, &ant ainsi tous une m£me chair, et membres les uns des autres, [Us] composent un puissant Etat d'une seule famille. Cela est unique.
Cette famille, ou ce peuple, est le plus ancien qui soit en la connaissance des hommes; ce qui me semble lui attirer une vendration particuliere, et principalement dans la recherche que nous faisons, puisque, si Dieu s'est de tout temps communique aux hommcs, c'est & ceux-ci qu'il faut recourir pour en savoir la tradition.
Ce peuple n'est pas seulement considerable par son antiquit^ ; mais il est encore singulier en sa dur^e, qui a tou jours continue depuis son originc jusqu'a maintenant Car au lieu que les pcuples de Gr£ce et dltalie, dc Lacdddmonc, d?Athenes, de Rome, et les autres qui sont venus si longtemps apris,
1. II n'y a pas dc loi des Dcnm Tables a Athencs ; il est probable que Pascal cite de mdmoire Grotius : « Ces tr£s ancienncs lois de 1'Atlique, dont les lois tomaincs ont <St6 tirces dans la suite, doivent lour origine aux lois de Moi'sc, » (1, 15).