T- S. MATCH., XXVI, 38, MARC, XIV
pout mon Dieu et mon pere, qui s'est Iivr6 pour mon propre salut, et qui a port£ en sa personne la peine de mes iniquites ? II est juste. Seigneur, que vous ayez interrompu une joie aussi criminelle que celle dans laquelle je me reposais a Pombre de la mort.
Oteis done de moi,Seigneur, la tristesse que Tamour de moi-meme me pourrait donner de mes propres souffrances, et des choses du monde qui ne reussissent pas au gre des inclinations de mon cceur, qui ne regardent pas votre gloke; mais mettez en moi une tristesse conforme a la votre. Que mes soufirances servent a apaiser votre colere. Faites-en une occasion de mon salut et de ma conversion, Que je ne souhaite desormais de sant6 et de vie qu'afin de Temployer et la finir pour vous, avec vous et en vous. Je ne vous demande ni sante, ni maladie, ni vie, ni mort; mais que vous disposiefc de ma sante et de ma maladie, de ma vie et de ma mort, pour votre gloke, pour mon salut et pour Tutilitd de rfiglise et de vos Saints, dont j'espere par votre grace fake une portion. Vous seul saves ce qui m'est expedient : vous £tes le souverain maitre, faites ce que vous voudres;. Donnefc-moi, dtez-moi; mais conformed ma volonte a la votre; et que, dans une soumission humble et parfaite et dans une sainte confiance, je me dispose & recevok les ordres de votre providence £ternelle, et que j'adore 6galement tout ce qui me vient de vous.
Faites, mon Dieu, que dans une uniformite d'esprit toujours egale je re$oive toute sotte d'evenements, puisque nous ne savpns ce que nous devons demander, et que je n'en puis souhaiter I'unplutot quel'autre sans presbmption, et sans me rendre juge et responsable des suites que votre sagesse a voulu justement me cacher. Seigneur, je sais que je ne sais qu'une chose : c'est qu il est bon de vous suivre, et qu'il est mauvais de vous offenser. Apr£s cela je ne sais lequd est le meilleut ou le pire en toutes choses. Je ne sais lequel m'est profitable de la sante ou de la maladie, des biens ou de la pauvrete, ni de toutes les choses du monde. Cest un discernement qui passe la force des homtnes et des Anges, et qui est cache dans les secrets de votre providence que j'adore et que je ne veux pas approfondk.
Faites done, Seigneur, que tel que je sois je me conforme a votre volonte; et qu'etant malade comtne je suis, je vous glorifie dans mes soufFrances. Sans elles je ne puis arriver a la gloire; et vous-meme, mon Sauveur, n'y avez voulu parvenir que par elles. Cest par les marques de vos souffrances que vous avez et6 reconnu de vos disciples; et c'est par les souffrances cjue vous reconnaissez aussi ceux qui sont vos disciples. Reconnaissez-moi done pour votre disciple dans les maux que j 'endure et dans mon corps et dans mon esprit pour les offenses que j'ai commises. Et, parce que nen n'est agr&ble a Dieu s'il ne lui est offert par vous, unissefc ma volonte
a la votre, et mes douleurs a celles que vous aves souffertes. Faites que les miennes deviennent les votres. Unissez-moi a vous; remplissez-moi de vous et de votre Esprit Saint. Entrez dans mon cceur et dans mon ame, pour y porter mes souffrances, et pour continuer aendurer en moi ce qui vous reste a souffrir de votre Passion, que vous acheves dans vos membres jusqu'a la consommation parfaite de votre Corps1; afin qu'&ant plein de vous ce ne soit plus moi cpii vive et qui souffre, mais que ce soit vous qui viviez et qui souffriez en moi 2, 6 mon Sauveur ! et qu'ainsi, ayant quel^ue petite part & vos souffrances, vous me remplissiez entierement de la gloire qu^elles vous ont ac^uise, dans laquelle vous vivez avec le P£re et le Saint-Esprit, par tons les siecles des siecles. Ainsi soit-il.
1, Cf. S. PAUL, Co/., I, 24.