Cf. Penste
bUR. LES PASSIONS BE I/ AMOUR 73
II est de ramour comme du bon sens ; comme Pon croit avoir autant d'esprit qu'un autre, on croit aussi aimer de meme. N£anmoins quand on a plus de vue, Ton aime jusques aux moindres choses, ce qui n'est pas possible aux autres. II faut etre bien fin pour remarquer cette difference a.
L'on ne peut presque faire semblant d'aimer que Ton ne soit bien pr&s d'etre amant, ou du moins que 1'on n'aime en quelque endroit; car il faut avoir Fesprit et les pens^es de Tamour pour ce semblant, et le moyen d'en bien parler sans cela? La v&ite des passions ne se d^guise pas si aisement que les yeritds s£rieuses. II faut du feu, de 1'activite et un jeu d'esprit naturel et prompt pour la premiere; les autres se cachent avec la lenteur et la souplesse, ce qu'il est plus ais£ de faire.
Quand on est loin de ce que Ton aime, Ton prend la resolution de fake et de dire beaucoup de cnoses; mais quand on est pr£s, Ton est irresolu. D'ou vient cela ? Cest que quand I9 on est loin la raison n'est pas si £branlee, mais elle Test £trangement a la presence de 1'objet : or, pour la resolution il faut de la fermet6, qui est ruin6e par T^branlement
Dans Tamour on n'ose hasarder parce que Ton craint de tout perdre : il faut pourtant avancer, mais qui peut dire jusques ou? I/ on tremble toujours jusques a ce que 1'on ait trouv^ ce point. La prudence ne fait rien pour s'y maintenir quand on Ta trouv^.
II n'y a rien de si embarrassant que d'etre amant, et de voir quelque chose en sa faveur sans Toset
i. Cf. le d£but du Discours de la mithode (sut le bon sens) et la Pens fa i (sur la liaison entre « finesse » et « bonne vue »).
croire : Ton est egalement combattu de Tesperance et de la crainte. Mais enfin, la derntere devient victorieuse de Tautre.
Quand on aime fortement, c'est toujours une nouveaute de voir la personne aimee. Apres un moment d'absence on la trouve de manque dans son cceur. Quelle joie de la retrouver ! Ton sent aussitot une cessation d'inquietudes. II faut pouttant que cet amour soit d^ja bien avance; car quand il est naissant et que Ton n'a fait aucun progres, on sent bien une cessation d'inqui&udes, mais n en survient d^autres.
Quoique les maux [se] succedent ainsi les uns aux autres, on ne laisse pas de souhaiter la presence de sa maitresse par Tesperance de moins souflFrir; cependant quand on la voit, on croit souffrir plus qu^auparavant. Les maux passes ne frappent plus, les presents touchent, et c'est sur ce qui touche que Ton juge* Un amant dans cet etat n'est-il pas digne de compassion?
Pritre pour demander a Dm le bon usage des maladies.
Seigneur, dont I'esprit est si bon et si doux en toutes choses, et qui etes tenement mis&icordieux que non seulement les prosperity mais les disgraces m£mes qui arriyent a vos £lus sont les effets de votre rnisericorde, faites-moi la grace de n'agir pas en paien dans 1'etat ou votre justice m'a feduit : que comme un vrai chr^tien je YOUS reconnaisse pour mon p^re et pour mon Dieu, en quelque dtat que je me trouve, puisque le changement de ma condition n'en apporte pas a la votre, que vous Stes toujours le meme, quoique je sois sujet au changement, et que vous n'gtes pas moins Dieu quand vous affligez et quand vous punissez, que quand vous consoles et que vous usez d'indulgence.
Vous m'aviez donn6 la sant6 pour vous servir, et j'en ai fait un usage tout profane. Vous m'envoyez maintenant la maladie pour me corriger : ne permettez pas que fen use pour vous irriter par mon
j6 OPUSCULES
impatience. J'ai mal use de ma sante, et vous m'en avez justement puni : ne souffrez pas que fuse mal de votre punition. Et puisque la corruption de ma nature est telle qu'elle me rend vos faveurs pernicieuses, faites, 6 mon Dieu ! que votre grace toutepuissante me rende vos chatiments salutaires. Si j'ai eu le coeur plein de 1'affection du monde pendant qu'il a eu quelque vigueur, aneantissez cette vig;ueur pour mon salut; et rendez-moi incapable de jouir du monde, soit par faiblesse de corps, soit par zele de charite, pour ne jouir que de vous seul.
O Dieu, devant qui je dois rendre un compte exact de toutes mes actions a la fin de ma vie et & la fin du monde ! O Dieu, qui ne laissez subsister le monde et toutes les choses du monde que pour exercer vos elus, ou pour punir les pecheurs ! O Dieu, qui laissez les pecheurs endurcis dans Tusage delicieux et criminel du monde 1 O Dieu, qui faites mourir nos corps, et qui, a 1'heure de la mort, detachez notre ame de tout ce qu'elle aimait au monde ! O Dieu, qui m'arracherez, a ce dernier moment de ma vie, de toutes les choses auxquelles je me suis attach^, et ou j?ai mis mon cceur ! O Dieu, qui devez consumer au dernier jour le ciel et la terre et toutes les creatures qu'ils contiennent, pour montrer a tous les hommes que rien ne subsiste que vous, et qu'ainsi rien n'est digne d'amour que vous, puisque rien n'est durable que vous ! O Dieu, qui devez d&ruire toutes ces yilaines idoles et tous ces funestes pbjets de nos passions ! Je vous loue, mon Dieu, et je vous b&iirai tous les jours de ma vie, de ce qu'il vous a plu pr^venir en ma faveur ce jour £pou~
vantable, en detruisant a mon egard toutes choses, dans I'affaiblissement ou vous m'avez r^duit. Je vous loue, mon Dieu, et je vous benirai tous les jours de ma vie, de ce qu'il vous a plu me reduire dans rincapacit6 de jouir des douceurs de la sante et des plaisirs du monde, et de ce que vous avez an&nti en quelque sorte, pour mon avantage, les idoles trompeuses que vous aneantirez effectivement pour la confusion des m&rhants, au jour de votre colere. Faites, Seigneur, que je me juge moi-meme ensuite de cette destruction que vous avez faite a mon egard, afin que vous ne me jugiez pas vousmeme ensuite de Tenti^re destruction que vous ferez de ma vie et du monde. Car, Seigneur, comme a Tinstant de ma mort je me trouverai s6par6 du monde, denu6 de toutes choses, seul en vbtre presence, pour repondre a vptre justice de tous les mouvements de mon coeur, faites que je me considere en cette maladie comme en une espece de mort, separe du monde, denue de tous les objets de mes attachements, seul en votre presence, pour itnplorer de votre misericorde la conversion de mon coeur; et qu'ainsi j'aie une extreme consolation de ce que vous m'envoyez maintenant une espece de mort pour exercer votre mis^ricorde, avant que vous m'envoyiez effectivement la mort pour exercer votre jugement. Faites done, 6 mon Dieu, que comme vous avez prevenu ma mort, je previenne la rigueur de votre sentence^ et que je m'examine moi-m£me avant votre jugement, pour trouver misericorde en votre presence.
Faites, 6 mon Dieu ! que j 'adore en silence 1'ordre de votre providence adorable sur la conduite de ma
vie; que votre fleau me console; et qu'ayant vecu dans Tamettume de mes peches pendant la paix, je goute les douceurs celestes de votre grace durant les maux salutaires dont vous m'affligez ! Mais je reconnais, mon Dieu, que mon coeur est tellement endurci et plein des idees, des soins, des inquietudes et des attachements du monde, que la maladie non plus que la sante, ni les discours, ni les livres, ni vos Ecritures sacrees, ni votre Evangile, ni vos mysteres les plus saints, ni les aumones, ni les jeunes, ni les mortifications, ni les miracles, ni Fusage des Sacrements, ni le sacrifice de votre corps, ni tous mes efforts, ni ceux de tout le monde ensemble, ne peuvent rien du tout pour commencer ma conversion, si vous n'accompagnes toutes ces choses d'une assistance tout extraordinaire de votre grace. Cest pourquoi, mon Dieu, je m'adresse a vous, Dieu toutpuissant, pour vous demander un don que toutes les creatures ensemble ne peuvent m'accorder. Je n'aurais pas la hardiesse de vous adresser mes cris, si quelque autre pouvait les exaucer. Mais, mon Dieu, comme la conversion de mon coeur, que je vous demande, est un ouvrage qui passe tous les efforts de la nature, je ne puis m'adresser qu'a Tauteur et au maJtre toutpuissant de la nature et de mon coeur. A qui crierai-je, Seigneur, a qui aurai-je recours, si ce n'est a vous ? Tout ce qui n'est pas Dieu ne peut pas remplir mon attente. Cest Dieu meme que je demande et que je cherche; et c'est a vous seul, mon Dieu, que je m'adresse pour vous obtenir. Ouvrez mon coeur, Seigneur; entrez dans cette place rebelle que les vices ont occupde. Us la tiennent sujette; entrez-y comme dans la maison du fort1; mais lies; auparavant
x. S. MARC, III, 27.
le fort et puissant ennemi qui la maitrise, et prenez ensuite les tresors qui y sont. Seigneur, prenez mes affections que le monde avait voices; volez vousm&ne ce tresor, ou jplutot reprenez-le, puisque c'est a vous cju'il appartient, comme un tribut que je vous dois, puisque votre image y est empreinte1 1 Vous Ty aviez formee, Seigneur, au moment de mon bapteme qui est ma seconde naissance; mais elle est tout effacee. L'idee du monde y est tellement gravee, que la votre n'est plus connaissable. Vous seul avez pu creer mon Sme; vous seul pouvez la creer de nouveau; vous seul y avez pu former votre image, vous seul pouvez la reformer, et y reimprimer votre portrait efface, c'est-a-dire Jesus-Christ mon Sauveur, qui est votre image et le caractere de votre substance.
O mon Dieu ! qu'un cceur est heureux qui peut aimer un objet si charmant, qui ne le deshonore point et dont Tattachement liii est si salutaire ! Je sens que je ne puis aimer le monde sans vous deplaire, sans me nuire et sans me deshonorer; et neanmoins le monde est encore Fobjet de mes delices. O mon Dieu ! qu'une ame est heureuse dont vous fetes les delices, puisqu'elle peut s'abandonner a vous aimer, non seulement sans scrupule, mais encore avec merite ! Que son bonheur est ferme et durable, puisque son attente ne sera point frustr^e, parce que vous ne seres; jamais d£truit, et que ni la vie ni la mort ne la separeront jamais de Tobjet de ses desks; et que le meme moment, qui entrainera
i. S. MATTH., XXH, 20-21; MARC, XII, 16-17; Luc, XX, 24-25.
les mediants avec leurs idoles dans une mine commune, unira les justes avec vous dans une gloire commune; et que, comme les uns p&iront avec les objets perissables auxquels ils se sont attaches, les autres subsisteront eternellement dans Fob jet eternel et subsistant par soi-meme auquel ils se sont etroitement unis ! Oh 1 qu'heureux sont ceux qui avec une liberte entiere et une pente invincible de leur volonte aiment parfaitement et librement ce qu'ils sont obliges d'aimer necessairement !
Achevez, 6 mon Dieu, les bons mouvements que vous me donnez. Soyez-en la fin comme vous en £tes le principe. Couronnez vos propres dons; car je reconnais que ce sont vos dons. Oui, mon Dieu : et, bien loin de pretendre que mes prieres aient du m^rite qui vous oblige de les accorder de n&ressite, je reconnais tr&s humblement qu'ayant donne aux creatures mon coeur, que vous n'avies; forme que po;ur vous, et non pas pour le monde, ni pour moim^me, je ne puis attendre aucune grace que de votre nusericorde, puisque je n'ai rien en moi qui vous y puisse engager, et que tous les mouvements naturels de mon cceur, se portant vers les creatures ou vers moi-mSme, ne peuvent que vous irriter. Je vous rends done graces, mon Dieu, des bons mouvements que vous me donnes, et de celui meme que vous me donnez de vous en rendre graces*
Touches mon coeur du repentir de mes fautes, puisque, sans cette douleur int&ieure, les maux
exterieurs dont vous touches mon corps me seraient une nouvelle occasion de peche. Faites-moi bien connaitre que les maux du corps ne sont autre chose que la punition et la figure tout ensemble des maux de Tame. Mais, Seigneur, faites aussi qu'ils en soient le remede, en me faisant considerer, dans les douleurs que je sens, celle que je ne sentais pas dans mon ame, quoique toute malade et couverte d'ulceres. Car, Seigneur, la plus grande de ses maladies est cette insensibility et cette extreme faiblesse qui lui avait 6t6 tout sentiment de ses propres miseres. Faites-les-moi sentir vivement, et que ce qui me reste de vie soit une penitence continuelle pour layer les offenses que j'ai commises.
P Seigneur, bien que ma vie passee ait ete exempte de grands crimes, dont vous avez eloigne de moi les occasions, elle vous a ete neanmoins tres odieuse par sa negligence continueUe, par le mauvais usage de vos plus augustes sacrements, par le mepris de votre parole et de vos inspirations, par Toisivet6 et rinutilite totale de mes actions et de mes pensees, par la perte enttere du temps que vous ne m'aviei donn^ que pour vous adorer, pour rechercher en toutes mes occupations les moyens de vous plaire, et pour faire penitence des fautes qui se commettent tous les jours, et qui meme sont ordinaires aux plus justes, de sorte que leur vie doit ^tre une penitence continuelle sans laquelle Us sont eti danger d!e d&hoir de leur justice. Ainsi, mon Dieu, je vous ai toujouts et6 contraire,
Oui, Seigneur, juscju'ici j'ai toujours etc sourd a vos inspirations; j'ai meprise vos oracles; j'ai juge au contraire de ce que vous jugez; j'ai contrecut aux saintes maximes que vous avez apportees au monde du sein de votre Pere eternel, et suivant lesquelles vous jugerez le monde. Vous dites : « Bienheureux sont ceux qui pleurent, et malheur a ceux qui sont consoles * ! » Et moi j'ai dit : « Malheureux ceux qui gemissent, et tres heureux ceux c[ui sont consoles ! » J'ai dit : « Heureux ceux qui jouissent d'une fortune avantageuse, d'une reputation glorieuse et d'une sante robuste ! » Et pourquoi les ai-je reputes heureux, sinon parce cjue tous ces avantages leur fournissaient une facifite tres ample de joiiir des creatures, c'est-a-dire de vous offenser ? Oui, Seigneur, je confesse que j'ai estime la sante un bien, non pas parce cju'elle est un moyen facile pour vous servir avec utilite, pour consommer plus de soins et de veilles a votre service, et pour r assistance du prochain; mais parce qu'a sa faveur je pouvais m'abandonner avec moins de retenue dans Tabondance des delices de la vie, et en mieux gouter les funestes plaisirs. Faites-moi la grice, Seigneur, de reformer ma raison corrompue, et de conformer mes sentiments aux votres. Que je m'estime heureux dans Taffliction, et que, dans Timpuissance d'agk au dehors, vous purifiiez tellement mes sentiments qu'ils ne r^pugnent plus aux vdtres; et qu'ainsi je vous trouve au dedans de moimeme, puisque je ne puis vous chercher au dehots a cause de ma faiblesse. Car, Seigneur, votre Royaume
i. S, Luc, VI, 21, 24; C£ MATTH., V, 5-
est dans vos fideles; et je le trouverai dans moimeme, si j'y trouve votre Esprit et vos sentiments.
Mais, Seigneur, que ferai-je pour vous obliger a repandre votre Esprit sur cette miserable terre? Tout ce que je suis vous est odieux, et je ne trouve rien en moi qui vous puisse agreer. Je n'y vois rien, Seigneur, que mes seules douleurs qui ont quelque ressemblance avec les votres. Considered done les maux que je souffre et ceux qui me menacent, Voyes d'un ceil de misericorde les plaies que votre main m'a faites, 6 mon Sauveur, qui avez aime vos souffrances en la mort ! 6 Dieu, qui ne vous etes fait homme que pour souffrir plus qu'aucun homme pour le salut des hommes !' 6 Dieu, qui ne vous £tes incarne apres le peche des hommes et qui n'avez pris un corps que pour y souffrir tous les maux que nos peches ont merits ! 6 Dieu, qui aimez tant les corps qui souffrent, que vous avez choisi pour vous le corps le plus accable de souffrances qui ait jamais ete au monde ! Ayez agreable mon corps, non pas pour lui-meme, ni pour tout ce qu'il contient, car tout y est digne de votre col£re, mais pour les maux qu'il endure, qui seuls peuvent ^tre dignes de votre amour. Aimez mes souffirances, Seigneur, et que mes maux vous inyitent a me visiter. Mais, pour achever la preparation de votre demeure, faites, 6 mon Sauveur, que si mon corps a cela de commun avec le votre, qu'il souffire pour mes offenses, mon ame ait aussi cela de commun avec la votre, qu'elle soit dans la tristesse pour les memes offenses; et qu'ainsi je souffre avec vous, et comme vous, et dans mon corps et dans mon ame, pour les peches que j'ai commis.
Faites-moi la grace, Seigneur, de joindre vos consolations a mes souffrances, afin que je souffre en Chretien. Je ne demande pas d'etre exempt des douleurs; car c'est la recompense des Saints : mais je demande de n'Stre pas abandonne aux douleurs de la nature sans les consolations de votre Esprit; car c'est la malediction des Juifs et des Pai'ens. Je ne demande pas d'avoir une plenitude de consolation sans aucune souffrance; car c'est la vie de la gloire. Je ne demande pas aussi d'etre dans une plenitude de maux sans consolation; car c'est un etat de Judaisme. Mais je demande, Seigneur, de ressentir tout ensemble et les douleurs de la nature pour mes pechds, et les consolations de votre Esprit par votre grdce; car c'est le veritable £tat du Cnristianisme. Que je ne sente pas des douleurs sans consolation; mais que je sente des douleurs et de la consolation tout ensemble, pour arriver enfin a ne sentir plus que vos consolations sans aucune douleur. Car, Seigneur, vous ave2 laisse languir le monde dans les souffrances naturelles sans consolation, avant la venue de votre Fils unique : vous consoles maintenant et vous adoucissez les souffrances de vos fiddles par la grace de votre Fils unique : et vous comblez d'une beatitude toute pure vos saints dans la gloire de votre Fils unique. Ce sont les admirables degr£s par lesquels vous conduisez vos ouvrages. Vous m'avez tir£ du premier : faitesmoi passer par le second, pour arriver au troisi£me. Seigneur, c'est la grace que ;je vous demande.
Ne permettez pas cjue je sois dans un tel eloignement de vous, que je puisse considerer votte ame triste jusqu'a la mort1, et votre corps abattu pat la mort pour mes propres pech&, sans me rejouir de souffrir et dans mon corps et dans mon ame. Car qu'y a-t-il de plus honteux, et n^anmoins de plus ordinaire dans les Chretiens et dans moi-meme, que, tandis que vous suez le sang pour 1'expiation de nos offenses, nous vivons dans les delices; et que des Chretiens qui font profession d'etre a vous, que ceux qui par le bapteine ont renoncd au monde pour vous suivre, que ceux qui ont jure solennellement a la face de Tfiglise de vivre et de mourir avec vous, que ceux qui font profession de croire que le monde vous a persecute et crucifie, que ceux qui croient que vous vous fetes expose a la colere de Dieu et i la cruaut6 des hommes pour les racheter de leurs crimes; que ceux, dis-je, qui croient toutes ces verites, qui considerent votre corps comme Thostie qui s'est livree pour leur salut, qui consid^rent les plaisirs et les pech6s du monde comme 1'unique sujet de vos souffrances, et le monde meme comme votre bourreau, recherchent a flatter leurs corps par ces m£mes plaisirs, parmi ce mfeme monde; et gue ceux qui ne pourraient, sans fremir d'horreur, voir un homme caresser et cherir le meurtrier de son p£re qyii se serait Iivr6 pour lui donner la vie, puissent vivre comme j'ai jEait, avec une pleine joie, parmi le monde que je sais avoir et£ v^ritablement le meurtrier de celui que je reconnais