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5. PJ*. XXVIII, 1 6. — Ces trois derniires lignes ne figurent pas sur le papier autographe de la BibliotbSque Nationale, mais sur la copie qu'E. Perier fit du garchermn aujourd'hui perdu, en notant qu'on n'a pu voir distinctement que certams mots de cette fin.
Entretien avec M. de Sad sur Epictete et Montaigne.
M. Pascal vint aussi, en ce temps-la, demeurer a Port-Royal-des~Champs. Je ne m'arrSte point a dire qui etait cet homme, que non seulement toute la France, mais toute TEurope a admire. Son esprit toujours vif, toujours agissant, etait d'une dtendue, d'une elevation, d'une fermet6, d'une penetration et d'une nettet£ au dela de ce qu?on peut croire... Cet homme admirable, enfin, etant touche de Dieu, soumit cet esprit si eleve au joug de Jesus-Christ, et ce coeur si noble et si grand embrassa avec humilite la penitence. II vint a Paris se Jeter entre les bras de M. Singliti, resolu de faire tout ce qu'il lui ordonnerait. M. Singlin crut, en voyant ce grand genie, qu'il ferait bien de Tenvoyer a Port-Royal-des-Champs, ou M. Arnauld lui preterait le collet en ce qui regarde les autres sciences, et ou M. de Saci lui apprendrait a les mepriser. II vint done demeurer a Port-Royal. M. de Saci ne put se dispenser de le voir par honnetete, surtout en ayant ete prie par M. Singlin; mais les lumieres saintes qu?il trouvait dans PEcriture et dans les Peres lui firent esperer qu'il ne serait point ^blpui de tout le brillant de M. Pascal, qui charmait ndanmoins et qui enlevait tout le monde.
II trouvait en effet tout ce qu'il disait fort juste. II avouait avec plaisir la force de son esprit et de ses discours. Mais il n'y ayait rien de nouveau : tout ce que M. Pascal lui disait de grand, il 1'avait vu avant lui dans saint Augustin; et faisant justice a tout le monde, il disait : « M. Pascal est extremement estimable en ce <jue, n'ayant point lu les Peres de 1'Eglise, il avait de lui-meme, par la penetration de son esprit, trouve les m£mes vdtites qu'ils avaient trouvees. II les trouve surprenantes, disait-il, parce qu'il ne les a vues en aucun endroit; mais pour nous, nous sommes accoutumes a les voir de tous cotes dans nos Uvres. » Ainsi, ce sage ecclesiastique trouvant que les anciens n'avaient f>as moins de lumtere que les nouveaux, il s'y tenait; et estimait beaucoup M. Pascal de ce qu'il se rencontrait en toutes choses avec saint Augustin.
La conduite ordinaire avec M. de Saci, en entretenant les gens, etait de proportionner ses entretiens a ceux a qui il parlait, S'fl voyait, par exemple, M. Champagne1, il parlait avec lui de la peinture. S'il voyait M. Hamon2, il Tentretenait de la m^decine, S'il voyait le chirurgien du lieu, il le questionnait sur la chirurgie. Ceux gui cultivaient ou la vigne, ou les arbres, ou les grains, lui disaient tout ce qu'il y fallait observer. Tout lui servait pour passer aussitdt a Dieu, et pour y faire passer les autres. II crut done devoir mettre M. Pascal sur son fonds, et lui
Earler des lectures de philosophic dont il s'occupait 5 £lus. II le mit sur ce sujet aux premiers entretiens qu'ils eurent ensemble. M. Pascal lui dit que ses
i. Philippe de Champaigne a Iaiss6 le portrait de la plupart des Solitaires, et de sa fille religieuse aupr^s de la M&xe Agn&s. z. « M^decin des corps et des Smes » (SAINTE-BEUVE, Porf* oyal, t IV, p. 287).
hNTRETIEN AVEC M. DE SACI 93
deux livres les plus ordinaires avaient et6 fipictete et Montaigne, et il lui fit de grands eloges de ces deux esprits. M. de Saci, qui avait toujours cru devoir peu lire ces auteurs, ptia M. Pascal de lui en parler a fond.
« fipictete, lui dit-il, est un des philosophies du monde qui ait mieux connu les devoirs de Thomme. II veut, avant toutes choses, qu'il regarde Dieu comme son principal objet; qu'il soit persuade qu'il gouverne tout avec justice; (ju'il se soumette a lui de bon cceur, et qu'il le suive volontairement en tout, comme ne faisant rien qu'avec une tr£s grande sagesse : qu'ainsi cette disposition arrStera toutes les plaintes et tous les murmures, et prdparera son
« est mort, je Tai rendu. Ma femme est morte, je 1'ai « rendue2 ». Ainsi des biens et de tout le reste. « Mais « celui qui me Tote est un mediant homme », ditesvous. De quoi vous mettez-vous en peine par qui celui qui vous Ta prete vous le redemande ? Pendant qu'il vous en permet Tusage, ayez-en soin comme a un bien qui appartient a autrui^ comme tin 'homme qui fait voyage se regarde dans une h6tellerie. Vous ne devez pas, dit-il3, d^sirer que ces choses qui se font se fassent comme vous le voulez; mais vous devez voulok qu'elles se fassent comme elles se font. Souvenez-vous, dit-il aiUeurs 4, que vous etes ici comme un, acteur, et que vous jouez le personnage d'une com^die> tel qu'il plait au mattre
i. Manuel, ch. 36.
z. Citations d'apr^s la traductton de dom Goulu (1609), ch. xrv (= ch. n de nos Editions).
3, Ibta.9 ch. xii (= 8).