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2. Le livre I du Traitt de la Sagesse de Charron « cpi est la connaissance de soi et de IJtumaine condition a cteveloppe la formule socratique. *"
Deux infinis, milieu1. — Quand on lit trop vite 23, 439 ou trop doucement, on n'entend rien.
Nature nep... 2 — [La nature nous a si bien mis no au milieu que si nous changeons un cote de la balance, nous changeons aussi Pautre: Je fesons,%pa trekei*. Cela me fait croire qu'il y a des ressorts dans notre tete, qui sont tellement disposes que qui touche Tun touche aussi le contraire.]
Trop et trop peu de yin : ne lui en donnez pas, 23 il ne peut trouver la v&ite; donnezJui en trop, de m&ne.
Disproportion de I* famine. — [Voila ou nous menent 347 les connaissances naturelles.
Si celles-la ne sont veritables il n'y a point de v&ite dans rhomme; et si dies le sont, il y trouve un grand sujet d'humiliation, force a s'abaisser d'une ou d'autre mani^re.
Et, puisqu'il ne peut subsister sans les croire, je souhaite, avant que d'entrer dans de plus grandes recherches de la nature, qu'il la considere une fois
1. Cette pens6e est repetde deux fois dans le manuscrit, la seconde fojis seulement avec le titre qui est indique (B.).
2. Le papier est coup6 : Le sens est que la 'Katun ne peut s'arre'ter aux extttoes (B.).
3. Tandis que le patois ficanjais joint un verbe au pluriel au sujet singulier, le grec apres le sujet au pluriel neutre met le verbe au singuher : IJoSa TP^XSI : les animaux courent (Iitt6raletnent : court].
serieusement et a loisir, qu'il se regarde aussi soimeme, et connaissant quelle proportion il y a...] Que 1'homme contemple done la nature entiere dans sa haute et pleine majeste1, qu'il eloigne sa vue des objets has qui Tenvironnent; qu'il regarde cette eclatante lumiere, mise comme une lampe eternelle pour eclairer 1'univers, que la terre lui paraisse comme un point au prix du vaste tour que cet astre decrit et qu'il s'etonne de ce que ce vaste tour lui-meme n'est qu'une pointe tres delicate a Tegard de celui que ces astres qui roulent dans le firmament embrassent2. Mais si notre vue s'arr£te la, que ^imagination passe outre; die se lassera plutot de concevoir, que la nature de fournir. Tout ce monde visible n'est qu'un trait imperceptible dans 1'ample sein de la nature. Nulle idee n'en approche. Nous avons beau enfler nos conceptions, au dela des espaces imaginables, nous n'enfantons que des atomes, au prix de la realite des choses. Cest une sphere infinie dont le centre est partout, la circonference nulle part3. Enfin c'est le plus grand caract&re sensible de la toute-puissance de Dieu, que notre imagination se perde dans cette pensde.
1. Cf. MONTAIGNE, I, 25 : « qui se presence coinme dans un tableau cette grande image de notre mere Nature en son entiere majeste,,... celui-lk seul estime les choses selon leur juste grandeur ».
2. C£ MONTAIGNE, II, iz : « la lunuere eternelle de ces flambeaux roulant si fierement sur sa tete ». Pascal parle encore comme si la terre etait fixe au centre du monde (cf. Pens fa zi8); mais les lunites de celui-ci ont 6t6 ind6finiment reculees par la d&rouverte de la <c lunette d'approche » (1610) que Pascal c61£bre dans le fragment d*m Traiti du vide (ed, Brunschvicg minor p. 81).
3. Formule c61febre, souvent attribuee a Hermes Trism6giste, en jparticulier dans k Prtface de Mile de Gournay aux Essais. (Dans Ted. Brunschvicg, infinie est considers comma barr6).
Que rhomme, etant revenu a soi, consid£re ce 348 qu'il est au prix de ce qui est; qu'il se regarde comme 6gare dans ce canton detourne de la nature; et que de ce petit cachot ou il se trouve loge1, fentends Tunivers, il apprenne a estimer la terre, les royaumes, les villes et soi-m£me son juste prix.
Qu'est-ce qu'un homme dans rinfini?
Mais pour lui presenter un autre prodige aussi etonnant, qu'il recherche dans ce qu'il connait les choses les plus delicates. Qu'un ciron lui offre dans la petitesse de son corps des parties incomparablement plus petites, des jambes avec des jointures, des veines dans ses jambes, du sang dans ses veines, des humeurs dans ce sang, des gouttes dans ses humeurs, des vapeurs dans ces gouttes2; que, divisant encore ces dernieres choses, il epuise ses forces en ces conceptions, et que le dernier objet ou il peut arriver soit maintenant celui de notre discpurs; il pensera peut-etre que c'est la Textreme petitesse de la nature. Je veux lui fake voir la dedans un abime nouveau. Je lui veux pdndre non seulement Tunivers visible, mais Timmensite qu'on peut concevoir de la nature, dans Tenceinte de ce raccourci d'atome. Qu'il y voie une infinite d'univers, dont chacun a son firmament, ses planetes, sa terre, en la meme proportion que le monde visible; dans cette terre, des animaux, et enfin des ckons, dans lesquels il retrouvera ce que les premiers ont donne; ct trouvant encore dans les autres Ja m£me chose
1. Cf. MoNTAioisGb, II, iz. \ <c Tu tte vois que Tordre ct la police de ce petit caveau oft tu es loge... Cette piece n'est rien au ,pnx du tout. »
2. Cf. Pensfc 266. E, JOVY (Pascal et SUbon, Paris^ 1927, p. 59-63) a tapprpch6 ce texte des d6veloppements de Sillion sur les divisions imperceptibles des organes des
351 sans fin et sans repos, qu'il se perde dans ces merveilles, aussi etonnantes dans leur petitesse que les autres par leur etendue; car qui n'admirera que notre corps, qui tantot n'etait pas perceptible dans Tunivers, imperceptible lui-mfeme dans le sein du tout, soit a present un colosse, un monde, ou plutot un tout, a 1'egard du neant ou Ton ne peut arriver ?
Qui se considerera de la sorte s'effrayera de soimSme, et, se considerant soutenu dans la masse que la nature lui a donnee, entre ces deux ablmes de Tinfini et du neant, il tremblera dans la vue de ces merveilles; et je crois que, sa curiosite se changeant en admiration, il sera plus dispose a les contempler en silence qu'a les recnercher avec presomption.
Car enfin qu'est-ce que Thomme dans la nature ? Un neant a Tegard de rinfini, un tout a regard du neant, un milieu entre rien et tout. Infiniment eloigne de comprendre les extremes, la fin des choses et leur principe sont pour lui invinciblement caches dans un secret impenetrable; egalement incapable de voir le neant d'ou il est tire, et Tinfini ou il est englouti l.
Que fera-t-il done, sinon d'apercevoir [quelque] apparence du milieu des choses, dans un desespoir kernel de connaitre ni leur principe ni leur fin?
i. C£ De ftspntgfamttnqm : « Quelque mouvement, quelque nombre, quelque espace, quelque temps que ce soit, il y en a toujours un plus grand et un momdre : de sorte qu'lls se sounennent tous entre le n6ant et 1'infini, £tant toujours infiniment 61oign6s de ces extremes » (^d. Brunschvicg minor p. 174). R6pondant aux objections de Mer6 qui n'admettait pas la divisibility a Tinfini (cf. tbtd.9 note p. 176-177), Pascal avouait dans ce m£me opuscule : « II n'y a point de g^ometre qui ne croie 1'espace divisible a Tinfini... Et n^anmoins il n'y en a poij&t qui comprenne une division infinie » (ibid.y p. 178); mais il rejetait « ces diJEficult6s chim6nque$, et qui n'ont de proportion qu'i notre faiblesse .» (tbtj.t p. 179).
Toutes choses sont sorties du neant et portees jusqu'a Tinfini. Qui suivra ces etonnantes demarches ? L'auteur de ces merveilles les comprend. Tout autre ne lepeut fake1.
Manque d'avoir contemple ces infinis, les hommes 3 5 2 se sont pottos t&nerairement £ la recherche de la nature, comme s'ils avaient quelque proportion avec elle. Cest une chose etrange qu'ils ont voulu comprendre les principes des choses, et de la arriver jusqu'a connaitre tout, par une presomption aussi infinie que leur objet. Car il est sans doute qu'on ne peut former ce dessein sans une presomption ou sans une capacite infinie, comme la nature,
Quand on est instruit, on comprend que la nature ayant grave son image et celle de son auteur dans toutes choses, elles tiennent presque toutes de sa double infinite. Cest ainsi que nous voyons que toutes les sciences sont infinies en Tetendue de leurs recherches, car qui doute que la geometric, par exemple, a une infinite d'infinites de propositions a exposer ? Elles sont aussi infinies dans la multitude et la delicatesse de leurs principes; car qui ne voit1 que ceux qu'on propose pour les derniers ne se soutiennent pas d'eux-m^mes, et qu'ils sont appuyes sur d'autres qui, en ayant d'autres pour appui, ne souflFrent jamais de dernier ? Mais nous faisons des derniers qui paraissent a la raison comme on fait dans les choses materielles, ou nous appelons un
i. Pascal avait d'abord icttt : « De ces deux infinis de nature, en grandeur et en petitesse, Fhomme en con90it plus ais£ment celui de grandeur que celui de petitesse .» Cf. les textes cidessus et le ddbut du passage sur les « plus grandes merveilles de k nature » : « La prinopale comprend les deux infinites qui se rencontrent dans toutes : Tune de grandeur, Tautre de petitesse. » (Ibid., p. 174).
l6o PENS^ES/ SECTION II
point invisible celui au dela duquel nos sens n'aper- 9oivent plus rien, quoique divisible infiniment et par sa nature.
De ces deux infinis de sciences, celui de grandeur est bien plus sensible, et c'est pourquoi il est arrive a peu de personnes de pretendre a traiter toutes choses. « Je vais parler de tout,» disait Democrite1. 3 5 j Mais Pinfinitd en petitesse est bien moins visible, Les philosophes ont bien plutot pretendu d'y arriver, et c'est la ou tous ont achoppe. Cest ce qui a donne lieu a ces titres si ordinaires, Des principes des choses, Des principes de la philosophie 2, et aux semblables, aussi fastueux en effet, quoique moins en apparence, que cet autre qui cr£ve les yeux, De omni scibili*.
On se croit naturellement bien plus capable d'arriver au centre des choses que d'embrasser leur circonference; 1'etendue visible du monde nous surpasse visiblement; mais comme c'est nous qui surpassons les petites choses, nous nous croyons plus capables de les posseder, et cependant il ne faut pas moins de capacite pour aller jusqu'au neant que jusqu'au tout; il la taut infinie pour Tun et Tautre, et il me semble que qui aurait compris les derniers principes des choses pourrait aussi arriver jusqu'a connaltre Pinfini. Lun depend de Tautre, et Tun conduit a Tautre. Ces extremites se touchent et se r&inissent a force de s'etre 61oign6es, et se retrouvent en Dieu, et en Dieu seulement
Connaissons done notre port£e; nous sommes
1. Cit6 par MONTAIGNE (II, 12) d'aprfes CIC£RON (AeaJ*, II, 23).