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Les Principia philosophic de Descartes sont de

3. Titre de rune de$ neuf cents thfeses proposes par Pic de la Mirandole k Rome en 1486, et dont k discussion publique fut mterdite par le pape.

PENS^ES / SECTION II l6l

quelque chose, et ne sommes pas tout; ce que nous avons d'etre nous d£robe la connaissance des premiets principes, qui naissent du neant; et le peu que nous avons d'etre nous cache la vue de Tinfini.

Notre intelligence tient dans 1'ordre des choses intelligibles le m&ne rang que notre corps dans Tetendue de la nature.

Born^s en tout genre, cet etat qui tient le milieu entre deux extremes se trouve en toutes nos puissances. Nos sens n'apergoivent rien d'extreme, trop de bruit nous assourdit, trop de lumfere eblouit, trop de distance et trop de proximite empeche la vue, trop de longueur et trop de brievete de discours robscurcit, trop de verite nous etonne (j'en sais qui ne peuvent comprendre que qui de zero ote 4 reste zero *), les premiers principes ont trop d'evidence pour nous, trop de plaisir incommode, trop de consonances deplaisent dans la musique2; et trop de bienfaits irritent, nous voulons avoir de quoi surpayer la dette : l&eneficia eo usque laeta sunk dum videntur exsolvi posse ; ubi multum antevenere, pro gratia odium redditur*. Nous ne sentons ni Textreme chaud ni ^extreme froid 4. Les quaktes excessives nous sont ennemies, et non pas sensibles : nous ne les sentons plus, nous les souffrons. Trop de jeunesse

1. Peut-etre est-ce M6re qui refusait d'admettre les subtilites des mathematiques. La proposition de Pascal n'est d'ailleurs vraie que si zero est pns absolument comme synonyme tde neaat. En alg&bre, on Ton introduit les nombres ndgatifs, o — 4 = — 4 (B,)-

2. Cf. la Dissertation de 1659 citee par TOURNEUR, Bea&tf poetiqtte..., p. 142.

3. TACITE, Ann. IV, 18 : « Les bienfaits sont agreables tant qu'on pense pouvoir les rendre; au dela, la reconnaissance fait place a lanaine. » (Cit6 par MONTAIGNE, III, 8).

4. Cf. MONTAIGNE, I, 54 : « L'e;s±rSme froideur et Textrame chaleur cuisent et rdtissent. »

et trop de vieillesse empechent Fesprit, trop et trop peu (Tins traction; enfin les choses extremes sont pour nous comme si dies n'fedeat point, et nous ne sommes point a leur egard : elles nous echappent, ou nous a elles l.

Voila notre etat veritable; c'est ce qui nous rend incapables de savoir certainement et d'ignorer absolument. Nous voguons sur un milieu vaste, toujours incertains et flottants, pousses d'un bout vers 1'autre. 356 Quelque terme ou nous pensions nous attacher et nous affermir, il branle et nous quitte; et si nous le suivons, il echappe a nos prises, nous glisse et fuit d'une fuite eternelle. Rien ne s'arrete pour nous. Cest 1'etat qui nous est naturel, et toutefois le plus contraire a notre inclination; nous brulons du desk de trouver une assiette ferme, et une derniere base constante pour y edifier une tour qui s'eleve a Tinfini, mais tout notre fondement craque, et la terre s'ouvre jusqu'aux abimes.

Ne cherchons done point d^assurance et de fermete. Notre raison est toujours de$ue par Tinconstance des apparences, rien ne peut fixer le fioi entre les deux infinis, qui Tenferment et le fuient

Cela etant bien compris, je crois qu'on se tiendra en repos, chacun dans 1'dtat ou la nature 1'a j)lace. Ce milieu qui nous est echu en partage etait toujours distant des extremes, qu'importe que \Fbomme\ ait un peu plus d'intelligence des choses ? S'il en a, il les prend un peu de plus haut N'est-il pas toujours infiniment floign^ du oout, et la duree de notre vie

i. Cf. MONTAIGNE, II, 12 : « Si c'est un enfant qui juge, il ne salt ce que c'est; si c'est un savant, il est pr£occup£... Les estremitds de notre peiquisition tombent toutes en 6blouissement. »

n'est-elle pas egalement infime dans Teternite, pour durer dk ans davantage ?

Dans la vue de ces infinis, tous les finis sont egaux; et je ne vois pas pourquoi asseoir son imagination plutot sur un que sur Pautre. La seule comparison que nous faisons de nous au fini nous fait peine.

Si Thomme s'etudiait le premier, il verrait combien il est incapable de passer outre. Comment se pourrait-il qu'une partie connut le tout ? Mais il aspirera peut-etre a connaitre au moins les parties avec lesquelles il a de la proportion. Mais les parties dumonde ont toutes un tel rapport et un tel enchalnement Tune avec 1'autre, que je crois impossible de connaitre Fune sans Tautre et sans le tout.

L'homme, par exemple, a rapport a tout ce qu'il connalt. II a besoin de lieu pour le contenir, de temps pour durer, de mouvement pour vivre, d'elements pour le composer, de chaleur et d'aliments pour se nourrk, d'air pour respirer; il voit la lumiere, il sent les corps; enfin tout tombe sous son alliance. II faut done, pour connaitre Thomme, savoir d'ou vient qu'il a besoin d'air pour subsister; et pour connaitre Fair, savoir par ou il a ce rapport a la vie de Thomme. La flamme ne subsiste point sans Tair; done, pour connaitre Tun, il faut connaitre 1'autre.

Done toutes choses etant causees et causantes, 359 aidees et aidantes, mddiatement et immediatement1, et toutes s'entretenant par un lien natotel et insensible qui lie les plus eloigaees et les plus dijBF(6rentes, je tiens impossible de connaitre les parties sans connaitre le tout, non plus que de connaitre le tout sans connaitre particulierement les parties.

[L'6ternite des choses en elle-meme ou en Dieu doit encore etonner notre petite dur£e. L'immo-

i . Lecture de Tourneut i la place de titidratestfimmi(batos$^*

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bilite fixe et constante de la nature, comparaison au changement continuel qui se passe en nous, doit faite le meme effet]

Et ce qui acheve notre impuissance a connaitre les choses, est qu'elles sont simples elles-memes et que nous sommes composes de deux natures opposees et de divers genres, d'ame et de corps. Car il est impossible que la partie qui raisonne en nous soit autre que spirituelle; et quand on pretendrait que nous serions simplement corporels, cela nous exclurait bien davantage de la connaissance des choses, n'y ayant rien de si inconcevable que de dire que la matiere se connait soi-meme; il ne nous est pas possible de connaitre comment elle se connaitrait.

Et ainsi, si nous [sommes] l simples materiels, nous ne pouvons rien du tout connaitre, et, si nous sommes composes d'esprit et de matiere, nous ne pouvons connaitre parfaitement les choses simples, spirituelles ou corporelles.

360 De la vient que presque tous les philosophes confondent les id£es des choses, et parlent des choses corporelles spirituellement et des spirituelles corporellement2. Qr ils disent hardiment que les corps tendent en bas, qu'ils aspirent a leur centre, qu'ils fuient leur destruction, qu'ils craignent le vide, qu^elle a des inclinations, des sympathies, des antipathies, qui sont toutes choses qui n'appartiennent qu'aux esprits. Et en partant des esprits, ils les consi-

1, Soit que nous soyons : Pascal en barrant soit qtfe> avait Iaiss6 le subjonctif nous soyons (B,).

2. Cf. S. AUGUSTIN : « Voulant connaitre par Pesprit et par Fintelligence les choses corporelles, et voir par les sens les spirituelles; ce qui ne se peut » (De vera nlig. en. xxxni; public" par Arnauld en 1656).

detent comme en un lieu, et leur attribuent le mouvement d'une place a une autre, qui sont choses qui n'appartiennent cju'aux corps.

Au lieu de tecevoir les id6es de ces choses pures, nous les teignons de nos qualites, et empreignons [de} notre etre compose toutes les choses simples que nous contentions.

Qui ne croirait, a nous voir composer toutes choses d'esprit et de corps, que ce melange-la nous serait tres comprehensible? Cest neanmoins la chose qu'on comprend le moins. I/homme est a lui-meme le plus prodigieux objet de la nature; car il ne peut concevoir ce que c'est que corps, et encore moins ce que c'est qu'esprit, ' et moins qu'aucune chose comme un corps peut etre uni avec un esprit. Cest la le comble de ses difficultes, et cependant c'est son propre etre : Modus quo corporibus adhamnt spiritus comprehendi ab hominiuus non potest> et hoc tamen homo est1.

Enfin, pour consommer la preuve de notre faiblesse, je finirai par ces deux considerations...

[Mais peut-etre que ce sujet passe la portee de la 70 raison. Examinons aonc ses inventions sur les choses de sa force, S^il y a quelque chose ou son interet propre ait du la faire appliquer de son plus s&ieux, c'est a la recherche de son souverain bien. Voyons done ou ces imes fortes et clairvoyantes Tont plac^, et si elles en sont d'accord.

L'un dit que le souverain bien est en la vertu,

i. S. AUGUSTIN, De cw. Dei, XXI, 10 : « La manure doat les espnts sont unis aux corps est incomprehensible aux hommes, et cependant c'est cela 1 homme. » (Cit6 par MONTAIGNE, II, xa). .

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1'autre le met en la volupte; Tun en la nature, Tautre en la verite l : Felix quipotuit rerum cognoscere causas 2, Pautre en 1'ignorance totale, Fautre, en 1'indolence, d'autres a resister aux apparences, 1'autre a n'admirer rien, nihil mirari prope res nna qua possit facere et servare beafum 3, et les vrais pyrrnoniens en leur ataraxie, doute et suspension perpetuelle; et d'autres, plus sages, qu'on ne le peut trouver non pas meme par souhait. Nous voila bien payes.

Transposer apres les lois au titre suivant 4.

Si faut-il voir si cette belle philosophic n'a rien acquis de certain par un travail si long et si tendu, peut-£tre^ qu'au moins Tame se connaitra soimeme. Ecoutons les regents du monde sur ce sujet. Qu'ont-ils pense de sa substance? (3945) Ont-ils ete plus heureux a la loger ? (395 5) Qu'ontils trouve de son origine, de sa duree, et de son depart? (3995).

366 Est-ce done que Tame est encore un sujet trop noble pour ses faibles lumieres ? Abaissons-la done a la mati^re, voyons si elle sait de quoi est fait le propre corps qu'elle anime et les autres qu'elle

1. Cf. MONTAIGNE II, 12 : « Les uns disent notre bien toe loge en la vertu; d'autres en la volujpt6; d'autres au consentir ea la nature, qui en k science... »

2. VIRGILE, Gforg. II, 489 : « Heureus qui a pu connaitre les causes des choses. » (Citt par MONTAIGNE, III, 10).

3. D'apres HORACE, Epttres> I, vr, i : « Ne s'&onner de rien, a peu pres la seule chose qui puisse donner et conserver le bonheur » (cit6 par MONTAIGNE, II, 12).

4. En marge. Les indications de ce genre qu'on trouve dans le manuscnt de Pascal suffisent "pour d£montrer que Pascal 6tait loin d'avoir arr^td d'une fa^on definitive rordre de VApohgie et cotnbien il serait t^meraire d^en pr^tendre donner une reconstitution (B.).

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