C£ CHARRON, Sagesse, I
3. LSgende r6futee par G. POSTEL, De la repubhque des Turcs (1560).
4. Le g6ometre Desargues, ami des Pascal, avait une maison de campagne a Condrieu, c£l£bre pour son vignoble.
Desargues, et puis cette ente. Est-ce tout ? en a-t-dle jamais produit deux grappes ? et use grappe a-t-elle deux grains pareils ? etc.
Je n'ai jamais juge d'une meme chose exactement de meme. Je ne puis juger de mon ouvrage en le faisant; il faut que je fasse comme les peintres^ et que je m'en eloigne; mais non pas trop. De combien done ? Devinez.
Diversitf. — La theologie est une science, mais 73 en meme temps combien est-ce de sciences ! Un homme est un suppot1; mais si on Tanatomise, sera-ce la tete, le cceur, 1'estomac, les veines, chaque veine, chaque portion de veine, le sang, chaque humeur du sang ?
Une ville, une campagne, de loin est une ville et une campagne; mais, a mesure qu'on s'approche, ce sont des maisons, des arbres, des tuiles, des feuilles, des herbes, des fourmis, des jambes de fourmis, a 1'infini. Tout cela s'enveloppe sous le nom de campagne.
Pwstes. — Tout est un, tout est divers^ Que de 394 natures en celle de Thomme ! que de vacations ! Et par quel hasard. Chacun prend d'ordinaire ce qu'il a ou'i estimer ! Talon bien tourn£.
Talon de soulier. —« Oh ! que cela est bien tourn6 ! 81 que voila un habile ouvrier ! que ce soldat est hardi 1»
i. SupposituMy terme scolastique qui d6signe la substance, caracteris6e par son unit6, tanis que le corps se decompose en une multitude de parties.
l$Z PENS&ES / SECTION II
Voila la source de nos inclinations, et du choix des conditions, « Que celui-la boit bien ! que celui-la boit peu I » Voila ce qui fait les gens sobres et ivrognes, soldats, poltrons, etc.
423 Talent principal, qui regie tous les autres.
453 La nature s'imite : une graine, jetee en bonne terre, produit; un principe, jete dans un bon esprit, produit. Les nombres imitent Pespace, qui sont de nature si differente.
Tout est fait et conduit par un meme maitre : la racine, les branches, les fruits; les principes, les consequences*
142 [Nature diversifie, artifice imite
et imite, et diversifie1.]
423 La nature recommence toujours les memes choses, les ans, les jours, les heures; les espaces, de meme, et les nombres sont bout a bout a la suite Fun de Fautre. Ainsi se fait une espece d'infini et d'&ernel Ce n'est pas qu'il y ait rien de tout cela qui soit infini et kernel, mais ces etres termines se multiplient infiniment. Ainsi il n'y a, ce me semble, que le nombre qui les multiplie qui soit infini 2.
381 Le temps gu6tit les douleurs et les querelles,
i. Cette disposition du maauscrit se lit verticalement i. Cf. De V esprit glomftrique.
PENSl^ES / SECTION II 193
parce qu'on change, on n'est plus la meme personne. Ni rofrensant, ni I'offense, ne sont plus eux-memes. Cest comme un peuple qu'on a irrite, et qu'on reverrait apres deux generations. Ce sont encore les Frangais, mais non les memes.
II n'aime plus cette personne qu'il aimait il y a 427 dix ans, Je crois bien : die n'est plus la meme, ni lui non plus. U &ait jeuae et elle aussi; elle est tout autre. II Faimerait peut-etre encore, telle qu'elle etait alors1.
Non seulement nous regardons les choses par 420 d'autres cotes, mais avec d'autres yeux; nous n'avons garde de les trouver pareilles.
Contrariety. — L'homme est naturellement ere- 393 dule, incredule, timide, temeraire.
Description de 1'homme : dependance, desir d'inde- 8 1 pendance, besoin.
Condition de 1'homme : inconstance, ennui, inquie- 79 tude.
L'ennui qu'on a de quitter les occupations ou 469 Ton s'est attache. Un homme vit avec plaisir en son menage : qu'il voie une femme qui lui plaise; qu'il
i. Cf. Pwsfo
joue cinq ou six jours avec plaisk; le voila miserable s'il retourne a sa premiere occupation. Rien n'est plus ordinake que cela.
*44o Notre nature est dans le mouvement; le repos entier est la molt
*485 Agitation. — Quand un soldat se plaint de la peine qu'il a, ou un laboureur, etc., qu'on les mette sans rien faire.
47 Ennui. — Rien n'est si insupportable a Fhomme que d'etre dans un plein repos, sans passions, sans affaire, sans divertissement, sans application. II sent alors son neant, son abandon, son insuffisance, sa dependance, son impuissance, son vide. Incontinent il sortira du fond de son ame Tennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le d6pit, le desespoir.
*2i Cesar etait trop vieil, ce me semble, pour smaller amuser a conquerk le monde. Get amusement &ait bon a Auguste ou a Alexandre; c'etaient des jeunes qu'H est difficile d'arreter; mais Cesar devait plus miir1.
i. Cf. MONTAIGNE (II, 34) qui oppose au goiit du risque chez Alexandre « en la fleur et premiere chaleur de son ige », k decision de Cesar « d6ja mur et bien avanc6 ». La Bruyere a r^pliqud : <t ttsar n'^tait point trop vieux pour penser a la conqu&e de Tunivers... Alexandre etait bien jeune pour un dessein si s6rieux ». (Des jugements).
Deux visages semblables, dont aucun ne fait rite 83 en particulier, font rire ensemble par leur ressemblance.
Quelle vanite que la peinture, qui attire Tadmira- 21 tion par la ressemblance des choses dont on n'admire point les originaux !
Rien ne nous plait que le combat, mais non pas 249 la victoire.
On aime a voir les combats des animaux, non le vainqueur acharne sur le vaincu; que voulait-on voir, sinon la fin de la victoire ? Et d£s qu'elle arrive, on en est saoul. Ainsi dans le jeu, ainsi dans la recherche de la v£rite, on aime i voir, dans les disputes, le combat des opinions; mais, de contempler la verite trouv6e, point du tout; pour la fake retnarquer avec plaisir, il faut la faire voir naitre de la dispute,
De meme, dans les passions, il y a du plaisir a voir deux contraires se heurter; mais, quand Tune est maltresse, ce n'est plus que brutalit^.
Nous ne cherchons jamais les choses, mais la recherche des choses.
Ainsi, dans les comedies, les scenes contentes sans crainte ne valent rien, ni les extremes miseres sans esp&ance, ni les amours brutaux, ni les s6verit£s apres.
Peu de chose nous console parce que peu de chose nous afflige.
Copie
257 Sans examiner toutes les occupations particulieres, il suffit de les comprendre sous le divertissement.
401 Hommes naturellement couvreurs1 et de toutes vacations, hormis en chambre2.
139 Divertissement. — Quand je m'y suis mis quelquefois, a considerer les diyerses agitations des hommes, ef les perils et les peines ou ils s'exposent, dans la cour, dans la guerre, d'ou naissent tant de querelles, de passions, d'entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., fai dit souvent3 que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. Un homme qui a asses; de bien pour vivre, s'il savait demeurer chez soi avec plaisir, n'en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siege d'une place. On n'achetera une charge a 1'armee si cher, que parce qu'on trouverait insupportable de ne bouger de la ville; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux cjue parce qu'on ne peut demeurer chez soi avec plaisir.
[Toutes les peines qu'on souffre ne viennent done que de cela seulement, qu'on ne sait pas demeurer chez soi en repos et avec plaisir].
Mais quand j'ai pens6 de plus pr£s, et qu'apres avoir trouvd la cause de tous nos malheurs, j'ai voulu en d&ouvrir la raison, j'ai trouve qu'il y en a