‹ Pensees Precedees Des Principaux OpusclesChapitre 67 sur 226 · Cf. MONTAIGNE, III, 4; MERE (max · texte numérisé non relu

Cf. MONTAIGNE, III, 4; MERE (max

4. Port-Royal fait suivre cette phrase du d^veloppement suivant, qui est peut-etre de Pascal, mais qui plus vraisembkblement a ete ajout^ pour donner une conclusion pieuse aux diflSrents chapitres des Pens fas sur Phomm : « C'est tout ce qu'ils ont pu mventer pour se consoler de taut de maus. Mais

PLNSEES / SECTION II 213

Nonobstant ces miseres, il veut etre heureux, et 121 ne veut etre qu'heureux, et ne peut ne vouloir pas 1'etre; mais comment s'y prendra-t-il ? II faudrait, pour bien faire, qu'il se rendlt immortel; mais, ne le pouvant, il s'est avise de s'empecher d'y penser,

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Divertissement. — Si 1'homme etait heureux, il 55 le serait d'autant plus qu'il seralt moins diverti, comme les saints et Dieu. — Oui; mais n'est-ce pas etre heureux, que de pouvoir etre rejoui par le divertissement? — Non; car il vient d'ailleurs et de dehors; et ainsi il est dependant, et partant, sujet a etre trouble par mille accidents, qui font les afflictions inevitables.

Misere. — La seule chose qui nous console de 79

c'est une consolation bien miserable, puisqu'elle va non pas a guenr le mal, mais a le cacher simplement pour un peu de temps, et (ju'en le cachant elle fait qu'on ne pense pas a le guenr ventablement. Ainsi, par un etrange renversement 3e la nature de Thomme, il se trouve que Tennui, qui est son mal le plus sensible, est en quelque sorte son plus grand bien, parce qu'il peut contnbuer plus que toutes choses a lui faire chercher sa v6ritable guerison, et que le divertissement, qu'il regarde comme son plus grand bien, est en effet son plus grand mal, parce qu'il Moigne plus que toute chose de chercner le remede a ses maux. Et Tun et Fautre sont une preuve admirable de la nusere et de la corruption de 1'homme, et en me"me temps de sa grandeur; puisque Thomme ne s'ennuie de tout, et ne cherche cette multituae d^ccupations, que parce qu'il a Tidde du bonheur qu'il a perdu : lequel, ne trouvant point en soi, il le cherche inutilement dans les choses exterieures, sans se pouvoir ja^nais contenter, parce qu'il n*est ni dans nous, ni dans les creatures, mais en Dieu seul » (XXVI, 4). (B.)

nos miseres est le divertissement, et cependant c'est la plus grande de nos miseres. Car c'est cela qui nous empeche principalement de songer a nous, et qui nous fait perdre insensiblement. Sans cela, nous serions dans 1'ennui, et cet ennui nous pousserait a chercher un moyen plus solide d'en sortir. Mais le divertissement nous amuse, et nous fait arriver insensiblement a la mort1.

i. On trouve dans 1'edition de Port-Royal, en t£te du chapitre xxvi, le developpement smvant, qui a peut-£tre etc fait d'apr£s les indications laissees par Pascal : « Rien n'est plus capable de nous faire entrer dans la connaissance de la misere des hommes que de considerer la cause veritable de 1'agitation perpetuelle dans laquelle ils passent toute leur vie.

« L'ame est jetde dans le corps pour y faire un sejour de peu de durde. Elle salt que ce n'est qu'un passage a un voyage eternel, et qu'elle n'a que le peu de temps que dure la vie pour s'y preparer. Les necessites de la nature lui en ravissent une tres grande partie. II ne lui en reste que tres peu dont elle puisse disposer. Mais ce peu qui lui reste I'mcommode si fort et 1'embarrasse si etrangement qu'elle ne songe qu'a le perdre. Ce lui est une peine insupportable d'etre obligee de vivre avec soi et de penser a soi. Ainsi tout son soin est de s'oublier soi-meme, et de laisser couler ce temps si court et si precieux sans reflexion, en s'occupant de choses qui etnp£chent d'y penser.

<c C'est Tongine de toutes les occupations tumultuaires des hommes, et de tout ce qu'on appelle divertissement ou passetemps, dans lesquels on n'a en eSet pour but que d'y laisser passer le temps sans le sentir, ou plut6t sans se sentir soi-rn£me, et d'eviter en perdant cette partie de la vie 1'amertume et le degoutintdrieur qui accompagneraient n^cessairement 1'attention que Ton ferait sur soi-m&me durant ce temps-la. L'ame ne trouve rien en elle qui la contente; elle n'y voit rien qui ne 1'afflige, quand elle y pense, C'est ce qui la contraint de se r6pandre au dehors, et de chercher da as 1'application aux choses ext6rieures a perdre le souvenir de son 6tat veritable, Sa joie consiste dans cet oubll; et il suffit, pour la rendre mis6rable, de Fobjiger de se voir, et d'etre avec soi » (B.).

Nous ne nous tenons jamais au temps present. 21 Nous anticipons 1'avenir comme trop lent a venir, comme pour hater son cours; ou nous rappelons le passe, pour 1'arreter comme trop prompt : si imprudents, que nous errons dans les temps qui ne sont pas notres, et ne pensons point au seul qui nous appartient; et si vains, que nous songeons a ceux qui ne sont rien, et echappons sans reflexion le seul qui subsiste. Cest que le present, d'ordinaire, nous blesse. Nous le cachons a notre vue, parce qu'il nous afflige; et s'il nous est agreable, nous regrettons de le voir echapper. Nous tachons de le soutenir par Favenir, et pensons a disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance, pour un temps ou nous n'avons aucune assurance d'arriver.

Que chacun examine ses pensees, il les trouvera toutes occupees au passe et a Tavenir. Nous ne pensons presque point au present; et, si nous y pensons, ce n'est que pour en prendre la lumiere pour disposer de 1'avenir. Le present n'est jamais notre fin : le passe et le present sont nos moyeas; le seul avenir est notre fin1. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous esperons de vivre; et, nous disposant toujours a £tre heureux, il est inevitable que nous ne le soyons jamais.

Us disent que les Eclipses presagent malheur, parce 127 que les malheurs sont ordinaires, de sorte qu'il arrive si souvent du mal, quails devinent souvent; au lieu que s'ils disaient qu'elles presagent bonheur, ils mentiraient souvent. Us ne donnent le bonheur

i. Cf. MONTAIGNE, I, 3, d£but.

2l6 PENSEES / SECTION II

qu'a des rencontres du ciel rares; ainsi ils manquent peu souvent a deviner1.

*77 Mmn. — Salomon 2 et Job ont le mieux connu et le mieux parle de la misere de 1'homme : Fun le plus heureux, et 1'autre le plus malheureux; Tun connaissant la vanite des plaisirs par experience, 1'autre les remedes 3 des maux.

431 Nous nous connaissons si peu que plusieurs pensent aller mourir quand ils se portent bien; et plusieurs pensent se porter bien quand ils sont proches de mourir, ne sentant pas la ftevre prochaine, ou Tabces pret a se former.

229 Cromwell allait ravager toute la chr&iente; la famille royale etait perdue, et la sienne a jamais puissante, sans un petit grain de sable qui se mit dans son uretere. Rome m£me allait trembler sous lui; mais ce petit gravier s'etant mis la, il est mort, sa famille abaiss^e, tout en paix, et le roi r&abli *.

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