Cf. Pensfo
PENSJEES / SECTION IV 261
voit pas, — II faut done dire comme les autres, mais ne pas penser comme eux.
La derniere demarche de la raison est de recon- 247 naitre qii'il y a une infinite de choses qui la surpassent; die n'est que faible, si die ne va jusqu'a connaitre cela.
Que si les choses naturelles la surpassent, que dira-t-on des surnaturelles ?
Soumssion. — II faut savoir douter ou il faut, 161 assurer ou il faut, en1 se soumettant ou il faut2. Qui tie fait ainsi n'entend pas la force de la raison. II y [en] a qui faillent contre ,ces trois principes, ou en assurant tout comme demonstratif, manque de se connaitre en demonstration; ou en doutant de tout, manque de savoir ou il faut se soumettre; ou en se soumettant en tout, manque de savoir ou il faut juger.
Soumission et usage de la raison, en quoi consiste 247 le vrai christianisme.
Saint Augustin3. La raison ne se soumettrait 406
2. Pascal avait d'abord ecrit : « II faut avoir ces trois qualit6s, pyrrhonien, geometre, chre"tien soumis; et dies s'accordent et se tempereat en doutant ou... » La Copie ajoute : « pyrrhonien, g6ometre, chretien; doute, assurance, soumis sion. »
3. On lit dans une lettre de saint Augustin a Consentius tEp. cxx, 3) : « Que la foi doive preceder la raison, cela mtoe (st un principe de la raison. Car si ce pr6cepte n'est pas rai-
jamais, si die ne jugeait qu'il y a des occasions ou elle se doit soutnettre. II est done juste qu'elle se soumette, quand elle juge qu'elle se doit soumettre l.
165 La Sagesse nous envoie a Tenfance : Nisi effiriamini sicut parvuli 2.
214 II n'y a rien de si conforme a la raison que cc desaveu de la raison.
21 3 Si on soumet tout a la raison, notre religion n'aura rien de mysterieux et de surnaturel.
Si on choque les principes de la raison, notre religion sera absurde et ridicule.
r8o Tout notre raisonnemcnt se reduit a cedcr au sentiment.
Mais la fantaisie est semblable et contraire au sentiment, de sorte qu'on ne peut distinguer entre ces contraires. L'un dit que mon sentiment est fantaisie, 1'autre que sa fantaisie est sentiment. II
sonnable, il est done deraisonnable, ce qu'a Dieu ne plaise! Si done il est raisonnable que, pour arrivcr a des hauteurs que nous ne pouvons encore atteindre, la foi pr6c£de la raison, il est dvident que cette raison telle quellc qui nous persuade cela precede elle-m6me la foi. » (Note de E. Havet).
i. Addition de la Copie : « et qu'elle ne se soumette pas quand elle juge qu'elle ne le doit pas faire. »
2., MATTH., XVIII, 3. « Si vous ne YOUS convertisse^ et ne vous faites petits enfants, vous n'entrerejz pas dans le royaume des cieux, »
PhNSEES / SECTION IV 265
faudrait avoir une regie. La raison s'offre, mais die est ployable a tous sens.
Et ainsi il n'y en a point,
275 P. R. (1678) xxvinj
Les homines prennent souvent leur imagination pour leur coeur; et ils croicnt etre converds des qu'ils pensent a se convertir.
276 ae man. Gmrmr]
M. de Roannez disait : « Les raisons me viennent apres, niais d'abord la chose m'agrec ou me cheque sans en savoir la raison, et cependant cela me choque par cette raison que je ne decouvre qu'ensuite. » Mais je crois, non pas que cela choquait par ces raisons qu'on trouve apres, mais qu'on ne trouve ces raisons que parce que cela choque.
Le coeur a ses raisons, que la raison ne connait 8 point; on le sait en mille choses.
Je dis que le cceur aime Tetre universel naturellement, et soi-meme naturellement, selon qu'il s'y adonne; et il se durcit contre l*un ou 1'autre, a son chok. Vous avez rejete ?un et conserve Fautre, est-ce par raison que vous vous aimez ?
Cest le coeur qui sent Dieu, et non la raison. 8 Voila ce que c'est que la foi, Dieu sensible au coeur 1 noa a la raison.
i* « Dm sensible au c&ur> voila votre bicaheureux etat. Jc n'ai jamais vu une telle parole, mais elle est aussi de M. Pascal. » Lettre de Mme de Sdvigne a Mme de Guitaut, 29 oct. 1692 (B.).
142 La foi est un don de Dieu; ne croyez pas que nous disions que c'est un don de raisonnement. Les autres religions ne disent pas cela de leur foi; dies ne donnaient que le raisonnement pour y arriver, qui n'y mene pas neanmoins.
489 Qu'il y a loin de la connaissance de Dieu a 1'aimer !
63 Coeur.
Instinct.
Principes a.
*i9i Nous connaissons la verite, non seulement par la raison, mais encore par le coeur; c'est de cette derniere sorte que nous connaissons les premiers principes, et c'est en vain que le raisonnement2 qui n'y a point de part, essaye de les combattre. Les pyrrhoniens, qui n'ont que cela pour objet, y travaillent inutilement. Nous savons que nous ne revons point; quelque impuissance ou nous soyons de le prouver par raison, cette impuissance ne conclut autre chose que la faiblesse de notre raison, mais non pas Tincertitude de toutes nos connaissances, comme ils le pretendent. Car la connaissance des premiers principes, comme qu'il y a espace, temps, mouvement, nombres, [est] aussi ferme qu'aucune de celles que nos raisonnements nous donnent. Et c'est sur ces connaissances du coeur et de 1'instinct qu'il faut que la raison s'appuie, et qu'elle y
1. Mots jetes ckns la marge et flanquds a droite d'ua 3; (T.).