‹ Pensées. Publiées dans leur texte authentique avec un commentaire suiviChapitre 16 sur 55 · SUR ÉPICTÈTE ET MONTAIGNE · texte numérisé non relu

SUR ÉPICTÈTE ET MONTAIGNE

« M. Pascal vint aussi, en ce temps-là, demeurer à Port Royal r des Champs (o). Je ne m'arrête point à dire qui était cet homme, » que non-seulement toute la France, mais toute l'Europe a ad- » miré. Son esprit toujours vif, toujours ai^issant, était d'une éten- » due, d'une élévation, d'une fermeté, d'une pénétration et d'une » netteté au delà de ce qu'on peut croire. . . Cet homme admirable, » enfin étant touciié de Dieu, soumit cet esprit si élevé au jouiï de » J.-C, et ce cœur si noble et si srand embrassa avec humilité » la pénitence. II vint à Paris se jeter entre les bras de M. Sin- Mglin, résolu de faire tout ce qu'il lui ordonnerait. M. Singlin «crut, en voyant ce grand génie, qu'il ferait bien de l'envoyer » à Port Royal des Champs, où M. Arnauld lui prêterait le collet » en ce qui regardait les hautes sciences, et où M. de Saci lui np- » prendrait à les mépriser. Il vint donc demeurer à Port Royal. » M. de Saci ne put pas se dispenser de le voir par honnêteté, «surtout en ayant été prié par M. Singlin; mais les lumières » saintes qu'il trouvait dans l'Écriture et les Pères lui firent es- » pérer qu'il ne serait point ébloui de tout le brilkmt de M. Pascal, » qui charmait néanmoins et enlevait tout le monde. Il trouvait en » effet tout ce qu'il disait fort juste. 11 avouait avec plaisir la force » de son esprit et de ses discours- Tout ce que M. Pascal lui disait » de grand, il l'avait vu avant lui dans S. Augustin, et faisant jus- » tice à tout le monde, il disait : « M. Pascal est extrêmement es- » timable en ce que, n'ayant point lu les Pères de l'Eglise , il a » de lui-même, par la pénétration de son esprit, trouvé les mêi> mes vérités qu'ils avaient trouvées. Il les trouve surprenantes, » disait-il , parce qu'il ne les a vues en aucun endroit ; mais pour » nous, nous sommes accoutumés à les voir de tous côtés dans nos » livres. » Ainsi, ce sage ecclésiastique trouvant que les anciens j) n'avaient pas moins de lumière que les nouveaux, il s'y tenait, » et estimait beaucoup M. Pascal de ce qu'il se rencontrait en » toutes choses avec S. Augustin.

» La conduite ordinaire de M. de Saci, en entretenant les gens,

(rt) Cette relation est tirée des Mémoires de Fontaine , le fidèle secrétaire de M. de Saci. L'entretien entre Pnsral et Saci est la véritable introduction des Pensées, et en contient tout le système.

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