‹ Pensées. Publiées dans leur texte authentique avec un commentaire suiviChapitre 32 sur 55 · POUR DEMANDER A DIEU LE BON USAGE DES MALADIES · texte numérisé non relu

POUR DEMANDER A DIEU LE BON USAGE DES MALADIES

I. Seigneur, dont l'esprit est si bon et si doux en toutes choses, et qui êtes tellement miséricordieux que non-seulement les prospérités, mais les disgrâces mêmes qui arrivent à vos élus sont des eflets de votre miséricorde, faites-moi la grâce de n'agir pas en païen dans l'état où votre justice m'a réduit : que comme un vrai chrétien je vous reconnaisse pour mon père et pour mon Dieu, en quelque état que je me trouve, puisque le changement de ma condition n'en apporte pas à la vôtre; que vous êtes toujours le même, quoique je sois sujet au changement, et que vous n'êtes pas moins Dieu quand vous affligez et quand vous punissez, que quand vous consolez et que vous usez d'indulgence.

II. ^ ous m'aviez donné la santé pour vous servir, et j'en ai fait un usage tout profane. Vous m'envoyez maintenant la maladie pour me corriger; ne permettez pas que j'en use pour vous irriter par mon impatience. J'ai mal usé de ma santé, et vous m'en avez justement puni. Ne souffrez pas que j'use mal de votre punition. Et puisque la corruption de ma nature est telle qu'elle me rend vos faveurs per-

' « Des maladies. » On lit dans l'avertissement de l'édition de P. R. : « L'on a aussi jugé à propos d'ajouter à la fin de ces Pensées une prière » que M. Pascal composa étant encore jeune, dans une maladie qu'il eut, » et qui a dc'jii été imprimée doux ou trois fois sur des copies assez peu • correctes, parce que ces impressions ont été faites sans la participation » de ceux qui donnent à présent ce recueil au public, u Cette prière a éticomposée vers <648 : Pascal avait alors 24 ans. Voir sa Vie. L'ardeur et le bouillonnement de la jeunesse se sentent en effet jusque dans cette profession de détachement austère.

nicieuses, faites, ô mon Dieu ! que votre grâce toute-puissante me rende vos cliàtiments salutaires. Si j'ai eu le cœur plein de l'affection du monde pendant qu'il a eu quelque vigueur, anéantissez cette vigueur pour mon salut; et rendez-moi incapable de jouir du monde, soit par faiblesse de corps, soit par zèle de cbarité, pour ne jouir que de vous seul.

III. 0 Dieu, devant qui je dois rendre un compte exact de toutes mes actions à la fin de ma vie et à la fin du monde 1 0 Dieu , qui ne laissez subsister le monde et toutes les choses du monde que pour exercer vos élus , ou pour punir les pécheurs * ! 0 Dieu , qui laissez les pécheurs endurcis dans l'usage délicieux et criminel du monde 1 0 Dieu , qui faites mourir nos corps, et qui à l'heure de la mort détachez notre àme de tout ce qu'elle aimait au monde ! 0 Dieu , qui m'arracherez , à ce dernier moment de ma vie , de toutes les choses auxquelles je me suis attaché, et où j'ai mis mon cœur! 0 Dieu, qui devez consumer au dernier jour le ciel et la terre et toutes les créatures qu'ils contiennent , pour montrer à tous les hommes que rien ne subsiste que vous, et qu'ainsi rien n'est digne d'amour que vous , puisque rien n'est durable que vousl 0 Dieu, qui devez ^ détruire toutes ces vaines idoles et tous ces funestes objets de nos passions ! Je vous loue, mon Dieu , et je vous bénirai tous les jours de ma vie, de ce qu'il vous a plu prévenir en ma faveur ce jour épouvantable, en détruisant à mon égard toutes choses, dans l'affaiblissement où vous m'avez réduit. .Te vous loue, mon Dieu , et je vous bénirai tous les jours de ma vie , de ce qu'il vous a plu me réduire dans l'incapacité de jouir des

' « Les pécheurs. » Ainsi la fin de toutes choses est l'accomplissement du mystère de la grâce, accordée aux élus, refusée aux réprouvés.

^ « 0 Dieu qui devez. » Comme cette invocation coup sur coup répétée met bien l'homme qui prie en In présence même de Dieu 1

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