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PENSÉES, APHORISMES

Il ne faut se fier ni au temps ni aux femmes.

L'histoire de l'Homme est l'histoire de l'humanité, comme l'histoire d'une société est l'histoire de

toutes.

Les rois ne mendient pas, ils volent.

Il n'y a qu'une membrane de différence entre un grand coquin et un homme de génie 2*

* Tous les renvois qui suivent sont empruntés à l'Edition définitive in-8° de MM. Calmann-Lévy. Nous avons adopté un plus petit caractère pour les mots ou phrases raturés sur le manuscrit.

2 La peau dechagrin (1830-31), XV, p. 48. « Savez-vous... qu'une dose de phosphore de plus ou de moins fait l'homme de génie ou le scélérat, l'homme d'esprit ou l'idiot, l'homme vertueux ou le criminel "? »

Le pays qui gagne des batailles doit savoir les chanter l.

Si une femme qui n'est plus trompée à une lettre

d'amour est un monstre,

il y a des gens qui font des efforts infinis pour détacher de l'arbre une orange pourrie.

Chez une jolie femme, la coquetterie est de la conscience.

La misanthropie est presque toujours une grande vanité cachée sous une peau de hérisson2.

Il y a des gens qui, en amour, s'essayent avec des femmes qu'ils n'obtiendront pas, comme des apprentis bretteurs qui tirent au mur pour savoir se battre.

Que de fois le courage consiste à s'abandonner au courant sans lutter. Souvent encore, le courage est de l'amour-propre, souvent un calcul. Il n'y a qu'un courage prisable, c'est le courage de l'homme qui n'est pas vu et qui se sacrifie.

1 Modeste Mignon (1844), I, 516 : a Un pays qui sait gagner de telles batailles doit savoir les chanter. »

- Le Médecin de campagne (1832-33), XIII, 631 : « La misanthropie, espèce de vanité cachée sous une peau de hérisson. »

Un grand crime, c'est quelquefois un poème1.

Quand nous ne pouvons pas vivre dans le présent, c'est folie que de regarder au passé. Il faut faire jouer des ombres chinoises sur une toile éclairée par Favenir. — C'est le secret de beaucoup de résignations. Rien n'est plus triste que de tomber dans une vie d'analyse, qui tue toutes les illusions parce qu'on juge ou on pèse tout.

Quelle pitié de voir l'opium, agent matériel, dominer ou déterminer le jeu dune âme censée

immatérielle2 !

Que dans un salon de vingt pieds de long sur quinze de large une créature humaine fasse de l'impertinence et penche la tête, dans une ville d'un million d'habitants où il y a le Panthéon ! Pitié — ou rire.

Un homme devient bien fort en avouant sa faiblesse.

1 La peau de chagrin, 135 : « Ah ! quelquefois un crime doit être tout un poème, je l'ai compris. »

2 Ibidem, 23G. « Grâce à la puissance matérielle exercée par l'opium sur notre âme immatérielle... »

La gloire a souvent été tout bonnement de faire

un grand crime politique.

Pour juger quelqu'un, il faut être dans le secret de ses malheurs et de ses émotions. Pour beaucoup d'hommes, le bonheur a été dans la vie comme une escarpolette qui se casse1.

La fortune, le talent, l'esprit, le pouvoir ne sont pour quelques hommes que des brevets d'impertinence 2.

Pour être avare, il faut posséder.

La jeunesse aime avec sa force et la force humaine va en diminuant, la vieillesse aime avec sa faiblesse, qui va en augmentant 3.

Pour ressentir une passion, il faut en avoir l'étoffe.

1 La peau de chagrin, 74 : « Pour juger un homme, au moins fautil être dans le secret de sa pensée, de ses malheurs, de ses émotions. Ne vouloir connaître de sa vie que les événements matériels, c'est faire de la chronologie, l'histoire des sots. »

2 Ibid., 156 : « Bravo ! vous comprenez la fortune, elle est un brevet d'impertinence. »

3 La Marâtre (1848), XVIII, 353 : « Dans la jeunesse, nous aimons avec toutes nos forces qui vont diminuant, tandis que, dans la vieillesse, nous aimons avec notre faiblesse qui va, qui va grandissant. »

Cette pensée se retrouve dans l'Ecole des ménages.

Le mariage est un sacrement en vertu duquel on se communique ses mauvaises humeurs le jour et sa mauvaise odeur la nuit1.

Toute femme a sa fortune entre ses deux jambes.

La dévotion a quelque chose de tendre pour Dieu qui peut tourner aisément à un amour pour l'homme.

La dévote n'est si bien attachée à la religion que

parce qu'elle concerne un Dieu qui s'est fait

homme.

Je ne crains ni la mort ni la vie.

Le premier mérite auprès des femmes, c'est d'aimer. Si vous ne gagnez pas leur cœur, tâchez de gagner leur esprit, ayez leur vanité pour vous. Si vous ne vous faites pas aimer, faites qu'avec vous elles s'aiment mieux elles-mêmes. Ne les tenez pas indifférentes, elles veulent des émotions à qui tout cède.

Il y a des auteurs qui meurent ivres d'un succès. II y a d'horribles félicités.

1 La peau de chagrin, 135 : « Le mariage est un sacrement en vertu duquel nous ne nous communiquons que des chagrins, e

Il y a beaucoup de gens qui ont si peu d'idées que, pour faire croire à une masse, ils les font repasser plusieurs fois devant vous, comme au théâtre les comparses repassent d'une coulisse à l'autre pour

simuler une armée.

-S'il y a bien plus de crimes dans la haute société que dans la basse. Les gens sans éducation vont à l'échafaud pour avoir volé une pendule -avec les cinq circonstances du code. L'homme comme il faut brûle

un testament1.

G est le remords qui rend un homme atroce. Un homme qui ne se repent pas, c'est un système ou une organisation qui nous émeuvent et quelquefois nous imposent2.

L'espace, l'obscurité, la terreur, trois grandes sources de poésie.

1 Lapean de chagrin, 4G : c< L'instruction, belle niaiserie !... Pour les uns, l'instruction consiste à savoir les noms du cheval d'Alexandre, du dogue Bécerillo, du seigneur des Accords et d'ignorer celui de l'homme auquel nous devons le flottage des bois ou la porcelaine. Pour les autres, être instruit, c'est savoir brûler un testament et vivre en honnêtes gens, aimés, considérés, au lieu de voler une montre en récidive avec les cinq circonstances aggravantes, et d'aller mourir en place de Grève, haïs et déshonorés. »

2 Ibid., 44 : « L'homme qui a des remords est le vrai scélérat, car il a quelque idée de la vertu, tandis que Pierre le Grand, le duc d'Albe étaient des sj'stèmes, et le corsaire Monbard une organisation ».

La profondeur vient de L'intelligence du lecteur

et non de la pensée exprimée. Un livre est moins un effet qu'une cause.

La différence qui existe entre un homme dont l'intelligence inexercée l'a condamné à une apparente stupidité et ces hommes à vues lucides et longues dont les conceptions étonnent, m'a fait comprendre qu'il pouvait y avoir entre ces derniers et d'autres êtres la même distance qui sépare les stupides des clairvoyants, car la force de l'esprit humain est inconnue, et qui voudra réfléchir à ces soudaines révélations sur notre destinée, à ces hallucinations qui la portent à un suprême degré d'action, à ces pressentiments qui équivalent à l'accomplissement d'un

fait à venir, etc..

Il y a des femmes que des défauts secrets forcent à

avoir de la vertu l .

Dans le monde, et surtout à Paris, il faut porter son piédestal avec soi.

Qui est-ce qui n'est pas plus ou moins charlatan ? Saint Siméon Stylite était un charlatan2.

1 Ibid., 102 : « Avez-vous des imperfections qui vous rendent vertueuse malgré vous"? »

2 La maison Nucingen (1837), VIII, 641 : « Je demande où eom-

Jamais les serments n'ont sauvé un roi ni une fortune.

II est difficile d'avoir un système tout fait auprès des femmes, nous ne pouvons avoir qu'une masse d'observations dont on fait usage dans les circonstances. Ces observations sont bonnes une fois, fausses mille.

Douter de tout et ne douter de rien ne sont qu'un

même défaut.

Un héroïsme étayé par des passions laisse l'homme bien petit.

Ceux qui se privent de l'amour sont bien récompensés de leur continence par les sensations qu'elle

procure.

Autant souffrir dans un grand cercle que d'être percé de mille coups d'épingle dans un coin obscur.

mence, où finit le charlatanisme, ce qu'est le charlatanisme. Faitesmoi l'amitié de me dire qui n'est pas charlatan. »

Nous verrons plus loin Balzac s'inspirer, et par deux fois, du Piédestal de Jules Janin. Or, dans le Piédestal, (édition des Œuvres complètes, Louis Hauman, Bruxelles, 1834, t. VI, p. 43), Janin, examinant les multiples moyens de se faire un marchepied de quelque chose, écrit notamment : « Le moyen âge avait ses Siméon- Stylites, qui ne descendaient pas de hautes colonnades » .

Il arrive plusieurs fois de ne pas plus comprendre que

prévoir un événement.

Les moines et les catins sont forcés de faire des avances.

Lcs femmes ne voient que les défauts des gens de talent et les qualités des sots. Les qualités des sots se rapprochent de leurs défauts et tout est fortement tranché chez les hommes de talent1.

L'homme qui aime voit en lui plus que luimême 2.

L'on ne croit pas au dévouement, à l'amitié des pauvres et des malheureux, ils ne peuvent rien sacrifier d'apparent, ils n'offrent que des sentiments brûlants3.

1 La peau de chagrin, 76 : « Les femmes sont habituées, par je ne sais quelle pente de leur esprit, à ne voir dans un homme de talent que ses défauts, et clans un sot que ses qualités ; elles éprouvent de grandes sympathies pour les qualités du sot, qui sont une flatterie perpétuelle de leurs propres défauts, tandis que l'homme supérieur ne leur offre pas assez de jouissances pour compenser ses imperfections. »

2 Ibid. , 108 : « Un malheureux qui aime ne s'appartient plus et ne peut pas se tuer. »

:i Ibid., 104 : « Les malheureux ont des dévouements desquels il ne leur est point permis de parler aux femmes qui vivent dans une sphère de luxe et d'élégance... En prodiguant leur fortune et leur vie, en se dévouant, les hommes riches profitent des préjugés mondains qui donnent toujours un certain éclat à leurs amoureuses folies... Tandis que mon affreuse détresse me condamnait à d'épouvantables

L'avare est une éponge que presse la mort et dont les héritiers recueillent l'eau1.

Ce sont les marches qui tuent les soldats et les courtisans2.

Ceux qui sont contents deux-mêmes ont bien mauvais goût.

Que préférez- vous, craindre ou espérer? Espérer, sovez pauvre.

Heureux celui qui n'a jamais été heureux.

L'avarice croît et se nourrit de ce qui tue l'amour :

la possession3.

L'amour est plutôt une manière de varier le plai-

souffrances sans qu'il me fût permis de dire : « J'aime » ou « Je meurs ».

1 Gobseck (1830), III, 489 : « Vous faites une éponge de moi, mordieu ! et vous m'encouragez à me gonfler au milieu du monde, pour me presser dans les moments de crise ; mais vous êtes aussi des éponges, et la mort vous pressera. »

2 Aphorisme d'Oxenstiern, cité par Balzac dans sa Théorie de la Démarche (1833) XX, 567, avec cette variante : C'est les marches qui usent les soldats et les courtisans.

3 En marge de la main de Mme Hanska : « Effroyable arrêt. » — L'Ecole des ménages (1839) : « On tue l'amour par ce qui fait durer 1 avarice, la possession. »

sir qui est un thème dans notre vie, que le plaisir lui-même.

Toutes les passions humaines naissent avec nous, excepté l'amour.

L'amour est souvent le sentiment le plus violent

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