PARCE QU'IL EST LE MOINS DURABLE
Par la raison que la timidité est souvent du courage, la présomption est souvent lâcheté.
Le mariage est une vie dans la vie.
Quand on veut faire passer des sottises, il faut toujours les habiller avec des paillettes. Voyez le génie du Christianisme, les ambassadeurs, les rois, les peintures, les cathédrales, les prêtres.
Il y a toujours un mot comme « c'est votre léthargie » qui répond à tout. En 1560, c'est la religion; en 1660, le roi veut ; en 1760, c'est la philosophie ; en 1820, c'est la Révolution ; en 1830, c'est le roi-citoyen, la garde nationale, etc. 2.
1 En marge de la main de M1UC Hanska : « C'est doubler la dose. » — Physiologie du mariage (1824-1829), XVII : « L'amour est le moins vif de nos plaisirs et le moins durable. »
2 Complaintes satgriques sur les mœurs du temps présent (1830), XX, 450 : « En effet, à toutes les époques, il a existé de par le
En France, l'enfant qui inscrit son nom sur la muraille obéit à son instinct d'homme ; il est déjà désireux de rester sur le livre de vie. — Il fait un enfant.
Un livre doit être quelque chose qui nous tire de
nous-mêmes.
Nous ressentons souvent plus de souffrances au sein de nos joies que jadis les martyrs n'éprouvaient de joie au milieu de leurs souffrances.
C'est une chose impossible peut-être que de savoir quand la finesse devient de 1 improbité et la probité bêtise1.
monde une masse de sots qui se sont mis autour d'une idée, comme des passants qu'un homme d'esprit attroupe au Pont-Neuf en feignant de voir quelque chose dans la rivière. C'est ainsi que la bulle Unigenitus, les économistes et la dispute musicale ont été des centres d'attraction du temps de Louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI ; c'est ainsi qu'en 1590, le grand mot de ralliement de toutes les intelligences secondaires, pour exprimer les causes premières, était : « C'est la religion ; » en 1690, les sots disaient : « C'est la philosophie ; » en 1816, on résolvait tout par : « C'est la Révolution; » aujourd'hui, le pivot autour duquel tournent les niais, c'est la Doctrine. Ils passent leur vie à définir, c'est-à-dire à expliquer ce qui est, ridicule que le très spirituel Henry Monnier a si bien saisi dans sa caricature des gobe-mouches. »
1 Le Faiseur, XVIII, 562 : « L'excessive habileté n'est pas l'indélicatesse, l'indélicatesse n'est pas la légèreté, la légèreté n'est pas l'improbité, mais tout cela s'emboîte comme des tubes de lorgnette. »
PENSÉES, SUJETS. PRAGMENS li
Tu fais quelque chose, tu n'arriveras à rien. Il n'y a que ceux qui ne font rien qui arrivent. Ils sont à l'affût de tout et passent leur vie à la chasse aux places, aux affaires l.
Il faut avoir été longtemps dans la solitude pour en connaître tout le prix.
Il y a plus d'un abîme que l'amour ne saurait franchir, quelque puissantes et fortes que soient ses ailes2.
L'amour que nous inspirons nous donne une sorte de religion pour nous-mêmes, une dose de fierté. Nous sentons la vie d'un autre en nous. — Il y a des êtres qui se respectent cependant sans raison. Entre ne pas se respecter et se respecter trop, il y a tout un abîme3.
Improviser, c'est lire un beau livre dans son esprit.
1 La peau de chagrin, XV, 88 : « Toi, tu travailles. Eh bien! tu ne feras jamais rien », etc.
2 Ibid., 200 : « Ah ! Pauline, s'écria-t-il, pauvre enfant ! il y a des abîmes que l'amour ne saurait franchir, malgré la force de ses ailes. »
3 Ibid., 108 : « L'amour nous donne une sorte de religion pour nous-mêmes, nous respectons en nous une autre vie, il devient alors le plus horrible des malheurs, le malheur avec une espérance, une espérance qui vous fait accepter des tortures. »
Les titres de Dieu sont écrits sur un brin d'herbe1.
Les conseillers sont plus prudents quand ils reviennent de l'Hôtel de Ville que quand ils y vont.
-?- Les ruines sans les décombres sont tristes.
Les connaissances humaines sont un dépôt précieux qu'un siècle doit transmettre intact à un autre quand il ne les augmente pas.
Entre Socrate et Jésus-Christ, il n'y a que Jules César et Sylla.
En étudiant l'histoire, n'est-il pas démontré que la paix est un état contre nature ?
Est-ce un progrès que la vapeur ? L'homme a-t-il créé une force ?
La gloire est un pont jeté sur un abîme.
1 Lettre à Charles Nodier (1832), XX, 555 : « Quoique Dieu puisse se passer d'avocat après avoir écrit ses titres sur un brin d'herbe... ».
Il ny a que le naturel qui ne se contrefasse pas.
La conversation est un jeu où il ne faut pas mettre un louis contre un écu '.
Il faut toujours bien faire ce qu'on fait, même une folie.
Je crois que le bonheur est un sexagénaire.
Ne pas craindre de poser ses lèvres sur les lèvres
d'un mort.
Une esquisse gagne, un tableau perd 2.
La guillotine est une station sociale ; tant qu'on n'y va pas, on est honnête homme.
Sous la Révolution de juillet, on a fait des barricades et pas de barrières.
1 Autre étude de femme (1839-42), IV, 527 : « Là vous serez compris et ne risquerez pas de mettre au jeu des pièces d'or contre du billon. s
2 Gambara (1837), XV, 370 : « N'est-ce pas le procès gagné par l'esquisse contre le tableau fini, au tribunal de ceux qui achèvent l'œuvre par la pensée au lieu de l'accepter toute faite î »
La vertu est en morale ce que la beauté idéale est dans les arts, une abstraction vers laquelle nous tendons toujours sans pouvoir en atteindre la... '.
Autant de trous, autant de chevilles 2.
-?• Les grands ouvrages étouffent les petits ennemis.
Ceux qui ont conté sont rares, bien conté, on les compte et ce sont des hommes de génie.
Lucien. — Pétrone.
Les fabliaux (autoreincerto), Rabelais.
Verville, Boccace, TArioste, La Fontaine, Voltaire, Walter-Scott, Marmontel pour mémoire. Et la Reine de Navarre!... Hamilton, Sterne, Cervantes.
Et Le Sage, donc ?
Les petites âmes se trompent toujours en appréciant les grandes.
La foule attire la foule; abyssus abyssum.
1 Ici une tache d'encre.
s Adage encore en usage en Normandie.
Ceux qui souffrent ne craignent pas la mort, ils savent qu'ils ne peuvent pas perdre au change.
Pour certaines âmes, la mort est préférable à un bonheur incomplet.
II n'y a rien de fantastique. Nous n'imaginons que ce qui est, sera ou a été.
L'œil a la perception d'un objet éloigné dans son état normal ; s'il lui est possible de voir clairement à deux lieues en mer, pourquoi ne pourrions-nous pas arriver à un état, les conditions changées, ou même en vertu de la même puissance, qui le ferait voir plus loin ou à travers les espaces ?
La vie et la mort sont peut-être pour l'humanité le jour et la nuit d'une existence plus vaste que ne
l'est la nôtre.
II faut plus que de la force pour supporter certains
moments de la vie.
Les grandes déterminations sont un désespoir.
Le dégoût, c'est voir juste. Après la possession, l'amour voit juste chez les hommes.
La femme a autant de raisons pour aimer un être faible que pour aimer un être fort.
L'art est d'exprimer beaucoup en disant peu.
Nos ennemis nous sont bien plus utiles que nos amis. Ils ne nous oublient jamais, puis le monde croit le bien qu ils pensent de nous et se défie du mal qu'ils en disent, tandis qu'il croit le mal dans la bouche de nos amis et suspecte leurs éloges.
Tous les grands monuments jettent de l'ombre ; il y a des gens qui ne voient que l'ombre.
Il y a peu de principes sociaux qui n'arrivent à l'absurde. Un homme guillotiné pour avoir fabriqué deux pièces de six liards avec des boutons, n'est-il pas une monstruosité ?
0 Platon, sublime corrupteur qui fait de l'âme un instrument pour ouvrir un corps, tandis qu'il est si naturel d'ouvrir le corps pour y trouver l'âme !
Une loi, la volonté du peuple ! Bêtise. Autant donner les verges à un enfant pour qu'il s'en serve.
La mort est préférable au bonheur incomplet.
Les tintements des cloches qui appellent les chrétiens à la messe, représentent, dans un ordre opposé, les tintements de l'âme qui attend.
Il est des pensées comme des blessures dont on
ne revient pas1.
Le grand orateur est fils de la solitude.
La finance et la pénalité ont dominé et l'on a oublié de songer aux institutions, il n'y a plus de législateurs.
Entre la terre et le ciel la pensée.
Peut-être la force des sentiments est-elle en raison de leur rareté. Peut-être l'homme qui vit peu par la pensée ou qui a peu de pensées, jouit-il beaucoup par les choses et met-il autant d'âme dans le petit nombre de ses pensées qu'un autre homme dans une plus grande quantité2.
» Histoire des Treize (1834), VIII, 173.
2 Le médecin de campagne, XIII, 464 : « Peut-être la force des
Ne jamais passer derrière un cheval ni devant une femme sans faire attention.
L'homme emploie les forces et ne les crée point.
La main d'un homme baisée par une femme. Quelle plaisir pour elle d'intervertir les rôles !
Un crime, c'est l'athéisme en action. On ne croit
pas à l'avenir.
L'homme froid discute, l'homme passionné agit, l'un a de la lymphe et l'autre du sang. Un homme froid qui agit est terrible.
Ce qui fait la femme si grande, c'est qu'elle lutte toujours contre une destinée incomplète.
Si la société a le droit de nous tuer, nous l'avons bien aussi sur nous-mêmes. Qu'y a-t-il de plus souverain sur nous que nous-mêmes ?
sentiments est-elle en raison de leur rareté. Peut-être l'homme qui vit peu par la pensée vit-il beaucoup par les choses, et moins il en possède, plus sans doute il les aime. »
Les parvenus sont comme les singes qui grimpent à un arbre.
Arrivés en haut, on ne leur voit plus que le postérieur.
Les novices entendent les anges, mais les religieuses les voient.
Le prêtre qui croit voit les anges, mais le prêtre qui ne croit pas les fait voir '.
L'homme comme l'animal se cache pour faire l'amour, parce qu'il est alors sans défense.
En toute chose, quand l'effet devient plus grand que la cause, arrive la destruction -.
Jai trouvé tant de bienfaiteurs que je ne sais pas où se fourrent les ingrats.
1 Le cabinet des Antiques (1837), VII . « La foi qui fait voir à un jeune homme les anges du paradis, est très inférieure à la puissance du vieux moine qui les lui montre. » — Monographie de la presse parisienne (1843), XXI, 397 : « Axiome : Le prophète voit les anges. Mais l'incrédule les fait voir au public. »
2 Louis Lambert (1832), XVII, 62 : « Quand l'effet produit n'est plus en rapport avec sa cause, il y a désorganisation. » — César Birotteau, (1837), VIII, 364 : « Quand l'effet produit n'est plus en
24 PENSÉES, SUJETS, FRAGiMENS
Nous avons tous aujourd'hui, même les rois, trop de pairs pour être grands.
Un vieux bœuf fait son sillon droit.
Sur trois pensées, cachez-en une.
Il n'y a plus de grands caractères, il n'y a que des hommes qui touchent aux événements.
Un monde de pensées gardées ne vaut pas une action, mais une pensée jetée dans le monde vaut plus qu'une action, elle en engendre.
Mettez-moi des bas de soie, un habit brodé, donnez-moi un carrosse, appelez-moi Votre Excellence et asseyez-moi à un congrès devant les ambassadeurs de l'Europe, et vous verrez.
La France a intérêt à posséder la Belgique pour maintenir l'Angleterre et à faire de l'Italie une seule
rapport direct ni en proportion égale avec sa cause, la désorganisation commence. »
nation et un seul royaume pour maintenir l'Autriche ; en reprenant Malte, elle peut avoir l'Egypte, ce qui lui donne la tutelle de l'Orient.
La réflexion n'ôte rien au cœur et les habitudes de l'égoïsme le rétrécissent.
La solitude du savant vaut mieux que le monde.
Tout est justifiable par l'amour, tout est horrible avec le calcul \
L'amour-propre est l'égoïsme de l'esprit.
La catalepsie est l'effet contraire à celui qu'exprime le mot; la suspension instantanée de nos facultés externes provient du jeu plus étendu de nos facultés internes.
Nous voulons être aimés jusque dans nos défauts et nous haïssons les autres à cause de leurs belles qualités.
1 Histoire des Treize (1834), VIII, 187 : « Ali ! vous calculez et vous dites aimer ! fi ! »
Une vertu suffit à effacer bien des vices et un vice efface aussi bien des vertus.
Quand on est vieux, c'est être à l'âge où il n'y a plus d'avenir.
Jésus-Christ, 33.
Mahomet, 67.
Ma vie n'est pas la mort, voilà tout.
Jesid Tababah1.
Puckford, auteur anglais, a expliqué l'ânesse de Balaam en disant qu'elle ne pensait pas ce qu'elle disait; les ânesses d'aujourd'hui ne disent pas ce qu'elles pensent2.
On rougit de la vertu comme du vice, on s'honore de l'un et de l'autre.
La circonstance fait tout3.
1 C'est, me dit-on, le titre d'un ouvrage théologique inventé par Balzac.
2 Le curé de village (1837-45), XIV, 62 : « N'a-t-il pas fait parler [Dieu] l'ânesse de Balaam... » — Selon certains commentateurs, elle n'a pas trop su ce qu'elle disait. »
3 Le Père Goriot, IV, 96 : « Il n'y a pas de principes, il n'y a que des événements ; il n'y a pas de lois, il n'y a que des circonstances. » — La maison Nucingen, VIII, 603 : « Il n'y a pas de vertu absolue mais des circonstances », aphorisme prêté par Balzac à Henri II.
Les premières leçons données aux enfants doivent porter sur les sentimens. Un modèle d impudence leur fait plus d'effet qu'un modèle de vertu. On aime avant de raisonner. On ne viole pas le goût.
La naïveté est une décence chez les filles, puisqu'elle devient un art chez les femmes.
Eve [est] d'un degré plus noble que son mari, suivant un auteur hollandais.
Ne crois à rien et fais ce que tu veux.
Qui fait le premier compliment prend le haut du pavé. Cela est si vrai qu'un Anglais est toujours inquiet quand vous lui faites une politesse ; il se souvient de Fontenoy.
L'hypocrisie qui dure devient un caractère.
-?• L'affabilité, c'est la bienveillance en action.
On fait d'une seconde une éternité comme d'un an une seconde.
L'envie est le trésor de nos succès rêvés et non obtenus, de nos intentions sans effet, de nos pensées sans exécution1.
L'amour qui a un but n'est plus de l'amour. On
aime pour aimer.
Les règles du goût sont éternelles, elles sont le résultat d'un accord permanent entre les moyens et la fin de 1 homme.
La supériorité de la masse rend la grandeur de l'individu plus difficile.
Une femme voit toujours quand un homme ne voit qu'elle dans ce monde2.
Spinosa vivait de 5 sous par jour. Calvin n'a pas laissé 50 écus. Luther a laissé sa femme et ses enfants sans pain.
On est heureux sans fortune comme on est amoureux sans femme.
1 Illusions perdues (1835-43), VII, 326 : « L'envie, cet horrible trésor de nos espérances trompées. »
2 Illusions perdues, 225 : « Quelle est la femme qui ne se sent pas aimée ? »
Quand on est coupable, il faut être habile1.
-?- Tomber plus bas ou aller plus haut2.
La liberté s'adresse à Tégoïsme, tandis que la religion et la monarchie parlent au cœur.
Le monde est-il, suivant Jacob Bœhm, la coque dune pulpe, l'enveloppe d'un monde invisible, idéal, ou l'idée est-elle le résumé du monde extérieur ?
Entrez dans les bagnes, pas une injure ne se proférera contre les juges. — Lisez l'Evangile, rien contre Pilate ni contre Judas. — Allez à la Cour, il n'y a personne qui ne se plaigne du Roi, quoiqu'il comble ses courtisans. — Voyez les commerçants, tous trouvent que le commerce va mal. — Concluez.
La foi catholique est un mensonge qu'on se fait à soi-même. L'Espérance est une foi en l'avenir. L'or-
1 La Rabouilleuse (1842), VI, 300 : « Une sottise qui ne réussit pas devient un crime. »
2 Cette pensée se trouve répétée quelques pages plus loin.
gueil est la foi en soi. La piété est un calcul d'enfant qui se tient sage pour avoir des confitures (ou peutêtre un calcul d'avare qui se refuse tout, car pour lui se priver c'est jouir)1.
La foi en autrui, la terreur est une foi en la douleur.
La sagesse est une spéculation d'existence, une foi en la vie. Tout au monde est croyance.
Le Dieu du Christianisme n'a jamais été peint que vieillard. Pour les uns c'est une ganache, pour les autres un père.
II n'y a pas une religion qui ne se ressemble et ne produise les mêmes effets, la même somme de mal et la même somme de bien, et ceci est vrai des gouvernements et des institutions partielles.
Pascal a écrit : « Sans Jésus-Christ le monde ne
1 Histoire des Treize VIII, 174 : « Oui, poursuivit Moiitriveau d'une voix altérée, votre foi catholique à laquelle vous voulez me convertir, est un mensonge que les hommes se font, l'espérance est un mensonge appuyé sur l'avenir, l'orgueil est un mensonge de nous à nous », etc. — Le curé de village, 185 : « Je regarde la foi comme un mensonge qu'on se fait à soi-même, l'espérance comme un mensonge qu'on se fait sur l'avenir, et votre charité comme une ruse d'enfant qui se tient sage pour avoir des confitures. »
subsisterait pas. » Je voudrais bien que la figure de l'Amérique comparût à ses yeux. Heureux peuple, jusqu'au xve siècle, dépeuplée, suppliciée pendant trois cents ans. J'aurais voulu que le monde mahométan, que la Chine lui apparussent et que l'Asie lui tirât les oreilles.
La guerre est un duel de peuple à peuple, il maintient le droit entre les nations comme le duel entretient la politesse entre hommes.
La gloire est le soleil des morts1.
Si les masses se multiplient par celle de toutes les intelligences qui les composent, elles se multiplient également par leur ignorance, en sorte que tout est possible avec elles, les niaiseries et les belles choses, c'est selon.
La loi ne doit pas être le vœu de la société, car elle doit être opposée aux mœurs pour leur servir de barrière ou de contrepoids. La loi procède d'une intelligence plus élevée que le milieu de la société où est le plus grand nombre, elle ne peut jamais être l'ouvrage de tous 2.
< La recherche de l'Absolu (1834), XV, 567.
2 Le médecin de campagne, 568, XIII : « Souvent la tendance des lois doit être en raison inverse de la tendance des mœurs a, etc.
Ce que la religion catholique a de beau, ce sont ses principes généreux : la résignation, le dévouement enseignés par Jésus-Christ, deux principes de sociabilité.
Le remords est la vertu des faibles, on a peur '.
J'ai toujours eu quelques heures de joie mélancolique, de rire et de réflexion en songeant à Jésus- Christ rencontrant Jules II ou même Léon X.
Mahomet, Jésus-Christ, Moïse ont eu de grands succès en Occident. Mais les législations de l'Asie en ont eu davantage et la Chine est une preuve étonnante contre T Europe.
Onne peut pas être au même niveau que la calomnie, on est au-dessus ou au-dessous.
Pascal a dit : « L'incarnation montre à l'homme la grandeur de sa misère par la grandeur du remède qu'il a fallu. »
1 Séraphita (1833-35\ XVII, 171 : « Le remords, cette vertu des faibles... »
Le même a dit : « Le Christianisme ordonne à l'homme de se reconnaître vil et abominable et, en même temps, de tâcher de ressembler à Dieu. »
Concevez-vous quelque chose d'immatériel, c'està-dire n'ayant aucune affinité avec la matière, mais qu'un peu d'opium change et annule ' ?
Pascal gris, niant Dieu. — Dieu étant caché, toute religion qui ne dit pas que Dieu est caché, n'est pas véritable.
Ceci est une phrase de Pascal qui croyait Dieu présent dans l'Eucharistie.
Dieu voulant racheter les hommes me fait l'effet d'un négociant mettant son argent d'une caisse dans
l'autre2.
La Jérusalem céleste est la personnification de l'espérance.
1 Louis Lambert, XVII, 65 : « Comment imaginer des facultés immatérielles que la matière réduise, dont l'exercice soit enchaîné par un grain d'opium ?» — Cf. p. 5 : « Quelle pitié, etc. »
2 Séraphita, XVII, 188 ■ « Concevez-vous Dieu s'amusant de luimême sous forme d'homme, riant de ses propres efforts, mourant vendredi pour renaître dimanche, et continuant cette plaisanterie dans les siècles des siècles, en en sachant de toute éternité la fin ? »
On ne doit toucher à son ennemi que pour lui
abattre la tête1.
Il y a des auteurs qui ne sont point vivipares.
Perdre la vie, c'est gagner la partie.
«*- Les grands hommes sont comme les rochers de la mer. Il ne peut s'y attacher que des huîtres2.
-S- La finesse qui réussit toujours est de la force.
-f Legoût est la conscience de l'esprit.
La plus belle des vengeances est le dédain de la vengeance 8.
C'est au cœur que les gens de Paris ont la pierre 4.
1 Histoire des Treize, VIII, 39 : « Il ne faut toucher à son ennemi que pour lui abattre la tête. »
2 « En voilà bien assez pour vous convaincre qu'il faut être une huître (vous souvenez-vous de ceci ?) ou un ange pour s'attacher à ces grands rochers humains... » Lettres à l'Etrangère, 20 janvier 1838.
En marge de la main de Mmo Hanska : Je suis donc une huître.
3 Histoire des Treize, VIII, 208 : « La plus cruelle vengeance est, selon moi, le dédain d'une vengeance possible. »
4 Ibid., 270 : « Tous [les jeunes élégants de Paris] sont également
Il y a des douleurs qu'on aime à ressentir.
Woolf a été l'ingénieur qui a encaissé ce fleuve magnifique appelé : le bruit.
L'amour est la plus étonnante forme de l'égoïsme1.
L'axiome de la Hollande est : l'homme qui dépense est un animal dépravé.
Une belle âme est portée vers les grandes affections et une tête forte tend aux grandes idées.
Avoir une belle âme et une tête forte, il y a combat; il faut que le cœur ou la tête remportent L'un sur l'autre.
Rien n'est difficile à convaincre comme un imbécile qui se croit Homère.
Les grands ouvrages, en paraissant, sont comme des grands arbres qui tombent dans un lac, et plongent
cariés jusqu'aux os par le calcul... et s'ils sont menacés de la pierre, en les sondant, on la leur trouverait, à tous, au cœur. »
1 César Biroltcau, VIII, 415 : « L'amour est une passion essentiellement égoïste. »
jusqu'au fond des eaux, ils sont un certain temps à reparaître à la surface ; ils vont au fond des masses et ne reviennent que plus tard au-dessus.
Les œuvres légères vont aux nues tout à coup.
L'amour est bien loin quand une femme songe à
le réveiller.
Les haines les plus vives naissent au sein des amitiés.
Marius, Cromwell et Robespierre ont-ils empêché César, les Lords et Napoléon ?
II y a deux jalousies, celle qui fait qu'on se défie de sa maîtresse, et celle qui fait qu'on se défie de soi-même *.
Lhonneur est un moyen adroit de faire faire à la vanité des actes de vertu.
Ne trouvez-vous pas que Gamba a bien plus L'air que la Guiccioli d'être la veuve de lord Byron 2
1 Les Ressources de Quinola (1842;, XVIII, 155 : « Il y a deux sortes de jalousies, celle qui fait... » etc.
2 L'ouvrage de Gamba : Récit du dernier voyage de lord Byron en Grèce, est de 1825. Parisot eu avait donné une traduction la même aunée.
Je suis vif, je ne suis pas prince, je me bats.
Il faut se prêter à la douleur.
Quand vous n'avez pas d'idées bien arrêtées, les
mots sont vagues. Le mot qui peint est toujours celui
de l'homme de génie.
Logique, sentiment caché sous des images justes, toute la littérature est là.
L 'homme de talent met virtuellement l'image dans
le mot.
Écrire, c'est mettre les idées au point précis où tout le monde peut les voir et les sentir.
Pour qu'un écrivain soit grand, sa phrase doit toujours contenir l'idée correspondante à celle qu'il exprime.
La phrase de Bossuet, qui est toujours bifrons, bilatérale.
Les grands hommes ne sauraient voir un des côtés du triangle seulement.
(C'est enfermer tout un monde dans un mot.) Beafsteack de corbeaux.
Vouloir, pouvoir, savoir'.
La mort se fait quelquefois attendre, elle a de la coquetterie, le malheur jamais.
Quand on a la prétention de rendre service, il faut en avoir les mo}rens.
L'homme de génie ressemble à tout le monde et personne ne lui ressemble -.
-?- Je suis venu une heure trop tard au monde et je n'ai jamais pu rattraper cette heure-là.
-?- Les arts copient des objets matériels sous des angles déterminés, l'écrivain rend des idées, il est l'artiste suprême.
On dort promptement quand l'espérance vous berce3.
1 Cf. La peau de chagrin. XV, 29.
2 Le curé de village, XIV, 139 : « Le génie a cela de beau qu'il ressemble à tout le monde et que personne ne lui ressemble. »
3 Idem, 185 : « On dort cependant bien, monsieur, quand l'espérance nous berce. »
Qui couche avec des chiens se réveille avec des puces.
En aimant un bel homme, un sot, une femme avoue quelle met tout dans les sens, et n1a rien dans
rame1.
Le pauvre est celui qui désire trop.
Voici les deux pôles sociaux (comme opposition) , le pays où personne ne songe à commettre un crime, le pays où tout est si bien calculé qu'il y a impossibilité de commettre un crime-.
-?- C'est derrière le mensonge qu'est la vérité 3.
1 Histoire des Treize, XIII, 217 : « Se donner à un sot, n'est-ce pas avouer clairement que l'on n'a que des sens ?» — Mémoires de deux jeunes mariées (1841), I, 193 : « J'ai pensé qu'il y avait quelque chose d'horrible à aimer un homme beau. N'est-ce pas avouer que les sens sont les trois quarts de l'amour, qui doit être divin ? »
2 Les petits bourgeois (paru posthume, 1854), XI, 499 : « Les sociétés ont deux termes de perfection : le premier est l'état d'une civilisation où la morale, également infusée, ne permet pas même lidée du crime : les jésuites arrivaient à ce terme sublime qu'a présenté l'n,glise primitive ; le second est l'état d'une autre civilisation où la surveillance des citoj'ens les uns sur les autres rend le crime impossible. Le terme que cherche la société moderne, » etc.
3 Le curé de village, XIV, 185 : « C'est derrière le mensonge que se tapit la vérité. »
Faire le bien est une passion aussi supérieure à l'amour que l'humanité est supérieure à la créature'. Faire le bien, c'est aimer Dieu.
Ce qui est sans goût est sans reproche.
-?- L'artiste exécute, le poète écrit, le savant et l'inventeur observent, le politique agit, le religieux médite. (Industriel, inventeur, manufacturier, politique et religieux).
Le grand homme a toujours raison, même quand
il prend une résolution dont les suites paraissent
funestes.
Le beau, c'est le vrai bien habillé.
-?- La crainte est l'envers de l'expérience.
Nous avons sacrifié sans profit toute une génération.
De même que, pour comprendre le mouvement des astres qui, de la terre, nous paraît désordonné.
1 Le Curé de village, XIV, 190.
il faut se mettre" par la pensée dans le soleil, de même il faut se mettre dans la pensée de Dieu pour s'initier aux idées de la création. Le mystique et l'astronome font la même opération. La religion est une science au même titre que l'astronomie.
Un roi bourgeois sera plus haï de la démocratie qu'un roi absolu. 11 sera plus près délie et Ton ne hait bien que ce que l'on connaît.
Le crime et la vertu extrême sont également haïs.
Le portail de Notre-Dame est irrégulier.
Tout événement qui n'est qu'événement est inutile (Fénelon).
Il n'y a point de sots dans la nature, nous les devons à la société ' .
Le sens général des guerres depuis 1792-1815 est ceci. La France a toujours combattu hors de chez elle et n'a connu la guerre que par l'impôt... Les nations continentales l'ont connue par l'occupation
1 La maison Nucingen, VIII, 620 : « La nature n'a fait que des bêtes, nous devons les sots à l'état social. »
et par l'impôt. A l'étranger, les familles étaient ruinées et l'Etat obéré. En France, L'Etat était obéré, les familles s'enrichissaient. La lutte s'est soldée en 1815. — Les Etats étrangers ont repris à la France en masse pour leur compte et non pour celui des familles ce que les armées françaises avaient pris, il s'en est suivi, financièrement parlant, que la France a été ruinée comme Etat et que les autres Etats se sont remplis. Ainsi la lutte, riche de vingt victoires, a été perdue par une défaite. La France, militairement parlant, ne connaissant pas les maux réels de la guerre, n'a pas défendu son territoire, et les autres Etats, lassés de la guerre, voulaient à tout prix en finir avec la France. Nous sommes depuis vingt ans sous le faix de ces résultats. Les deux plus grandes pensées de Napoléon, la guerre de Russie et la lutte avec l'Angleterre, sont les questions vitales actuelles qu'il aurait terminées au profit de l'Europe menacée, il ne représentait ni la France ni l'Europe, mais le monde.
La Russie de 1838 explique 1812.
On ne sépare pas les cœurs aimants, on les déchire.
Le bonheur est l'exception de la vie.
Le mais est le manteau de l'envie.
L'argent du pays est comme l'eau, il prend son
niveau .
Le bruit laisse-t-il des traces ?
-*• Le génie a les oreilles grandes en dedans.
•*- La vertu aie travail pour sentinelle.
Il y a des amis qui sont comme des rosiers qui ne produisent que des épines1.
L'esprit humain procède par la spirale dans ses conquêtes et il y a des gens qui, dans la sinuosité présente, ne veulent pas voir.
Il y a des gens qui hurlent avec les rossignols et
chantent avec les loups.
Au Père-Lachaise, les morts ont raison.
1 Cette même pensée se retrouve plus loin avec cette variante : n'ont que des épines.
Une femme distraite est un lynx qui voit tout'.
La femme et le papier sont deux choses blanches
qui souffrent tout.
Donner un conseil, acte de vanité.
Toute personne qui pense fortement fait scandale.
Dans les machines bien ordonnées, tout est
enchaîné.
Passion finie, feuillet tourné.
La société a son enfer, son purgatoire et son paradis : le mariage, le célibat, les retraites2.
Il y a dans les arts des hommes qui sont ce que sont les enfants de chœur dans la musique.
1 Sur Catherine de Mcdicis (1828 -42], XVI, 479 : « Une femme qui paraît ne rien voir est un lynx. »
2 Une fille d Eve (1838), II, 542 : « Le mariage, mon enfant, est notre purgatoire, l'amour est le paradis... — Mais c'est un enfer où l'on aime. »
Les créanciers savent nous trouver beaucoup mieux et plus promptement que nos amis ; ils viennent souvent pour une petite somme là où les autres ne viennent pas pour une grande affection1.
On paye le tribut de louanges dû aux morts parce qu'ils ne sont pas là pour le recevoir.
Améliorer le sort des masses, c'est améliorer celui des classes supérieures.
L'orgueil supplée souvent le courage.
Nous n'avons de présence d'esprit qu'à la condition de ne nous étonner de rien. Il faut alors être vieux ou vieilli, ou avoir le tempérament particulier des hommes de génie.
Rien ne meurt, tout se transforme2.
1 Le Faiseur (1838 40,, XVIII, 478 : « Un homme qui ne doit rien, mais personne ne songe à lui, tandis que mes créanciers s'intéressent à moi '• »
- Modeste Mignon (1844 I, 629 : « Rien ici-bas ne se perd, rien n'échappe à notre planète pour aller ailleurs, o
C'est trop une habitude pour être une vertu.
La faiblesse veut commander, la laideur plaire et la vieillesse vivre.
Gomment me suis-je égaré sur la route du bonheur?
Un grand écrivain porte en son cœur un monstre qui, semblable au taenia, y dévore les sentiments à mesure qu'ils y éclosent '.
Il faut prendre le temps comme il vient et les femmes par la taille 2.
Tout ce que l'homme de cœur a au-dessus de vingt mille livres de rente, est une prime donnée aux embêtements sociaux.
La fièvre, c'est nos désirs.
1 Illusions perdues, VII. 519 : « Le génie est une horrible maladie. Tout écrivain porte en son cœur un monstre qui, semblable au taenia dans lestomac, y délivre les sentiments à mesure qu ils y éclosent. »
- Cette pensée se trouve répétée plus loin.
Il y a (les hommes aussi embarrassés de leur âme que d'autres le sont de leur corps.
Les livres ne changent pas immédiatement le cours des choses, mais ils le changent dans un temps donné. Les actes du pouvoir ont un effet immédiat.
Tous les tyrans et les usurpateurs d'un sens droit
et d'un grand courage ont été d'ardents protecteurs
des lettres, il était de leur intérêt d'occuper les
esprits de ces questions. Pisistrate a recueilli les
rapsodies d'Homère.
Un sentiment presque aussi contagieux que la peur, c'est le courage.
Toute force que l'homme croit inventer est un emprunt fait au mouvement éternel et restitué à Finstant même2.
L'homme est chéri, la femme n'est qu'adorée ; il doit donner sa vie et la femme en profiter.
1 La peau de chagrin, XV, 189 : « Qu'ai-je donc créé? Rien. L'homme n'invente pas une force, il la dirige et la science consiste à imiter la nature. » — Les ressources de Quinola, XVIII, 212. « L'homme... ne crée pas de forces... il les emprunte à la nature. »
La jalousie, c'est le doute ; la conviction, c'est le désespoir ou la tranquillité.
L'excessive civilisation est au plus près de la barbarie, comme l'acier de la rouille. Il suffit d'un instant d'oubli pour qu'elle arrive.
Si Jésus-Christ n'était qu'un homme et qu'il ait compris que sa morale ne s'établirait pas sans qu'il fût sacré par le malheur, qu'il ait voulu donner l'exemple pour les supplices de ses croyants, et qu'il soit convenu avec Judas de la trahison de ce dernier, il faut avouer que c'est le plus grand des hommes1.
Les factieux d'aujourd'hui continuent Luther. Il se servent des idées au lieu d'employer les armes. Etre libre, selon eux, c'est exister socialement sans loi. Ils en sont arrivés là en continuant de délier l'homme civil comme Luther et Calvin ont délié l'homme religieux.
1 Des Artistes, (1830), XXIII, 152 : « Un grand homme doit être malheureux. Ainsi chez lui la résignation est-elle une vertu sublime. Sous ce rapport, le Christ en est le plus admirable modèle. Cet homme gagnant la mort pour prix de la divine lumière qu'il répand sur la terre et montant sur une croix où l'homme va se changer en Dieu, offre un spectacle immense : il y a là plus qu'une religion, c'est un type éternel de la gloire humaine. »
Bonaparte régna pour avoir réellement tiré sur le peuple, tandis que Louis XVI fut mis à mort pour le seul soupçon de lavoir fait. Charles X est tombé pour avoir essayé de museler le peuple et Louis- Philippe qui règne, accomplit la pensée de Charles X. Le nouveau pouvoir fait un moyen de ce qui a été un obstacle pour le précédent. La condition de l'usurpateur est de se moquer de la Révolution qu'il confisque
à son profit1.
Les religions païennes déifiaient la terre et la mettaient dans le ciel, le catholicisme a fait dominer le ciel sur la terre.
L'insurrection, qui fut le plus saint des devoirs pourle duc d'Orléans, est devenue le plus horrible des crimes contre le roi des Français. Un trône placé entre ces deux choses est impossible.
Ce qui rend le peuple si dangereux, c'est qu'il a toujours son absolution dans sa poche pour tous ses crimes 2.
1 La cousine Bette (1846), X, 73 : « Bonaparte est devenu lEmpereur pour avoir mitraillé le peuple, à deux pas de l'endroit où Louis XVI a perdu la monarchie et la tête pour n'avoir pas laissé verser le sang d'un M. Sauce... »
2 La Muse du département ( 1843-44), VI, 423. Pensée inscrite sur l'album de Mme de la Baudraye sous la signature J.-B. de Clagny et avec cette variante : C'est qu'il a pour tous ses crimes une absolution dans ses poches.
Dans la partie de Saint-Cloud, Bonaparte a payé les cartes à Sieyès, l'un jouant, l'autre regardant jouer.
La loi est avilie par l'opposition avant même qu'elle ne devienne la loi, comment peut-elle obtenir une obéissance générale?
L'excès du pouvoir devient une faiblesse, car toute
chose, en dépassant la limite du parfait, recommence
une autre chose et ne compte de force et de vie que
ce qui est au delà de la limite. Il ne saurait y avoir
dans l'Etat qu'un seul pouvoir. Soit trois, il y a ligue
de deux contre un ; deux, l'un tend à annuler l'autre,
la vraie politique rationnelle est un pouvoir borné
par des institutions.
La matière est la femelle de Dieu l.
Le verbe est à la totalité de la parole, à l'intelligence, ce que le un est aux nombres, aux sciences exactes. Il y a parité complète entre les nombres et les idées.
1 Cf. Les Proscrits (1831), XVI, 673 : « La Bible à la main, après avoir spiritualisé la matière et matérialisé L'esprit, après avoir fait entrer la volonté de Dieu en tout, etc. »
Le mouvement, le 1, le verbe1.
Le jour où le gouvernement ne trouvera plus à emprunter, Tordre se rétablira dans la société française. Demander de l'argent au peuple, c'est le rendre souverain.
L'objet du gouvernement est le maintien d'une société, mais comme il n'y a plus de société de nos jours, il n'y a plus de gouvernement.
La censure est nécessaire dans un temps où les écrits périodiques deviennent de mauvaises actions. L'écrivain devient un malfaiteur, il y aurait imbécillité à lui laisser dans les mains larme dont il abuse.
Les républicains font du peuple un instrument, les royalistes en font l'Etat.
Toute assemblée aune pente à créer des principes au lieu de les subir. Elle dit : ceci sera le droit, au lieu de dire : le droit est. Aussi toute assemblée estelle grosse d'une révolution quand elle a la moindre raison de se croire souveraine.
1 Cf. La Peau de chagrin, XV, 189-191.
Bonaparte, qui avait observé la Révolution, avait fait de la Chambre le IVe pouvoir.
Le style est le moyen approprié au résultat.
La force du pouvoir vient du moi politique que le moi individuel tue, et nous avons tout fait depuis cinquante ans pour rendre L'individu roi.
Il est des vertus dont il faut se déshabituer quand on gouverne ' .
Ce qu'on nomme un gouvernement représentatif est une tempête perpétuelle, car la minorité de rassemblée ne manque jamais à dire qu'elle est la majorité de la nation, et tôt ou tard il faut vérifier cette assertion, et il suffit d'une circonstance pour lui donner raison. Quand cela arrive, il y a révolution. Ce gouvernement est donc toujours à la merci d'une circonstance. Or, le propre d'un gouvernement est la fixité. C'est ce qui fait l'Autriche si forte.
Quand on s'est approprié tous les droits, il n y a
1 Les ressources de Quinola, XVIII, 229 : « Y a-t-il donc des vertus dont il faut se déshabituer '.' »
plus de droit, c'est ce qui rend toute république impossible.
Des libertés, soit, mais la liberté, non \
En France on prend le public pour le peuple.
On ne fonde pas des empires par des délibérations, mais par de lentes agrégations que l'esprit de discussion empêche. La France ne fera pas une seule conquête avec le régime dune anarchie, elle emploie toutes ses forces à ne pas se dissoudre.
Un roi légitime croit bien plus qu'un sénat de républicains à la souveraineté du peuple, et les gouvernements dits absolus sont bien plus pour lui que les gouvernements à assemblée. Un roi craint les représentations de son peuple et se trouve forcé de le bien gouverner. L'assemblée fait le mal sans responsabilité.
1 Monographie de la presse parisienne (1842), XXI, 391 : « En examinant létat actuel de la France, un penseur pourrait tout résumer par cette phrase : « Des libertés, oui, la liberté, non. » — Sur Catherine de Médicis, XVI, 3, 72 : « La liberté non ; mais des libertés, oui. »
Il y a des esprits nobles et des esprits roturiers.
-S'il y a cent manières d être pour une république, il n'y a qu'une manière d'être pour la monarchie.
En cinquante ans, nous avons eu dix constitutions différentes sans pouvoir obtenir de constitutions parce qu'on voulait toujours concilier le peuple et la souveraineté, ce qui est impossible.
La majorité est envieuse, les hommes supérieurs en petit nombre. Concluez.
Le peuple est un enfant. Il veut tout et quand il a tout, il ne sait qu'en faire.
Plus vous abaisserez le cens électoral, plus inintelligente sera la Chambre. Tout ce que le peuple choisit est mauvais. Comparez la Chambre de Napoléon, celle de la Restauration et celle d'aujourd'hui, vous verrez que plus on a donné de latitude à l'élection, moins il y a eu d'hommes remarquables. Toutes les tètes fortes de la France étaient dans la Chambre dé 1812. Il n'y en a pas trente aujourd'hui.
La vieillesse est une suite de partis pris.
L'assemblée dit : est-ce juste ? et consacre la nécessité. Le roi reconnaît la nécessité et il en fait la justice. Voilà toute la différence.
Il n'y a pas deux citoyens égaux et les républicains veulent que l'impossible devienne la loi de l'Etat parce que leur état est impossible.
Ce qui distingue Napoléon d'un porteur d'eau n'est sensible que pour la société, cela ne fait rien à la nature, et voilà ce qui prouve que l'inégalité des conditions est une nécessité sociale. Aussi le démocrate en revient-il toujours
à la nature1.
L'indulgence est une vertu quand elle n'est pas un
système.
Le flatteur est toujours hypocrite.
L'éternité est le gage, la vie est le prêt.
1 La Muse du département, VI, 423. Pensée qu'inscrit Bianchon sur l'album de Mme de la Baudraye, avec cette variante, après cela ne fait rien à la nature : Aussi la démocratie, qui se refuse à l'inégalité des conditions, en appelle-t-elle sans cesse à la nature.
La reconnaissance est à la fois un plaisir et une
vertu.
Les amis sont la petite monnaie d'un ami.
La mer et les femmes n'obéissent qu'à la lune.
La femme meurt deux fois.
Vous êtes athée et vous faites un serment! Vous croyez en Dieu1.
Le mythe de la côte d'Adam, c'est qu'il s'étaitfait une femme comme tout jeune homme la rêve ; aussi lui vient-elle en dormant.
La mort est inévitable, oublions-la.
Une femme ne demande de conseils que pour avoir le plaisir de raconter son histoire.
La femme devine toujours l'amour qu'on a pour
1 Illusions perdues, VII, 697 : « Un autre monde "? vous n'êtes pas athée. »
elle, parce qu'elle se suppose toujours aimée.
L'homme dit : m'aimez-vous ? La femme dit : il
m'aime.
Le soupçon est l'enveloppe de la vérité.
Une femme montre plus promptement son c. . . que
son cœur.
« On dit » et « peut-être » sont les deux huissiers de la médisance.
Nous appelons le mouvement, pesanteur, mouvement arrêté dans sa marche par un obstacle.
Affinité, mouvement des corps... [illisible].
Cohésion, mouvement des corps sur eux-mêmes neutralisé.
Effet de mouvement supérieur. Nombre. Effet de la divisibilité.
Ligne. Effet du nombre.
Les nombres marchent toujours.
-?* Le minéral est un cadavre. C'est le produit final d'une vie qui s'est dissipée, d'une force disparue après la réunion.
Le temps voile et dévoile tout.
pensées, sujets, pragmens 60
Pensées prudhommesques1.
L'aigreur ôte le velouté de la vie.
Une idée commence par paraître obscure, puis elle semble divine à quelques-uns, bientôt le monde y trouve tout, deux siècles après les peuples se font tuer pour elle.
Un mot sur les religions comparées.
Le Sivaïsme, le Wichnouvisme, et le Brahmanisme finissent leurs guerres religieuses qui remontent à l'origine du monde par l'adoption du dogme de la trimourti hindoue. — De ce dogme sortent en Perse le Magisme par Zoroastre et ses sectes, l'Eg3rptianisme, le Mosaïsme par Moïse, imitateur des Egyptiens, le Cabirisme et le Polythéisme grec-romain. Pendant que ces irradiations et leurs mille effets se produisent, s'élève Bouddha, réformateur des trois religions primitives, qui dans l'Inde fait le Bouddhisme et a pour élèves Kou-fou-tsen (Confucius) et Jésus-Christ. — De là naît le Christianisme et plus tard le Mahométisme, fusion arabe de Mosaïsme et du Christianisme. Enfin, Swedenborg reprend au Magisme, au Brahmanisme, au Bouddhisme les idées mystiques et les rationalise. — Au fond toutes ces religions, dont les fondateurs ne sont pas tous connus, ont une même doctrine sauf le culte, car Zoroastre, Moïse, Bouddha,
1 Ce titre est au pluriel, mais ne commande que la pensée citée.
m PENSEES, SUJETS, FRAGMENS
Confucius, Jésus-Christ, Mahomet, Swedenborg ont les mêmes idées l.
* Louis Lambert, XVII, 67 : « L'homme n'a jamais eu qu'une religion- Le sivaïsme, le wichnouvisme, le brahmanisme, les trois premiers cultes humains, nés au Thibet, dans la vallée de l'Indus et sur les vastes plaines du Gange, ont fini, quelques mille ans avant Jésus- Christ, leurs guerres par l'adoption de la Trimourti hindoue, » etc.