CHAPITRE LXXX VII
Il faut, pendant la vie, apprendre à bien mourw.
I. Vous appréhendez la mort : vous avez raison de l'appréhender, si vous ne vivez pas en chrétien. Comment ne pas craindre la mort quand on ne h. A pas, et que l’on n’a jamais appris à mourir ? Il est bien fard au dernier moment d'apprendre à faire une chose qui demande une préparation de toute la vie.
Les saints, sur la terre , ne faisaient autre chose que d'apprendre à bien mourir, et craignaient toujours de ne pas réussir. J'apprends chaque jour à mourir, disait saint Paul : Quotidiè morior. Le cardinal Bellarmin, après avoir vécu dans la sainteté, demandait à Dieu, à l'heure de la mort, encoreune année pour se disposer à ce terrible moment.
Un saint homme, ayant passé dans le désert plus de quarante ans dans la pénitence, disait qu’il n’avait fait,
endant tout ce temps, qu'apprendre à mourir. C'est IA en effet l’uuique chose qu’on devrait avoir à cœur ,
uisque la viene nous est donnée que pour apprendre à a la finir. À quoi sert l'étude des sciences profanes , etles mouvemens qu’on se donne pour se faire un grand nom, pour augmenter sa fortune et sa réputation, si l’on s'oublie soi-même? Notre vie est un voyage pour l’éternité ; elle passe comme une ombre : C’est donc étre bien insensé, dit saint Eucher, de s'amuser à tant de choses inutiles pendant un demps si court, tandis qu’on oublie le terme qui doit décider de tout.
Noé travailla cent ans à bâtir l’arche pour se préserver du déluge d’eau. Vous n’avez pas cent ans à vivre, vous qui, peut-être avant trois jours, serez dans le tombeau ; et cependant, loin de penser à votre dernière heure, pour vous préserver d’un déluge de feu, à peine y pensez-vous une fois dans une année. Un déluge de feu, un enfer, qui est la suite d’une mauvaise mort, est-il donc une chose qui mérite si peu vos réflexions ?
Il. Apprenez tous les jours à mourir. Pensez chaque jour que la mort est à vos côtés ; qu'elle vous arrê+ tera bientôt, peut-être demain : pensez-y sérieusement. On ne meurt qu’une fois : une mauvaise mort est un mal sans remède. Ce n’est pas assez d'y penser, il faut être toujours sur vos gardes, il faut même, dit Jésus-Christ, à chaque moment être prêt : Estote parali, parce que le Seigneur viendra quandvous n'y penserez pas. Ceux qui vous ont précédé ontété surpris, vous le serez vous-même; leur mort inopinée est un présage de la vôtre,
ne vED. | Te : : »@ LE it DE LA RELIGION. . 031 Si,.vous étiez menacé d’être servi, dans un repas,
dupe Xiande empoisonnée,, vous seriez toujours en garde contre ce qu’on vous présenterait, À tous les momens.de, votre vie vous êtes menacé de la mort, il y aun eces momens qui sera le dernier, qui est connu de u seul: pourquoi ne les appréhendez-vous pas tous ? pourquoi n’êtes-vous pas sur vos gardes, en vivant comme si, à. chaque moment, Dieu devait vous appeler ? Celuilà est indigne de vivre et de porter le nom de chrétien , dit saint Jérôme, qui a l'assurance de vivte dans un état dans lequel il ne. voudrait pas mourir : /ndignus est nomine christiant, qui in eo staiu vult vivere, in quo nollet mori.
. Oh! si tous les jours, comme saint Antoine, on ayait à son réveil cette pensée : Ce jour est peut-être le dernier de ma vie ! si chacun se regardait à tous momens comme un criminel à qui l’on va prononcer la sentence, serait-il possible qu’on commit le péché ? y aurait - il un jour qu’on ne vécut comme on voudrait mourir ? méditez cette pensée tous les jours, puisque chaque jour vous pouvez mourir.
RÉSOLUTIONS
1. Tous les matins, en me levant, je me dirai à moi-même: Ce jour est peut-étre le dernier de ma vie ; il faut donc que je le passe en me disposant sérieusement à la mort.
2. ous les soirs, je ferai un acte de contrition pour me préparer à ce moment si critique. +
© mon Dieu! aidez-moi à mettre ordre au passé , et à profiter du présent, de telle sorte que la mort me trouve prêt à quitter sainitement la vie.