CHAPITRE CXI
Du prix de notre ame.
1. On doit conclure de tout ce qui a été dit, que notre ame est plus récieuse que toutes les richesses de la terre, et que la perte d’une ame est un plus grand mal que la destruction de toutes les créatures visibles. Jugeons de la dignité d’une ame par celle des anges. Un ange est si parfait, que tout ce que nous VOyons sur la terre et dans les cieux est moindre en comparaison d’un ange, qu'un grain dé poussière en comparaison du soleil. gare ame est presque + aux anges. Minuislieum
Lola) ‘ n} 4 à »
pauld mins ab angelis, Étdansle el elle sera comme
804 PENSÉES SUR LRS viairÉs divinisée, semblable à Dieu, dit saint Jean : Sémiles ei erimus.
Quelque parfaits que soient les anges, notre ame est si chère à Dieu, qu’il a ordonné aux anges d’en prendre soin, et qu’il n’y en a pas une qui n’ait un prince du ciel pour sa garde: Angelis suis (Deus) mandavit de te, ut custodiant te.
Le démon, pour tenter le Sauveur, lui offrit tous les royaumes du monde; ce qui nous Marge que le démon est si jaloux de la beauté et du prix ’une ame, que, s’il était en son pouvoir , il donnerait tous les empires de l’univers pour en avoir une seule. MW’est-il pas honteux, dit un Père, que nous estimions moins notre ame que le démon lui-méme ne l'estime P
II. Notre ame est d’un si grand prix, que le Tout- Puissant n’a pas cru faire trop d'envoyer son Fils sur la terre pour la sauver. Quand iln’y aurait eu qu'un seul homme au monde, son ame est si précieuse, dit saint Chrysostôme, qu'il #’aurait pas été indigne de Dieu de s'incarner, et de donner sa vie pour elle. Füût-elle l'ame du dernier des hommes, elle est si chère à son Créateur, que, si cet homme craint Dieu, s’il observe sa loi, Dieu anéantirait plutôt les cieux que de la laisser périr , parce qu’ils sont peu de chose en comparaison d’une ame.
Les cieux n’ont coûté à Dieu qu’une parole, mais notre ame a coûte à Dieu son Fils, elle a coûté au Fils de Dieu son sang et sa vie ; elle vaut donc, en un sens, autant que Dieu , puisqu'elle vaut autant qu’elle a coûte. © corps ! s’écrie saint Bernard , que vous êtes honoré de loger une ame, de posséder un hôte si digne ! Rendez-lui tout l'honneur qu’il mérite.
Si vous aviez recueilli dans un vase le sang du Sauveur , lorsqu'il expirait sur la croix, avec quelle respectueuse attention n’auriez-vous pas conservé ce sang adorable ! Devez-vous avoir moins de soin Pour conserver votre ame que pour conserver le sang de Jésus- Christ, puisque Jésus-Christ a plus estimé votre ame que son propre sang ? Depuis que j'ai connu que mon ame & été rachetée par le sang d'un Dieu, disait saint Augustin, je suis résolu de la conserver, de ne Jamais la vendre au démon var la, péché.
DE LA RÆLIGION. 805 Votre ame ne vous appartient pas : Von estis vestri ; elle est plus à Dieu qu’à vous. C’est un dépôt dont il vous a chargé de lui rendre compte : conservez - la comme le prix du sang de Jésus-Christ, conservez-la our Vous-même ; si vous la perdez, tout sera perdu pour vous. Quam dabit homo commutationem pro animé suû P | RÉSOLUTIONS,
x. Oui , il faut que je sauve mon ame, à quelque prix que ce soit.
2.Pourm'yencourager, je me rappellerai de temps en temps qu’elle est l’image de Dieu ; qu’elle approche des anges par sa beauté ; qu’elle a un prince du ciel pour gardien ; que Jésus-Christ a répandu son,sang pour la racheter , et que j'en rendrai compte à Dieu, à qui elle appartient.
Mon Dieu, faites-moi connaître tout le prix de mon ame, et soutenez-moi dans la résolution quej'ai prise de la sauver pour léternité.